Le Carême – voie spirituelle vers la Résurrection

publicat in Parole de l'évêque Timotei pe 1 Mars 2014, 16:17

« En notre âme le jeûne mortifie les funestes passions, les mortelles voluptés ; de qui se trouve en l’inaction il fait bondir et s’émouvoir le cœur » (4ème stichère, ode 8 en ton 2, matines du mercredi de la Tyrophagie)

Depuis le 4 Mars, nous sommes entrés, d’une seule âme orthodoxe, dans le grand Carême, établi par l’Église d’abord comme un temps de préparation spirituelle et catéchétique pour ceux qui souhaitaient, par le saint mystère du Baptême et de la Communion, s’unir au Christ Seigneur ; et ensuite, à une époque plus proche de la nôtre, comme temps de préparation et temps de repentir pour entrer dans la joie de notre Dieu au cours de la Fête des fêtes qui est la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ.

Le grand Carême est une voie spirituelle vers la Résurrection, et débute chaque année le lundi qui suit le dimanche de l’Expulsion d’Adam du Paradis, dimanche qui nous rappelle qu’Adam ne jeûna pas.

Le jeûne a été institué par Dieu dès le Paradis, quand fut donné à l’homme le commandement de ne pas manger de l’arbre interdit. Saint Basile le Grand nous dit dans la Première homélie sur le Carême : « Le jeûne est tellement ancien qu’il date de la création de l’homme. La parole ‘ne mangez pas’ est une loi de jeûne et de maîtrise de soi. Si Ève avait jeûné, nous n’aurions pas eu besoin du jeûne actuel, car ‘ce sont, non les bien-portants, mais les malades qui ont besoin de médecins’ (Matthieu 9, 12). Nous nous sommes rendus malades par le péché : guérissons-nous par le repentir ! Or le repentir sans le jeûne est inefficace ».

Pourquoi le repentir sans jeûne est-il inefficace ?

Le repentir, ou « metanoia » en grec, signifie le changement de la pensée, c’est-à-dire en fait le changement intérieur de l’être humain ou son retour à soi. Ce retour à soi n’est pas possible si on ne purifie d’abord le cœur, parce que, selon la parole du Sauveur : « l’homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur ; et, de son mauvais trésor, le méchant tire le mal. Car la bouche parle de l’abondance du cœur » (Luc 6, 45).

Saint Marc l’Ascète dit lui aussi : « N’écoute pas ton cœur tant que tu n’en as pas arraché les passions, parce ce qu’il met devant toi ce qu’il porte à l’intérieur. » Seulement en jeûnant nous atteignons le repentir. Qu’est-ce qui a fait qu’Adam ne jeûna pas ? Le plaisir, la séduction et la vanité. « La femme pensant que le fruit de l’arbre était bon à manger (plaisir) et agréable à voir (séduction) et désirable, parce qu’il donnait la science (vanité), en prit et en donna à son mari, et celui-ci en mangea également » (Genèse 3, 6).

Le jeûne consiste donc pour l’homme, non seulement à s’abstenir de nourriture agréable, mais à rechercher la purification de ses péchés par une lutte spirituelle continue et par la veille. L’abstinence de nourriture agréable est seulement une aide donnée à l’esprit, qui ne doit pas s’alourdir par un excès de nourriture : aussitôt purifié, il descend dans le cœur, lieu où se rencontrent l’homme et Dieu. Le jeûne sans repentir est seulement une cure d’amincissement : il est bon pour le corps mais pas pour l’esprit. Le saint apôtre Paul dit aux Romains : « nous ne sommes pas redevables à la chair pour vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair vous mourrez, et si par l’Esprit vous faites mourir les œuvres de la chair, vous serez vivants » (Rom. 8, 12-13), « car ceux qui vivent selon la chair s’affectionnent aux choses de la chair ; mais ceux qui vivent selon l’Esprit s’affectionnent aux choses de l’Esprit » (Rom. 8, 5).

Prenons donc toute notre vie comme un temps pour jeûner, pour nous repentir, de façon à ne pas éteindre en nous l’Esprit que nous avons reçu au Baptême : sanctifions plutôt avec son aide notre vie car le fruit de l’Esprit est la joie de trouver le Christ Seigneur, mort et ressuscité, dont nous apprenons l’amour véritable qui apporte la paix à nos âmes.

†Timothé, Évêque roumain d’Espagne et du Portugal