publicat in Varia pe 7 Septembre 2013, 15:20
Pourquoi Dieu a-t-il permis cette migration massive, cet exode, unique dans l'histoire des roumains ? Une réponse possible serait celle-ci : afin que nous puissions contribuer, nous aussi, chacun selon ses possibilités, à apporter la nourriture spirituelle là où le besoin se fait le plus ressentir.
L'idée de « mieux », de « meilleur » serait-elle sensible, dans sa définition, à la géographie, aux points cardinaux sur une carte ? J'ai été, et je ne suis pas le seul, soucieux de cette idée du « meilleur » pendant quelques années après avoir quitté mon pays. Le père Rafail Noica, lors d'une soirée à la paroisse Saintes Parascève et Geneviève (Paris), a répondu si simplement à ces questionnements : « Tu penses qu'il aurait été possible que tu sois ici si Dieu ne l'avait pas voulu ainsi ? ». Autre question, quelle utilité de vivre dans l'avenir ? Autrement dit, si à présent je me trouve ici mais un beau jour je décide de rentrer... Je rentrerai peut-être, si le Seigneur le veut, ou peut-être pas. « De-o fi una, de-o fi alta, ce e scris çi pentru noi / Bucuroçi le-om duce toate... » (M. Eminescu) Lorsque je rentre en Roumanie, pendant les vacances, je traverse le pays du sud au nord. Et, pour utiliser les paroles de Creanga, « nu çtiu altii cum sunt », mais moi, je continue d'être en résonnance avec la terre roumaine.
C'est ainsi, nous sommes issus de ces terres, certains d'entre nous y avons passé notre enfance, à la campagne, nous avons grimpé aux arbres l'été et nous avons traversé le village pour chanter des chants de Noël, l'hiver. Ces terres ne cesseront jamais de nous rappeler notre origine, par la voix de nos ancêtres qui y reposent...
Et puis, le Seigneur permet que nous soyons pendant un certain temps loin de notre pays. Pendant combien de temps? Nous ne le savons pas. Et c'est ici, loin du pays, que naissent nos enfants, nos filleuls... Loin du pays, nous vivons peut-être les années les plus riches de notre vie, avec heurs et malheurs, et parfois des caps difficiles. Là où nous sommes, le Seigneur nous donne des pères spirituels, des fils et des filles spirituels, des amis, des collègues, des voisins... Et les gens autour de nous deviennent notre second pays. C'est ainsi que je définirais l'idée de « chez moi ». Et peut-être un jour, si nous devons quitter notre « chez nous », ce serait dur pour nous.
C'est le paradoxe de notre génération d'émigrants, avec deux « chez nous », deux nationalités, mais regardés comme des étrangers de chaque côté de la frontière...
Cependant, remercions le Seigneur pour tout !
Ștefan Moise, Paris