publicat in Parole du métropolite Joseph pe 1 Décembre 2013, 21:57
La célébration de Noël, que nous sommes appelés à redécouvrir chaque année jusqu’au terme de notre vie, dans son mystère inépuisable, est donc la glorification de la présence de Dieu dans l’homme et dans le monde. La condition humaine n’est pas absurde; l’histoire universelle n’est pas privée de sens. C’est le péché qui prive les humains du sens de la vie, de la souffrance et de la mort. Mais le Seigneur est présent comme sens suprême de tout. C’est pourquoi la lumière tellement caractéristique de Noël, prophétisée par la semaine juive des Lumières, est la luminosité du Verbe. La Parole de Dieu s’est faite homme, elle s’est rendue intelligible par l’Incarnation et par l’action du saint Esprit. Avant d’être Écriture, la Bible tout entière est parole de Dieu : et elle éclaire l’histoire univeselle des hommes. Toute parole prononcée par le Seigneur, depuis le premier jour de la création, et ensuite par les prophètes, et jusqu’à celles que disent les lèvres divino-humaines de Jésus, porte la puissance de son propre accomplissement. La réalisation des paroles divines constitue le sens de l’Histoire. Derrière chaque réalité de ce monde, et derrière chaque évènement historique, se trouve une parole divine – une parole de la Parole ou Verbe du Père.
Le témoignage des saints approfondit la connaissance de Dieu par la glorification et la louange : Dieu n’est pas seulement suprêmement intelligent et sage; Il ne se rend pas seulement intelligible en s’incarnant par le saint Esprit ; mais, en sa transcendance, Il est également « inexprimable, incompréhensible, invisible, inaccessible » (saint Jean Chrysostome). Pour cette raison, les croyants, répondant à l’appel de venir à sa rencontre, s’approchent de lui par la célébration, l’adoration, la bénédiction, la louange et la glorification d’un cœur pur, organe ultime de la connaissance de Dieu. L’expérience chrétienne de la connaissance de Dieu est celle de l’adoration. Il n’y a peut-être rien de plus beau qu’un homme ou une femme en adoration. C’est l’attitude suprême de la conscience qui reconnaît la Présence et se rend présente à elle. Cette connaissance adoratrice du Seigneur s’exprime par le gestuel – prosternation, signe de la Croix, station debout, agenouillement -, le chant, la proclamation de la Parole, les offrandes – encens, lumière, argent, fruits, aliments, et surtout le pain et le vin transfigurés par le saint Esprit en Corps et Sang de l’Adoré. Le Christ Lui-même a enseigné que « les vrais adorateurs adorent en Esprit et en Vérité » (Jean 4, 23) : avec inspiration, ceux-ci rendent hommage au Seigneur selon ce qu’Il a révélé de lui-même. En cette adoration, l’intelligence est unie au cœur. La louange est ainsi au-dessus de la compréhension : en elle est transfigurée la raison.
C’est en nous unissant au Christ Dieu que nous pouvons le connaître. Notre adoration tend à l’union intime avec lui, à la communion à sa personne. C’est pourquoi, non seulement nous l’adorons, mais encore nous mangeons son corps très pur et nous buvons son sang très précieux. Telle est la connaissance parfaite de la vérité de Dieu, de l’homme et du monde: l’assimilation de la personne du croyant à la personne du Seigneur par le saint Esprit. L’être humain peut connaître Dieu en devenant, non qui Il est, mais ce qu’Il est. Les Pères ont enseigné la divinisation de l’homme par le saint Esprit, parce que c’est là la conséquence ultime de l’Incarnation. Or, le signe de la divinisation de l’être humain, de sa sancfication et de son assimilation au Christ Sauveur, c’est l’amour des pauvres et des souffrants, le dévouement aux petits, l’oblation de nous-mêmes à ceux qui, comme les petits enfants, n’ont rien à nous offrir qu’eux-mêmes. Nous ne sommes pas seulement appelés à nous réunir autour du Christ et à l’adorer; notre vocation est de lui ressembler au maximum dans les limites et au-delà de notre vie terrestre. Ainsi, en effet, Il agira en nous; Il glorifiera en nous sa propre présence. Présent dans son monde et dans toute l’humanité, Il se montrera présent dans nos personnes.
La joie des chrétiens en ce temps de la Nativité et de la Théophanie – manifestation de Dieu à son monde – découle de la conscience que la parole créatrice est présente dans la création et en nous-mêmes. Ce n’est pas une joie insolente ou égoïste, qui mépriserait la souffrance des humains. Elle accompagne au contraire une connaissance très réaliste de la condition humaine, des horribles maux que les hommes font subir aux autres, de l’exploitation des enfants otages ou asservis aux caprices et aux prétendus droits des adultes. Notre joie est paradoxale. Elle resplendit dans les ténèbres de la déshumanisation. Elle est l’espérance „folle” dans une humanité qui peut, malgré tout, rester humaine ou même devenir de plus en plus humaine grâce à l’humanisation de Dieu et à la divinisation des saints. Le fruit de l’Incarnation divine, c’est l’humanisation maximale de l’homme. Quel que soit le scandale de l’injustice faite aux innocents, ou celui de la souffrance et de la mort qui paraissent elles-mêmes tellement injustes, notamment celle des petits enfants, ne quittons pas la joie du Christ, la joie de sa présence; ne cessons pas de glorifier, par notre prière et par nos actes, sa présence réelle en toute joie et en toute peine humaines. Si nous quittons la joie du Christ, nous quittons le Christ, et nous n’avons plus rien à dire à ce monde qui se croit abandonné.
D’innombrables occasions nous sont fournies par le saint Esprit pour manifester l’amour et la joie du Christ autour de nous: ne les évitons pas! Coopérons au contraire avec le saint Esprit pour le salut du monde entier, pour la joie de nos proches, de toutes les créatures et même de nos ennemis. Par ce même Esprit saint, soyons les instruments actifs de la justice lumineuse du Christ et surtout de sa compassion et de sa tendresse pour tout être humain, croyant ou incroyant.
Que le Christ notre vrai Dieu vous donne en abondance sa joie pour la répandre autour de vous!
† Le Métropolite Joseph