Pèlerinage à Bussy ou l’escargot enchanté

publicat in De la vie des paroisses pe 20 Avril 2014, 06:40

Le dimanche à l’aube, la lumière naissante nous révèle lemonastère deBussy, ce lieu de la solitude accomplie d’où l’amour se répand mystérieusement surle monde entier. C'est ainsi que nous nous sentons soudainement libres, avec les liens des nécessités brisés, et nous découvrons que la liberté a pour source l'amour, et l'amour puise dans la prière incessante des habitants du monastère. Si nous nous sentons aimés hors mesure, c’est parce que Dieu nous tient dans le creux de sa main, comme le montrent les fresques à l’entrée de l'église blanche, parée vraisemblablement pour les noces avec l’Époux céleste. La main de Dieu y est aussi vaste que l’arche de Noé puisqu’elle contient non seulement les élus, mais aussi les appelés de la création entière. D’innombrables saints connus, mais autant d'anonymes, ces moteurs invisibles du monde, sont compris dans l'amour divin et immortalisés par les fresques. Pour la première fois dans l'imaginaire iconique du Jugement dernier, le fleuve de feu infernal s'amincit et devient fumée, signe que le sacrifice du Christ n'a pas été vain.

Ceux qui traversent l’existence d’un pas pressé trouvent que l’escargot est une créature de trop parce qu’ils sont incapables de faire haltedans la durée, de transformer rien que pour un instant le temps intérieur en temps absolu. Cependant, les fresques réservent une place d’honneur dans le ciel à celui qui a raté la course de la vie, mais a gagné son siège dans l'éternité « osant » tout simplement entrer dans l'église au moment où le peintre achevait le Jardin bienheureux. L'escargot est vraiment le paradoxe du salut hâtif en dépit du retard apparent. C'est un signe de joie et d’espoir pour nous, pèlerins accablés par la lenteur de notre manque d’effort, par la prière dispersée et ajournée, par l’orgueil qui paralyse nos cœurs, bref, par tout ce qui nous retient, cette acédie de chaque jour. A la suite de l’escargot, nous pouvons maintenant librement espérer rejoindre la spirale de la doxologie incessante, ce symbole du temps qui avance tout en feignant l’arrêt afin de valider notre quête, d’étendre indéfiniment notre aspiration.

Le souvenir du Paradis est vivant partout au monastère. Dans le jardin, douze arbres montent la garde comme les douze apôtres, ordonnés comme la prière. Guidés par l'Higoumène, Mère Colomba, nous « reconnaissons facilement" Saint Pierre et Saint Paul. Plus loin, parmi les fleurs et les herbes aromatiques, se cache la chapelle Saint Séraphin de Sarov qui nous fait remonter à sa rencontre fabuleuse avec l'ours et à son apprivoisement par le seul amour gracieux du saint pour toute la création. Même le chat ronchon du monastère, ce merveilleux exemple de révolte dans le monde à la parfaite obéissance, nous rejoint à la dérobée pour poser élégamment en tête de l'escalier, à son bon gré, dans une dernière photo de groupe.

Lors du départ, Mère Colomba nous embrasse et nous adresse ces paroles : « N’oubliez pas de garder toujours la joie dans vos cœurs. »

Roxana, Petronela et Arthur