Image et ressemblance

publicat in Varia pe 6 Avril 2014, 06:27

« Dans la vie s’entrecroisent la divinité et le monde, l’image céleste et l’image terrestre. De ses parents, le fils reçoit une naissance depuis sa venue au monde et une naissance à Dieu. Mais, que veut dire naître ? Cela signifie être porteur de l’image de l’origine parentale ; mais l’enjeu de la vie de Fils est de croître à la ressemblance du Père ». Le Christ, le Fils de Dieu, est par excellence l’image du Père. « Qui m’a vu a vu le Père »1.

L’homme est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Par la naissance, chacun d’entre nous reçoit et prolonge les traits de ses parents. Telle est notre image terrestre. L’image céleste est donnée par l’insufflation de Dieu : « Dieu insuffla dans son visage un souffle de vie et l’homme devint un être vivant »2.

Qu’est-ce qui nous approche3 tout particulièrement de la ressemblance avec Dieu ?

Monseigneur Kallistos dit que « ce qui se passe de plus grand entre Dieu et l’âme humaine est le fait d’aimer et d’être aimé ».

De même, Père Ghelasie dit à propos de l’Amour qu’il est une « vision » du mystère. « Contempler une réalité immuable est un mystère. Seul Dieu est Lui-même cet absolu : ‘Je suis : Je suis’. Les hommes ont des sentiments changeants et des impressions changeantes. Mais l’amour de Dieu n’est sujet à aucun changement : quand on voit par l’amour on ne change pas, et l’on garde justement une force immuable et intacte. Et les démons sont impuissants devant cette force du Mystère »4.

Les saints sont ceux qui ont atteint cet amour dont ils ne peuvent plus déchoir. De cet amour parle le saint apôtre Paul5: « L’amour est patient, il ne s’enfle pas d’orgueil… l’amour ne passera jamais ». Dans la mesure où nous parvenons à aimer Dieu et les hommes, nous nous accomplissons, puisque « seule la transfiguration par l’Amour nous donnera l’image accomplie »6.

Et en ce qui nous concerne, nous autres qui sommes encore sur la voie, comment pouvons-nous atteindre cette Image de l’Amour ? – Par la persévérance. On raconte au sujet de Jean le Nain que, après qu’il se fût retiré à Scété auprès d’un vieillard de la Thébaïde, il vécut dans le désert. Son père spirituel prit un bâton desséché, le planta et dit : « Chaque jour arrose-le d’un peu d’eau fraîche jusqu’à ce qu’il porte des fruits ». Or, de leur cellule jusqu’à l’eau, il y avait une grande distance : il partait au coucher du soleil et ne revenait qu’à l’aube. Au bout de trois ans, le bâton prit vie et fructifia7...Dieu est accessible à chacun de nous. Il ne se cache de personne. Le tout est de vouloir, de prendre conscience de ce qu’on veut et de persévérer chaque jour sur la Voie – et cela, pas seulement lorsque nous en avons envie (aujourd’hui j’ai envie, dans deux jours je fais une pause, et après, je verrai la semaine prochaine, comment je me sens…)

La nature humaine est bonne en elle-même parce qu’elle a été créée telle par le Seigneur8; elle ne s’améliore que par l’effort et la persévérance. Pendant des années peut-être, il nous faut travailler au renouvellement de notre nature, qui tend surtout vers les commodités, vers le délassement, vers l’indolence. Et pourquoi faire une telle histoire autour du « péché » ? Pourquoi faut-il ne pas pécher ? – Les Pères disent que le « péché » consiste à déchoir de l’Amour. Il consiste à « sortir » d’auprès du Père ; et le retour consiste à retrouver l’image du Fils par le pardon. L’homme n’a qu’une « liberté », celle de fuir d’auprès de Dieu9. Entre ces deux pôles notre vie oscille comme une pendule. Chaque chute et chaque retour de l’homme vers Dieu équivaut au final à une résurrection, et la Résurrection n’est autre qu’une nouvelle naissance, plus forte que la précédente. La Résurrection du Christ est également notre résurrection : « Chaque fois que tu tombes, relève-toi et tu seras sauvé »10. Voici un Dieu digne de tout notre amour. En tant que créature, que pourrions-nous donner à Dieu de plus précieux que notre amour ? car Il ne manque de rien11. Le cœur de l’homme est l’offrande la plus digne de Dieu, la seule qui puisse comprendre par l’Amour Celui qui est incompréhensible : « Voici que les cieux, et les cieux des cieux ne peuvent te comprendre, Seigneur »12.

Peut-être la beauté de cette vie réside-t-elle précisément en cela : le mystère de la naissance et de la renaissance les uns depuis les autres par l’Amour ; notre naissance et notre renaissance depuis Dieu – mystère que l’éternité ne suffit pas à épuiser dans ses significations, car il a sa source en Dieu : « Hier, avec Toi, j’étais enseveli : avec Toi, le Ressuscité, je me relève aujourd’hui. J’ai été crucifié hier avec Toi ; glorifie-moi Toi-même avec Toi, ô Sauveur, dans Ton Royaume ! »

Notes :

1. Jean 14, 9.
2. Genèse 2, 7.
3. Kallistos Ware, « La prière du cœur dans la Philocalie »
4. En disant cela, je pense aux saints martyrs. Ils ont enduré des tourments terribles au sein desquels ils sont demeurés intacts, fermes dans leur amour pour Dieu. Au final, ceux qui les torturaient, finissaient par les mettre à mort parce que purement et simplement ils ne pouvaient rien leur faire. Devant une telle force, en vérité même les démons restent impuissants : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution ou la faim ou la nudité, ou le péril, ou l’épée ? », Romains 8, 35
5. I Cor. 13, 8.
6. Père Ghelasie Gheorghe, op cit. p. 98. Rien n’accomplit l’être humain davantage que l’Amour. Quand nous aimons et que nous sommes aimés à notre tour, nous nous sentons accomplis. Les autres réalités qui nous entourent semblent ne plus compter, elles sont vues seulement comme des accessoires pour cette vie terrestre.
7. Sentences des Pères du désert, Jean Colobos.
8. Genèse 1, 24 : « Dieu vit tout ce qu’Il avait fait et, voilà, tout était bon ! » .
9. Cette fuite peut en fait prendre une forme : « Maître, j’ai acheté un champ et il faut que je sorte pour le voir ; je te demande pardon ! J’ai acheté cinq paires de bœufs et je vais les essayer : je te demande pardon ! J’ai pris femme et ne puis donc venir ! » - Parabole des invités au Banquet, Luc 14, 18-20
10. Jean 16, 23.
11. « Si J’avais faim, Je ne te le dirais pas, car le monde et sa plénitude m’appartiennent ». Psaume 49, 13.
12. II Chroniques 6, 18.