Homélie sur la Nativité de la Mère de Dieu (extraits)

publicat in Homélies et sermons pe 4 Septembre 2013, 11:25

Aujourd'hui sort de la souche de Jessé le rejeton sur lequel va s'épanouir pour le monde une fleur divine. Aujourd'hui Celui qui avait fait autrefois sortir le firmament des eaux crée sur la terre un ciel nouveau, formé d'une substance terrestre ; et ce ciel est beaucoup plus beau, beaucoup plus divin que l'autre, car c'est de lui que va naître le Soleil de justice, Celui qui a créé l'autre soleil....

Que de miracles se réunissent en cette enfant, que d'alliances se font en elle ! Fille de la stérilité, elle sera la virginité qui enfante. En elle se fera l'union de la divinité et de l'humanité, de l'impassibilité et de la souffrance, de la vie et de la mort, pour qu'en tout ce qui était mauvais soit vaincu par le meilleur. O fille d'Adam et Mère de Dieu ! Et tout cela a été fait pour moi, Seigneur ! Si grand était Ton amour pour moi que Tu as voulu, non pas assurer mon salut par les anges ou quelque autre créature, mais restaurer par Toi-même celui que Tu avais d'abord créé Toi-même. […]

Aujourd’hui le Créateur de toutes choses, Dieu le Verbe, compose un livre nouveau jailli du cœur de Son Père, et qu’Il écrit par le Saint-Esprit, qui est langue de Dieu… […]

Une vigne aux beaux sarments1 a germé du sein d’Anne, mère de Marie, et elle a produit un raisin plein de douceur, source de nectar jaillissant pour les habitants de la terre en vie éternelle. Joachim et Anne se firent des semailles de justice et récoltèrent un fruit de vie. Ils se sont éclairés de la lumière de la connaissance, ils ont cherché le Seigneur et il leur vint un fruit de justice[2]. Que la terre prenne confiance ! Enfants de Sion, réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu, car le désert a verdoyé[3] : celle qui était stérile a porté son fruit. Joachim et Anne, comme des montagnes mystiques, ont fait couler le vin doux. Sois dans l’allégresse, Anne bienheureuse, d’avoir enfanté une femme. Car cette femme sera Mère de Dieu, porte de la lumière, source de vie, et elle réduit à néant l’accusation qui pesait sur la femme. […]

Dans ce sein l’être illimité est venu demeurer ; de son lait, Dieu, l’enfant Jésus, s’est nourri. Porte de Dieu toujours virginale ! Voici les mains qui tiennent Dieu, et ces genoux sont un trône plus élevé que les Chérubins : par eux les mains affaiblies et les genoux chancelant[4] furent affermis. Ses pieds sont guidés par la loi de Dieu comme par une lampe brillante, ils courent à sa suite sans se retourner, jusqu’à ce qu’ils aient attiré vers l’amante le Bien-Aimé. Par tout son être elle est la chambre nuptiale de l’Esprit, la cité du Dieu vivant, que réjouissent les canaux du fleuve[5], c’est-à-dire les flots des charismes de l’Esprit : toute belle, tout entière proche de Dieu. Car, dominant les Chérubins, plus haute que les Séraphins, proche de Dieu, c’est à elle que cette parole s’applique !

Merveille qui dépasse toutes les merveilles : une femme est placée plus haut que les Séraphins, parce que Dieu est apparu abaissé un peu au-dessous des anges[6] ! Que Salomon le très sage se taise, et qu’il ne dise plus : Rien de nouveau sous le soleil[7]. Vierge pleine de la Grâce divine, temple saint de Dieu, que le Salomon selon l’esprit, le Prince de la paix, a construit et habite, l’or et les pierres inanimées ne t’embellissent pas, mais, mieux que l’or, l’Esprit fait ta splendeur. Pour pierreries, tu as la perle toute précieuse, le Christ, la braise de la divinité.

Supplie-Le de toucher nos lèvres, afin que, purifiés, nous Le chantions avec le Père et l’Esprit, en nous écriant : Saint, Saint, Saint le Seigneur Sabaoth, la nature unique de la divinité en trois Personnes. Saint est Dieu, le Père, qui a bien voulu qu’en toi et par toi s’accomplît le mystère qu’Il avait prédéterminé avant les siècles. Saint est le Fort, le Fils de Dieu, et Dieu le Monogène, qui aujourd’hui te fait naître, première-née d’une mère stérile, afin qu’étant Lui-même Fils unique du Père et Premier-né de toute créature[8], Il naisse de toi, Fils unique d’une Vierge-Mère, Premier-né d’une multitude de frères[9], semblable à nous et participant par toi à notre chair et à notre sang. Cependant Il ne t’a pas fait naître d’un père seul, ou d’une mère seule, afin qu’au seul Monogène fût réservé, en perfection le privilège de fils unique : Il est en effet Fils unique, Lui seul d’un père seul, et seul d’une mère seule. Saint est l’Immortel, l’Esprit de toute sainteté, qui par la rosée de Sa divinité t’a gardée indemne du feu divin : car c’est là ce que signifiait par avance le buisson de Moïse.

Saint Jean Damascène

Notes :

[1]Os 10,1 ; Ps 128,3

[2]Os 10,12 ; Is 61,11

[3]Jl 2,21-23

[4]Is 35,3

[5]Ps 46,5

[6]Ps 8,6

[7]Qo 1,9

[8]1 Co 1,15

[9]Ro 8,29