Le Christ est ressuscite des morts, ecrasant la mort par la mort

publicat in Le monde intérieur pe 13 Avril 2014, 06:04

Le but du christianisme n’est pas d’aider les gens en les réconciliant avec la mort, mais de leur révéler la vérité sur la vie et la mort pour qu’ils soient sauvés par cette vérité. (...) Si le but du christianisme était de libérer l’homme de la peur de la mort, de le réconcilier avec la mort, il n’y aurait nul besoin du christianisme, car toutes les religions ont déjà fait cela (...). Et le sécularisme est sur le point d’accoucher d’un homme qui mourra gaiement et collectivement pour le triomphe de la cause, quelle que soit, d’ailleurs, celle-ci.

Le christianisme n’est pas réconciliation avec la mort. Il est révélation de la mort, et il révèle la mort parce qu’il est la révélation de la vie. Le Christ est cette vie. Et c’est seulement si le Christ est vie, que la mort est telle que le christianisme la proclame : l’ennemi qu’il faut détruire, et non pas un « mystère » à expliquer.

Père Alexandre Schmemann, « Pour la vie du monde »

La mort est partout présente, au-dedans de nous et à l’extérieur. Toutes les créatures, tous les êtres humains, tous les nouveaux-nés, nos parents, nos frères, nos sœurs, nos enfants, tous les peuples, toutes les nations, tous les habitants de la terre, de l’air et de l’eau, tous sans exception sont contaminés par le virus de la mort : « L’homme commence à mourir quand il commence à vivre » (St. Nikodème l’Agiorite). L’existence en ce monde, quelle que soit sa durée – une seconde, un siècle, mille ou dix mille ans sont parfaitement identiques face à l’infini – n’est qu’un microscopique atome de vie entre deux néants : « Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne suis plus ! et que j’occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! Je ne suis rien : un si petit intervalle n’est pas capable de me distinguer du néant » (Bossuet, « Sermon sur la mort »).

Sans Dieu, qui lui donne l’Être et la Vie l’homme n’est qu’un « petit néant » (Soeur Emmanuelle), flottant un instant comme une bulle de savon dans le vide infini. Or un néant ne peut produire que du néant. L’homme à lui seul ne peut engendrer la vie sans engendrer en même temps la mort, qui est entrée en lui par le péché d’Adam et a pris la place de Dieu. Car en transgressant la volonté de Dieu, Adam s’est donné lui-même la mort, tranchant le lien avec la source de la Vie et de sa propre vie. Dès lors, ce que nous appelons « vie » n’est en réalité qu’une dissolution progressive de la personne humaine dans le néant qui occupe en nous la place de Dieu. Nous entrons dans la mort dès le premier instant de notre naissance et la petite parcelle de vie que nous sommes, diminue chaque jour un peu plus à la manière d’un comprimé effervescent plongé dans l’eau.

Le diable et la mort sont une seule et même chose considérée sous des angles différents, car la nature même de la tentation sous toutes ces formes, c’est de nous proposer des choses mortelles à la place des choses éternelles. Ainsi, succomber à la tentation c’est choisir la mort à la place de la vie : « Les pécheurs sont des malades menacés de la mort spirituelle, plus redoutable que celle de la chair » (P. Evdokimov, « Les âges de la vie spirituelle »).

Or tous les hommes sont des pécheurs, nous sommes donc tous malades, et notre maladie s’appelle la mort : « La mort n’est pas un instant, elle coexiste et accompagne l’homme tout au long du chemin de sa vie. Elle est présente en toutes choses comme leur limite évidente. ( ...) Tout adieu, oubli, changement, le fait que rien ne peut jamais se reproduire exactement, traduisent le souffle de la mort au cœur même de la vie (...) Tout départ d’un être aimé, la fin de toute passion, les traces du temps sur un visage, le dernier regard sur une cité ou sur un paysage qu’on ne reverra plus jamais, ou simplement une fleur fanée, suscitent une profonde mélancolie, une expérience immédiate de la mort anticipée » (P. Evdokimov, op. cit.).

Le Christ est descendu sur terre, pour redonner à l’homme la vie qu’il avait perdue en se détournant de Dieu. Car l’ayant fait à son image et à sa ressemblance, Dieu a donné à l’homme une vie semblable à la sienne, la vie éternelle : « La substance dont la réalité humaine est faite est la réalité divine elle-même : Dieu étant Vie, l’homme est un vivant » (Michel Henry, « Paroles du Christ »). L’homme avait été créé pour vivre éternellement, car « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Mt. 22, 32). Mais ce vivant éternel qu’était l’homme au début de la Création, est devenu, après la chute, un mortel éternel, car il a fait pacte avec l’ennemi de Dieu, c’est-à-dire avec l’ennemi de la Vie, et de sa propre vie, semblable à un alcoolique ou un drogué qui s’attache à un produit toxique qui lui donne l’illusion de la vie, mais finira par le détruire.

La vie vient de Dieu, la mort vient du diable, donc chaque fois que nous faisons la volonté du diable, nous obéissons à la volonté de la mort. C’est parce que l’homme éprouve le manque de la vie éternelle et le désir de la retrouver, que « l’âme ne peut se contenter de ce monde : (...) L’âme est immortelle, c’est pourquoi elle ne peut se contenter de la matière corruptible et périssable, mais seulement de la divinité vivante et immortelle » (St. Tikhon de Zadonsk, « Lettres de sa cellule »).

Le désir de la vie éternelle est le plus profond désir de l’âme humaine et, à proprement parler, son unique désir, qui se manifeste sous des formes différentes : une mère voudrait que son enfant vive éternellement, les amoureux voudraient que leur amour soit éternel, un sportif voudrait que sa force physique soit éternelle, une belle femme que sa beauté ne se fane jamais, nous tous voudrions que notre jeunesse, notre santé, notre bonheur, notre personne durent éternellement. : « En créant l’homme à son image, Dieu a infusé dans tout son être le désir de l’immensité divine de la vie » (St. Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »). Cette vie immortelle que tous désirent et dont nous sommes tous privés depuis la chute d’Adam, le Christ est venu nous la donner par sa résurrection des morts, « en écrasant la mort par la mort » : « Êtrechrétien, croire au Christ, signifie, et a toujours signifié ceci : savoir, dans cette connaissance transrationnelle et pourtant absolument certaine qui s’appelle la foi, que le Christ est la Vie de toute vie, que c’est lui la Vie et, par conséquent, ma vie » (Père Alexandre Schmemann, « Pour la vie du monde »).

Le Christ a été à la fois l’homme mortel que je suis et que sont tous les hommes déchus, et l’homme déifié, ressuscité et immortel, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ainsi, le Christ, qui est mort comme un homme et est ressuscité comme un Dieu, incarne la condition humaine tout entière et constitue par conséquent l’Être réel et unique de tous les hommes : « En effet, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ » (Rom. 12, 4-5).

Le Christ a suivi la voie de l’homme déchu jusqu’à la mort, afin que l’homme déchu puisse suivre la voie du Christ jusqu’à la Résurrection et à la vie éternelle : « Le Christ est mort : notre péché est mort aussi. Le Christ a été enseveli : notre péché aussi a été enseveli. Le Christ est ressuscité des morts : notre mort a été écrasée par la mort, comme nous chantons à l’Église le jour de la Sainte Pâques, lorsque nous célébrons la mort de la mort » (St. Tikhon de Zadonsk, « Les devoirs du chrétien envers lui-même »).

La mort de la mort, c’est la mort du temps, car l’éternité n’est pas une succession interminable d’unités chronologiques – années, siècles, millénaires – mais l’abolition totale et définitive du temps, un mode d’existence hors du temps, difficile, voire impossible à concevoir pour les êtres temporels que nous sommes. Ce que nous appelons « temps » n’est rien d’autre que la présence constante de la mort au sein même de la vie, car chaque instant qui passe est un instant mort et chaque instant qui arrive nous rapproche de la mort. Ce qui était hier, n’existe plus aujourd’hui, et ce qui est aujourd’hui n’existera plus demain. C’est là, une manière de dire, que tout ce qui existe dans le temps est inexistant, et que par conséquent, le temps, ne vient pas de Dieu mais de l’ennemi de Dieu et de la vie : « Tout ce qui est changeant n’est pas Dieu, car tout ce qui est changeant selon sa nature propre, est soumis à la corruption ». (St. Jean Damascène, « La Dogmatique »).

Si le temps n’a pas été créé par Dieu, il n’a pas d’existence réelle. Le temps, et donc la mort, qui n’existe que parce que le temps existe, sont donc des illusions, des mensonges inventés par le père du mensonge pour tromper les hommes et prendre possession de leurs âmes. Par conséquent, seule l’éternité existe et seule l’immortalité est réelle, car elles sont l’œuvre de Dieu.

Le Christ est la Vérité qui a vaincu le mensonge, la Vie qui a vaincu la mort, et le Chemin qui conduit tous les hommes au royaume de la vie éternelle. Dès lors que le Christ est notre vérité, notre chemin et notre vie, quand nous disons « Le Christ est ressuscité » c’est notre propre résurrection que nous affirmons : « Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ » ( I Cor. 15, 21-22).