Priez sans cesse (I Thessaloniciens 5, 17)

publicat in Le monde intérieur pe 5 Novembre 2013, 10:17

« Celui qui aime le Seigneur se souvient toujours de Lui, et le souvenir de Dieu fait naître la prière. Si tu ne te souviens pas du Seigneur, tu ne prieras pas non plus. Sans prière, l’âme ne demeurera pas dans l’amour de Dieu, car c’est par la prière que vient la grâce du Saint-Esprit. Par la prière l’homme se garde du péché, car l’esprit en état de prière est absorbé par Dieu. Avec humilité, il se tient devant la Face du Seigneur que son âme connaît. (...) Dieu donne la prière à celui qui prie ; mais la prière que nous accomplissons uniquement par habitude, sans avoir le coeur brisé à cause de nos péchés, n’est pas accueillie par le Seigneur. (...) Les églises nous sont données pour la prière (...) , mais tu ne peux pas emporter l’église avec toi et tu n’as pas toujours de livres, tandis que la prière intérieure est toujours avec toi. (...) Pour celui qui prie dans son âme, le monde entier devient un temple ».

Saint Silouane, « Ecrits – De la prière »

Si nous observons les pensées et les mouvements affectifs qui se succèdent dans notre esprit et dans notre coeur tout au long de la journée, nous pouvons facilement constater quel est le maître que nous avons choisi de servir : Dieu ou Mamon. Ce choix inévitable et constant entre ces deux forces d’attraction opposées qui s’exercent sur notre âme, est la fonction principale de notre conscience, qui se manifeste à chaque instant et dans toutes les circonstances de notre vie, que nous en soyons conscients ou non, car « nul ne peut servir deux maîtres. Car ou il haïra l’un et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Mt. 6, 24).

  Nos pensées, les fruits de notre esprit, sont ce que nous sommes, car « on connaît l’arbre à ses fruits » (Mt. 12, 33). Et la racine de l’arbre qui produit nos pensées, se trouve dans notre coeur, « car c’est du coeur que viennent les mauvaises pensées, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, calomnies. Voilà ce qui rend l’homme impur » (Mt. 15, 19-20). Les mauvaises pensées sont semblables à des émanations toxiques de l’âme déchue, qui empoisonnent à la fois notre esprit et celui des autres, car notre énergie spirituelle, bonne ou mauvaise, se communique, par des voies visibles ou invisibles, à notre entourage et à notre environnement : « Tout ce qui se manifeste sur cette terre, toutes les bonnes choses, comme tout ce qui est négatif, tout provient de la pensée. Il nous faut donc faire beaucoup d’efforts, car nous sommes en fait un appareil à réfléchir qui propage des pensées, des rayons de pensées par lesquels nous exerçons une influence sur tous les êtres pensants, sur le monde animal et l’univers des plantes » (Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit », Ed. « L’Âge d’Homme »).  

L’esprit de l’homme à lui seul est incapable de combattre ses mauvaises pensées et  tendances nuisibles, dans la mesure où c’est lui-même qui en est la source, ainsi qu’un organisme malade qui produit son propre mal et ne peut guérir par ses propres moyens : « personne ne se sauve par ses propres forces » (Archim. Sophrony). De même qu’un malade doit s’adresser à un médecin pour demander les soins et les remèdes nécessaires à sa guérison, de la même façon l’âme contaminé par le virus mortel du péché doit s’adresser à Dieu, qui seul a le pouvoir et connaît le moyen de nous guérir du mal qui empoisonne l’organisme spirituel de l’homme déchu : « Lorsque notre coeur est arrivé à reprouver le mal qui domine dans le monde et en nous, lorsque nous avons entrepris des efforts pour le combattre et lorsque nous sommes convaincus de l’impuissance de notre bonne volonté, alors nous éprouvons le besoin moral irrésistible de chercher une autre volonté, une volonté qui non seulement désire le bien mais le possède et peut par cela même nous communiquer sa puissance. Or cette volonté existe (...) Elle se révèle à nous par la foi, et elle nous unit à elle par la prière » (Vladimir Soloviev – « Les fondements de la vie spirituelle »).

Le Bien et la volonté de Dieu sont une seule et même chose. Par conséquent, chaque fois que notre volonté s’éloigne de Dieu, elle s’éloigne en même temps du Bien. Or la plupart du temps Dieu est absent de l’esprit et de la vie de l’homme moderne : « tant que nous ne vivons que suivant notre volonté propre et la volonté du monde, c’est comme si Dieu, pour nous, n’existait pas » (Vladimir Soloviev ibid.). Et comme l’homme ne peut faire le bien sans l’aide de Dieu – « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn. 15, 5) – il est sans défense devant les forces du mal, car celui qui ne fait pas la volonté de Dieu, fait la volonté de Mamon. Nos soucis, nos désirs, notre avidité, nos ambitions, nos rancunes, nos jalousies etc qui occupent notre esprit tout au long de la journée, sont autant de liens qui nous attachent à ce monde, qui se trouve depuis la chute d’Adam sous la domination de Mamon. Le mal qui est entré en nous et dans le monde ne peut être combattu et vaincu que par le Bien qui vient de notre Sauveur, et ce Bien ne peut venir à nous que par la prière : « Il nous est indispensable de demeurer en prière le plus longtemps possible, afin que la force invincible du Christ pénètre en nous et nous rende capables de résister à toutes les influences destructrices » ( Archim. Sophrony, « La prière, expérience de l’éternité », Ed. Cerf) Prier c’est demander l’aide de Dieu chaque fois que notre âme subit les attaques ou l’influence du démon, c’est-à-dire tout au long de la journée: « Prier signifie bien souvent exposer à Dieu notre état pitoyable : faiblesse, acédie, doutes, crainte, angoisse, désespoir, en un mot tout ce qui est lié aux conditions de notre existence. Exposer donc notre état, mais sans rechercher des expressions élégantes ou même une suite logique... Souvent cette manière de s’adresser à Dieu marque le début d’une prière prenant la forme d’un dialogue » (Archimandrite Sophrony, ibid.)   

C’est parce que l’esprit humain est harcelé et attaqué sans cesse par les forces du mal, que nous devons conserver à chaque instant et en toute circonstance le lien vital et vivant avec Dieu, par une prière ininterrompue, qui peut revêtir des formes aussi différentes et variées que les multiples aspects de notre vie ; englobant ainsi l’ensemble de notre existence : « La prière spirituelle fondamentale est celle-ci : que notre esprit et notre coeur soient inséparables de Dieu, à tout moment et où que nous soyons. L’essentiel c’est de conserver toujours dans notre âme le sentiment de la présence de Dieu. « Ceci remplace toutes les règles établies de la prière et constitue une prière incessante », comme l’affirme Saint Théophane le Reclus » (Archim. Ilie Cléopa, « Pères spirituels roumains, sur la prière », Ed. Eïkon, Cluj-Napoca 2005).

Si le souvenir de Dieu est constamment présent dans notre esprit et notre coeur, tout devient prière : nos pensées, bonnes ou mauvaises, nos paroles et notre silence, notre travail et notre repos, nos relations privées et professionnelles, nos succès et nos échecs, nos souffrances et nos joies, nos actions bonnes ou mauvaises et même nos péchés, tout est une occasion de se souvenir de Dieu et de maintenir d’une manière ou d’une autre la communication avec Lui, en demandant Son aide et Sa protection, en Lui avouant nos faiblesses et nos infirmités, en Lui rendant grâce et en Lui confiant l’ensemble de notre personne et de notre vie. En un mot, nous devons établir avec Dieu une relation personnelle de la même nature que celle que nous avons avec notre propre vie : « Mes relations avec Dieu revêtent un caractère strictement personnel. La notion de péché n’a de sens qu’au sein d’une relation personnelle. En dehors d’elle, il n’y a pas d’amour entre l’homme et Dieu. En dehors d’elle, il n’y a pas et il ne peut y avoir de connaissance existentielle de Dieu. En dehors d’elle, tout est englouti par la mort, tout sombre littéralement dans le non-être » (Archim. Sophrony, op. cit. ). 

   Si le contact avec Dieu est coupé, nous perdons le contact avec notre propre vie. L’homme qui par négligence ou paresse spirituelle oublie de maintenir ce lien vivant et permanent avec Dieu, est aussi fou et irresponsable qu’un malade qui oublierait de prendre les médicaments qui pourraient lui sauver la vie : « Celui qui ne prie pas trébuche et succombe très facilement à la tentation et au péché, n’ayant plus aucun lien avec Dieu. Celui qui ne prie pas n’a aucun pouvoir pour lutter contre les tentations de la vie. Il est comme un soldat sans arme, comme un oiseau sans ailes, comme un roseau qui chancelle au gré du vent. (...) Il est comme un poisson jeté sur le sable, nous dit Saint Jean Chrysostome » (Archim. Sofian Boghiu – « Père spirituels roumains, sur la prière », op. cit.)   

La véritable prière, avec ou sans paroles, est une présence permanente de Dieu dans notre esprit et dans notre coeur, dans toutes les circonstances de la vie, présence aussi nécessaire à notre âme que l’eau et la nourriture pour notre corps de chair : « La prière est le premier don de Dieu par lequel on obtient tous les autres dons. Pour qu’un mendiant puisse recevoir l’aumône, il doit tendre la main, pour qu’un petit enfant puisse recevoir sa nourriture, il doit ouvrir la bouche (...), de la même façon, « la prière est la main tendue pour recevoir les dons de Dieu, et la bouche ouverte pour goûter les nourritures célestes. (...) Sans la prière notre vie spirituelle reste affamée et assoiffée, et elle se meurt » (Archim. Arsenie Boca – « Pères spirituels roumains, sur la prière », op. cit.).