Soyez toujours joyeux (I Thess. 5, 16)

publicat in Le monde intérieur pe 21 Mai 2014, 21:24

« Notre Seigneur est la seule source de consolation pour les anges, le monde et toute âme qui Le cherche de tout son cœur. Il est le seul dans l’éternité. Nous pouvons chercher à nous consoler sur cette terre, auprès de nos proches, mais tout cela est limité, car nous sommes des êtres créés, limités dans le temps et l’espace, et il nous est impossible de viser à l’éternité. Dieu est le seul qui répond à tout ce que l’âme humaine désire. Quoi que nous soyons des êtres créés de façon limitée, nous recherchons l’éternité, et cette éternité – c’est-à-dire la joie éternelle, la vie éternelle, toutes choses disponibles éternellement – nul sur terre, parmi nos proches les plus intimes et les plus altruistes, n’est en mesure de nous l’offrir. (...) Dieu est consolation et joie pour tous.  C’est pourquoi je vous souhaite à tous d’obtenir la paix et la joie du Seigneur.  Dans l’époque schizophrénique où nous vivons, rien ne nous importe plus que d’avoir la paix dans les cœurs et les têtes, la paix du Seigneur »

(Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit », Ed. L’Age d’Homme, 2010). 

L’homme sans Dieu ne peut trouver nulle part la joie parfaite et la paix de l’âme. Et pourtant nous voyons autour de nous beaucoup de gens qui semblent vivre heureux et en paix avec eux-mêmes et avec leurs semblables, sans se soucier le moins du monde de Dieu et du salut de leur âme. Être heureux sans Dieu est une illusion de la même nature que celle d’un homme porté sur la boisson, qui confond l’état d’ivresse avec le bonheur. Tous les plaisirs et les bonheurs que nous donne le monde ressemblent à l’ivresse, car ils proviennent d’une source extérieure et sont soumis, comme toute chose, à l’usure du temps : « Nos bonheurs ont un goût de mort » (Sœur Emmanuelle). En effet s’attacher aux choses mortelles, c’est s’attacher à la mort elle-même. Le bonheur terrestre est un piège semblable à une belle fleur carnivore dont le parfum et la glu sucrée attirent et emprisonnent les petits insectes qu’elle va finir par dévorer. C’est pourquoi « le bonheur terrestre est un malheur au point de vue spirituel » (Païssios l’Agiorite), et « ce qui est pour toi une consolation, est en réalité ton ennemi (Maître Eckhart). Les consolations et les joies qui viennent du monde, ne sont pas mauvaises par elles-mêmes mais seulement si elles deviennent le but suprême de notre existence et nous éloignent de notre vraie nature, qui n’est pas de ce monde (Jn. 18, 36), et de notre véritable but qui n’est pas le bonheur, toujours imparfait et éphémère, de l’homme charnel, mais la vie éternelle de l’homme spirituel, fait à l’image de Dieu : « Nous sommes des étrangers et des exilés sur terre, de même que nos ancêtres. Notre patrie est le ciel, pour lequel nous avons été créés, pour lequel nous sommes nés à nouveau par le saint baptême et appelés par la parole de Dieu » (St. Tikhon de Zadonsk, « Lettres de sa cellule »).

L’homme sans Dieu qui croit au bonheur terrestre et ne connaît que les plaisirs et les joies de la créature mortelle, est donc un homme spirituellement malade et qui ignore son état, car « aussi bien que des maladies imaginaires, il y a des bonnes santés imaginaires » :« Ainsi, comme disent les médecins d’une maladie, l’homme couve dans l’esprit un mal dont, par éclairs, à de rares fois, une peur inexplicable lui révèle la présence interne. Et dans tous les cas nul n’a jamais vécu et ne vit hors de la chrétienté sans être désespéré, ni dans la chrétienté personne, s’il n’est un vrai chrétien ; car, à moins de l’être intégralement, il reste toujours en lui un grain de désespoir » (Sören Kierkegaard, « Traité du désespoir »).

En effet, comment un être mortel et conscient de sa finitude, qui connaît sa fragilité et son impuissance face à la mort, pourrait-il être réellement heureux et content de son sort ? Car l’homme sait avec une certitude mathématique, que quels que soient son rang, sa fortune, ses succès, sa gloire, son pouvoir, ses possessions, à la fin il va tout perdre, y compris sa vie : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais » (Pascal, « Pensées »).

L’homme d’aujourd’hui semble avoir oublié que le spectacle de la vie prendra fin un jour ou l’autre et qu’une guillotine l’attend à la sortie du théâtre. La société de consommation a toujours quelque chose à nous offrir – une nouvelle voiture, un nouveau spectacle, un nouveau voyage exotique, un nouveau smartphone, et autres jeux vidéo et tablettes tactiles – pour nous faire oublier que tous les chemins de ce monde ont une seule destination finale – la mort : « Nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir » ( Pascal, op. cit.).

L’existence humaine sans Dieu n’est qu’un désert peuplé de mirages qui se dissipent les uns après les autres et s’évanouissent tous au moment de la mort. Cette discordance entre une vie consacrée tout entière aux biens de ce monde et la certitude qu’à la fin nous allons tout perdre est la source de toutes nos angoisses, nos détresses, nos dépressions nerveuses. Sans Dieu, l’existence humaine ressemble à un avion sans pilote. Comment vivre dans la joie et avoir la paix de l’âme quand on sait que notre avion finira par s’écraser contre le sol ou sombrer au fond de l’océan ? Dieu est le pilote qui réside dans l’âme humaine, sans lequel notre voyage sur terre finit par une catastrophe aussi inévitable que le crash d’un avion dont le cockpit est vide ou occupé par un faux pilote, incompétent et suicidaire : « Le Seigneur réside secrètement en tout homme, que ce dernier le respecte ou non. Mais Il est là, au centre de la vie. Il est le moteur de la vie, Il est Celui qui donne la vie. Tant que notre attention reste là, dans le cœur, on conserve cette paix intérieure et cette joie divine qui sont offertes à ceux qui débutent. Mais ensuite, dès que notre attention se détourne légèrement du Seigneur pour se fixer sur des centres d’intérêt terrestres, qu’il s’agisse d’objets inertes ou d’êtres vivants, nous perdons aussitôt cette paix intérieure, car l’homme ne peut être de deux côtés à la fois. L’objet qui a attiré notre attention se glisse aussitôt à l’intérieur, il s’empare du trône du Seigneur, il s’empare de notre cœur. (...) Dès qu’une chose d’origine terrestre s’élève sur ce trône, alors elle se met à vivre en nous. Les sentiments qui agissent en nous dépendent des centres d’intérêt auxquels nous accordons notre attention. (...) Nous sommes enclins à tomber amoureux des choses de ce monde » (Starets Thaddée, op. cit.).

« Soyez toujours joyeux », c’est une manière de dire : « Ne laissez pas les soucis, les épreuves et les tentations de ce monde troubler la paix de votre âme et affaiblir votre foi » : « Ne donnez pas votre cœur aux choses matérielles. (...) Si tu te disperses dans les choses de ce monde, tu perdras le chemin vers le ciel » (Païssios l’Agiorite, « Paroles » t. I). « Car l’intelligence occupée par les choses de ce monde, ne peut sonder les choses de Dieu »  (St. Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »).

Être toujours joyeux, c’est mettre toujours la vérité du Christ au-dessus de toutes les choses bonnes ou mauvaises de notre existence terrestre : « Je te recommande une joie incessante dans le secret de ton âme, car cela montre que tu es avec Jésus Christ dans ton cœur et dans ta respiration. Il y aura toujours au fond de ton cœur la vibration d’une prière sans paroles » (Archimandrite Arsenie Papacioc).

Mais peut-on être joyeux quand on voit toutes les souffrances et tous les malheurs qui frappent les hommes partout dans le monde ? Oui, on le peut, si l’on croit à la parole du Christ : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! » (Mt. 5, 4). Peut-on être joyeux dans un monde où règnent la loi du plus fort, l’iniquité et l’injustice ? Oui, on le peut, car le Christ a dit : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt. 5, 6). Peut-on être joyeux quand ceux qui suivent la voie du Christ sont dénigrés, bafoués, persécutés ? Oui, on le peut, nous dit notre Sauveur : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, qu’on répandra sur vous toutes sortes de calomnies à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux » (Mt. 5, 11-12).

Si nous confions entièrement notre vie à Dieu, qui sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, même la mort peut devenir une source de joie : « Mourir, ce n’est pas triste. Mourir, pour un chrétien, devrait être le plus beau jour de la vie. Lorsqu’on meurt, on tombe comme un enfant dans les bras de son père. Quelle joie de marcher vers cette ultime rencontre ! » (Sœur Emmanuelle, « Noël : le Christ vient nous prendre dans sa joie »).

Avoir la foi, c’est conserver toujours la joie du cœur, quelles que soient les peines et les épreuves que nous aurons à traverser en ce monde : « Vous aurez de l’affliction dans le monde, mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde » (Jn. 16, 33). « En vérité, en vérité, je vous le dis (...) : vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie. La femme, lorsqu’elle enfante, a de la tristesse, parce que son heure est venue ; quand elle a donné le jour à l’enfant, elle est dans la joie de ce qu’un homme soit né dans le monde. Vous donc aussi, vous avez maintenant de la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, votre cœur se réjouira, et nul ne vous ôtera votre joie. » (Jn. 16, 20-22).