publicat in Homélies et sermons pe 10 Juin 2013, 10:01
On peut se poser la question : qu'est-ce que la sainteté ? La réponse nous est donnée dans la liturgie : « Un seul est Saint » . La sainteté des saints n'est que la sainteté de Dieu qui transparaît à travers eux et qui illumine le monde. Les saints sont, en quelque sorte, le réceptacle, la manifestation, le véhicule de la sainteté de Dieu.
La sainteté est donc la plénitude de la présence divine dans un être. Mais Dieu ne violente pas l'homme, Il n'oblige pas, Il n'impose pas. Il laisse l'homme libre de L'aimer, de Le chercher. La sanctification n'a rien d'automatique, elle ne peut s'accomplir sans la participation active de la personne humaine ; et cette participation consiste à travailler, à diminuer patiemment, par la prière et par l'ascèse, les obstacles qui empêchent la manifestation de la sainteté de Dieu en nous.
« Demandez et on vous donnera, frappez et on vous ouvrira » . Le Christ parle de cette femme qui importune le juge pour obtenir quelque chose. Importunons Dieu, importunons-Le en lui demandant d'avoir pitié de nous, de nous secourir, de nous aider à dépasser peu à peu ces passions qui empêchent Sa sainteté de se manifester à travers nous.
Nous vivons des situations, des sentiments dans lesquels nous n'avons pas très envie de prier Dieu, pas très envie qu'il se manifeste pour nous transformer. Les saints, eux, ont accepté cette irruption de Dieu dans tous les détails de leur vie, et par l'ascèse et la prière, ils ont laissé la sainteté de Dieu les emplir peu à peu.
Notre vocation est la sainteté. Nous pouvons pleurer intérieurement devant Dieu d'être encore si éloignés de Lui, d'avoir tant d'obstacles à franchir pour que Sa lumière se manifeste au monde à travers nous. Et si nous demandons vraiment du fond du cœur que ces obstacles disparaissent, nous entrons imperceptiblement sur le chemin qui nous amènera vers la sainteté, si nous persévérons.
Nous ne vivons plus dans nos contrées le type de martyre que subit saint Quentin, mais nous subissons d'autres formes de persécutions, car les forces destructrices, hostiles à Dieu, les démons, qui ne supportent pas que nous puissions être déifiés, sont toujours à l'œuvre. Et comme saint Quentin torturé par ses bourreaux, nous sommes aussi la proie des démons dont le but est toujours de détourner l'homme de Dieu. Ils se manifestent à travers des épreuves psychiques que nous subissons (frustrations, angoisses, ressentiments, tristesse... tous ces états d'âme dans lesquels nous nous engluons et qui nous font souffrir) aussi douloureuses à vivre pour beaucoup que les épreuves physiques. Le choix est cependant toujours le même : choisir le Dieu trinitaire, le Dieu qui s'incarne sans cesser d'être Dieu, pour attirer l'homme jusqu'à Lui, ou choisir les idoles que les démons nous proposent.
Ces idoles sont liées à nos passions : inflation de l'ego, adoration de soi-même... En somme, même si ce n'est pas toujours aussi clair, nous voulons, sans nous l'avouer, prendre la place de Dieu.
Dans ces épreuves qui nous touchent tous, confessons notre foi pour mettre en déroute les démons. Témoignons notre foi devant les puissances invisibles : « Je crois en Dieu... » En étant dans cette lignée des martyrs, il faut que nous gardions l'idée que toute souffrance, qu'elle soit psychique ou physique, si elle est vécue avec le Christ, en référence à la Passion du Christ, prend un sens qui est de l'ordre du sacré. C'est ce qu'ont fait les martyrs : leur souffrance n'est pas la leur, c'est la souffrance du Christ. Sainte Blandine, souffrant d'une douleur quelconque avant son martyre, disait aux soldats romains qui se moquaient d'elle en évoquant les souffrances beaucoup plus grandes qu'elle endurerait lorsque les lions déchireraient sa chair : « Maintenant, je souffre seule, mais tout à l'heure c'est le Christ qui souffrira avec moi. »
Toute souffrance peut être vécue en relation avec le Christ. Confessons qu'il donne un sens à tout ce que nous vivons. Saint Quentin priait au milieu de ses douleurs : « O mon Dieu, ne me délaisse pas, c'est pour Toi que je souffre, c'est en Toi que j'ai mis mon espoir » . Et aux bourreaux, il disait : « Tout ce que Dieu vous permettra de m'infliger, je suis prêt à le subir » .
De même, disons aux forces qui nous attaquent : « tout ce que Dieu permettra de m'infliger, je suis prêt à le subir » . Ainsi, nous avancerons sur le chemin à la suite de saint Quentin et de tous les autres saints.
Prêtre Yves Dulac
(Texte tiré d’une homélie prononcée en 1996, à l’occasion de la fête de Saint Quentin)