Pèlerinage au Monastère de Théotokos et de Saint Martin Cantauque (6 – 9 juin 2014)

publicat in Page Nepsis pe 21 Juillet 2014, 15:26

Il existe des moments de joie véritable dans la vie de chacun. Leur transposition dans la langue compromettrait l'intensité du moment vécu... Tel est le cas d'une rencontre avec les chers pères Jacob, Moise, Samuel et Syméon du Monastère de Cantauque. Il faut passer un jour par le vaste domaine de Cantauque pour se laisser surprendre par le face-à-face avec la foi véritable, comprise à la source, l'intelligence chrétienne dans son élément. C’est là encore que resplendit la véritable musique byzantine en français, fruit d’un énorme travail qui devrait être perpétué "encore et sans cesse", selon les paroles des pères, et dans les siècles des siècles...

Il est minuit passé et nous rendons grâce à Dieu de ne pas nous avoir laissé égarer en chemin par cette nuit d’encre. L’heure étant avancée, on nous a conseillé de marcher sur la pointe des pieds, sans le moindre bruit, pour ne pas laisser sentir notre présence. On aurait cru des pèlerins d’autrefois, guidés par un ciel comptant plus d’étoiles qu’on aurait imaginé pour nous aider à suivre plus facilement la route frayée par tant d’autres avant nous. Et nous voilà enfin arrivés.

La Liturgie matinale nous réconforte, nous réveille et éveille en nous la curiosité pour ce lieu de prière et pour ceux qui le gardent et le chérissent. Au petit déjeuner, père Jacob l'higoumène du monastère, vient à notre rencontre le sourire aux lèvres et les yeux étincelants d’une joie que nous ne connaissions pas. Les heures se succèdent paisiblement, et nous nous dirigeons bientôt vers le cèdre du Liban, cet arbre majestueux qui nous offre son ombre afin de mieux écouter les paroles du père. Nous nous asseyons et, tels des enfants ignorants, nous ne savons plus par où commencer. « Pourquoi êtes-vous venus au monastère ? » Bien que prononcée d’une voix apaisante, la question du père brise soudainement le silence. Nous échangeons des regards sans savoir y répondre. Une question apparemment si simple, si naturelle, qui nous force pourtant à rechercher au plus profond de nos cœurs. Le père nous pardonne cette impuissance et continue le dialogue en répondant lui-même à nos questions. Toutes ses réponses centrent notre regard sur le Christ et sur l’amour dont Il est l’unique source : « Je dirais qu'il faut être amoureux du Seigneur, il faut avoir une passion de Dieu...»Tout comme une jeune fille amoureuse porte son bien-aimé dans ses pensées, dans son sourire et dans ses paroles à longueur de journée, nous devons à notre tour aimer le Christ d’un amour immatériel, absolu.

Le temps s’écoule, le soleil devient plus ardent, le vent paraît souffler plus fort. Les heures passent plus vite au monastère. Nous attendons le père Moïse pour visiter le vaste domaine qui se déploie devant nos yeux. Le monastère possède cent cinquante hectares de terre et de beauté. Le père nous montre les vaches du monastère qui jouissent d’une liberté hors du commun. Nous prenons des petits chemins à sa suite en l’assaillant de nos questions et de notre vive curiosité. Il répond patiemment et parfois il s’arrête pour insister sur l’importance de certains enseignements. Notre façon de poser les problèmes, dit-il, nous regardant avec amour, montre en réalité que nous nous compliquons inutilement l'esprit en cherchant sans cesse à savoir ce que nous pouvons faire. Si nous accordons plus de place à Dieu, nous Le laissons intervenir plus dans notre vie et ainsi nous pouvons connaître la paix. Un champ fleuri accueille les conversations, et nous avons du mal à quitter ce lieu merveilleux.

Le lendemain c’est la grande Fête de la Pentecôte et la Liturgie de la Descente du Saint Esprit sur les Apôtres. Nous découvrons l’église soigneusement décorée d’une verdure aux teintes éclatantes pour marquer l’importance de l’événement. L’homélie de l'Higoumène est courte, mais percutante. « Si vous pouvez, gardez la grâce de Jésus afin que sa promesse puisse s'accomplir, car Il veut que sa promesse s'accomplisse en nous. Si elle ne s'accomplit pas, c'est que nous faisons obstacle, il faut que nous levions ces obstacles... pour que nous laissions Dieu agir en nous... afin que Dieu soit glorifié... » Quelques heures plus tard, le père Moise complète les paroles du père Jacob : « …cette promesse, cette force divine qui nous est promise, qui est le Saint Esprit, elle est pour nous, mais on se dit ‘en même temps, on est pécheurs, on ne la mérite pas, on n'en est pas digne’. On est l'obstacle à cette descente du Saint Esprit en nous, alors que s'il y avait réellement une relation directe, droite, entre Dieu et nous-mêmes, il n’y aurait pas cet obstacle ; comme le père [Jacob] l’a dit ce matin, la descente du Saint Esprit, ce n'est pas simplement la Pentecôte, c'est tout le temps, l'église vit par la descente du Saint Esprit, on vit également par la descente du Saint Esprit. » Parlant du pêché d’Adam et d’Eve, il continue, « Les pères disent que, si réellement à ce moment-là Adam et Eve avaient dit "Seigneur, on est coupable, on a fauté, on a désobéi, c'est notre faute et il n’y a personne d'autre", ils auraient été rétablis, instantanément, dans leur premier état au paradis … ils ont refusé de dire oui. » 

La soirée tombe et nous essayons encore de « digérer » les enseignements reçus. Alors nous nous rendons de nouveau à « notre » cèdre pour retrouver père Jacob et père Moïse qui prennent le thé sur la terrasse. Nous osons nous asseoir à leur côté parce que nous ne voulons point nous priver de la présence gracieuse de ces « athlètes du Christ » dans leur course spirituelle. En tant que vieux amis, les pères complètent leurs idées et parlent dans une belle synergie qui parvient jusqu'à nous.

Après la Divine Liturgie du troisième jour de notre pèlerinage, nous devons quitter nos pères et ce lieu qui nous a conquis par sa splendeur et sa paix. Nous disons au revoir le cœur gros, mais les pères ne veulent pas nous voir tristes. Joyeux et souriants, ils nous demandent de prier pour eux et nous donnent la bénédiction de départ.

Pourquoi sommes-nous venus au monastère ? Cette question du père Jacob nous interpelle encore. Certains y cherchent conseil, d’autres la prière ou la paix. Il y en a qui ne comprennent pas comment ce vide qu’ils ressentent au fond de l’âme ne devient plein qu’au moment où ils franchissent le seuil du monastère. Ils ne s’expliquent pas non plus pourquoi à la fin ils se sentent si enrichis spirituellement que les milliers d’épreuves de la vie quotidienne leur semblent désormais plus faciles à surmonter. Quelle que soit la réponse, une chose est certaine : un jour nous reviendrons au monastère.

Daria, Petronela et Roxana R.