La Paroisse, entre le monde et le Royaume de Dieu (2)

publicat in Varia pe 16 Mai 2013, 07:40

II . La Paroisse, lieu de la conquête du Royaume

La Paroisse est un milieu privilégié, qui permet au chrétien de répondre à la nostalgie de son cœur et de se tourner vers sa véritable patrie.

A. La grâce de la foi et du saint baptême (de la chrismation, de l’eucharistie) est une richesse et une puissance immense. Les chrétiens ont un indescriptible potentiel de sainteté.

a) Rappelons-nous que le baptême est précédé des exorcismes : Satan a été expulsé de notre vie et de celle de nos enfants. Il n’a plus de force contre nous ; il ne peut agir qu’avec notre complicité.

b) Au baptême, il nous a été donné la liberté de faire le bien c’est-à-dire la volonté de Dieu, en « nous joignant au Christ ». Nous pouvons, nous avons la capacité spirituelle et charismatique de devenir des saints : ne l’oublions pas, surtout dans les moments de découragement !

c) Quand nous participons à la sainte communion, nous nous nourrissons et nous abreuvons de la chair et du sang de Dieu, nous communions au Royaume : quelle puissance extraordinaire ! Comme cela doit nous encourager ! Surtout que, après avoir communié ainsi, nous retournons dans le monde : « allons en paix ! », dit le Prêtre, et nous sommes envoyés dans le monde en portant dans tout notre être les énergies divines du Christ.

B. La tradition orthodoxe est notre force. Ce n’est pas n’importe quelle version du christianisme ; c’est la tradition des Apôtres et des Pères, et, pour la plupart d’entre nous, c’est la foi ancestrale héritée par l’intermédiaire de nos parents et de nos parrains.

a) Paroissiens que nous sommes, nous sommes des célébrants, des co célébrants de notre prêtre, les desservants du culte chrétien dans toute sa beauté et sa profondeur. Notre présence paroissiale à la célébration des offices, surtout de la sainte liturgie, est indispensable : c’est notre devoir, et c’est là que nous puisons notre force pour aller vers le Royaume. On doit toujours dire que les sacrements de l’Église nous font participer au Royaume par anticipation. L’Église, la Paroisse, n’est pas le Royaume ; mais elle est la porte du Royaume par tous les sacrements, les saintes icônes, les rites et les prières communes et particulières.

b) En tant que paroissiens, nous héritons de toute la tradition ascétique. Bien sûr, ce sont surtout les moines qui la gardent. Mais, d’une part, tous les paroissiens ont la possibilité d’aller fréquemment au Monastère ; et, d’autre part, le combat spirituel pour accomplir les commandements fait partie de la vie de tout chrétien. Au baptême, nous avons dit : je me joins au Christ ! Tous les jours nous luttons pour être fidèles à cette parole, c’est cela l’ascèse chrétienne.

c) Nous sommes soutenus et aidés par notre prêtre ou père spirituel. Il lutte, lui aussi, pour sa propre sanctification ; il est également un paroissien qui tend vers le Royaume. Et il nous aide, il nous fait partager son expérience ; il nous instruit, il nous relève quand nous sommes tombés, et il nous aide à accomplir les commandements. Il lutte pour nous, par le jeûne et la prière.

C. La vie paroissiale est le lieu de notre transformation. Elle ressemble à un creuset où se fabrique l’humanité nouvelle issue du saint baptême.

a) C’est dans la Paroisse que s’opère notre « conversion » continuelle. « Se convertir » (Marc 1, 15) signifie « se retourner », comme l’a fait le Fils prodigue : il allait vers le monde, il devenait un homme du monde ; et il s’est souvenu qu’il est citoyen du Royaume, et il s’est retourné pour aller vers le Royaume où habite le Père. En particulier, il s’agit pour nous de convertir notre désir, de passer de la convoitise au désir de Dieu ; de la consommation des nourritures du monde à l’eucharistie, nourriture d’immortalité que nous donne le Seigneur dans le Banquet de son Royaume.

b) Nous apprenons également dans la Paroisse à remercier le Seigneur. Il y a un temps pour remercier et il y a un temps pour la prière de louange : pensons à cultiver la gratitude et nous serons invulnérables. Celui qui remercie le Seigneur habite déjà dans son Royaume parce qu’il a la conscience des bienfaits et de la bonté de Dieu.

c) Enfin, la Paroisse est par excellence le lieu où le chrétien s’exerce à suivre les commandements, par exemple par le pardon mutuel, mais également par la générosité, la chasteté, le service désintéressé des frères, le sacrifice de soi. Si nous n’apprenons pas à faire la volonté du Père dans la Paroisse, nous ne pourrons pas non plus la faire dans le monde !

III. La Paroisse et son témoignage dans le monde

A. L’Église est « apostolique », c’est-à-dire qu’elle vient des saints Apôtres. Mais cela veut dire également qu’elle est de nature missionnaire.

a) la mission des chrétiens fait partie de leur identité. Les premiers chrétiens ont toujours témoigné de leur foi, en commençant par annoncer la résurrection du Christ, comme le montre le livre des Actes des Apôtres. Très vite, leur mission s’est heurtée à l’hostilité de la société dans laquelle ils vivaient, et ils ont été conduits à sceller leur témoignage par le don de leur vie : martyre veut dire témoignage. Le mot « martyre » ne doit pas nous faire peur !

b) dans le travail, nous avons beaucoup d’occasions de témoigner de la foi orthodoxe, mais en tout premier lieu par l’exemple. Si nous sommes de vrais disciples du Christ, si nous suivons les carêmes de l’Église, si nous portons la croix, si nous pardonnons les offenses, nous rayonnons autour de nous la foi qui nous fait vivre. Quelquefois, nous pouvons être conduits à parler à nos collègues et à leur expliquer pourquoi nous sommes chrétiens et en quoi consiste l’Orthodoxie. Souvent, nous avons l’occasion de dire « non », de refuser une compromission qui salirait notre âme et notre vocation chrétienne.

c) dans la vie sociale, le chrétien ne reste pas indifférent aux débats publics. Il est, la plupart du temps, un citoyen, électeur et éligible, et il participe aux décisions sur le plan municipal ou national. Même un paroissien qui n’aurait pas encore la nationalité du pays où il se trouve est directement intéressé par les décisions qui sont prises et qui ont des conséquences pour lui-même et pour sa famille. La responsabilité politique fait partie de l’activité missionnaire et apostolique des membres de nos paroisses. Elle consiste à essayer de faire triompher l’idéal évangélique dans la société civile.

B. Nous agissons de l’intérieur de la communauté humaine dans laquelle Dieu nous a envoyés : de l’intérieur du monde.

a) par le jeûne, qui conteste l’esprit du monde, parce qu’il est rupture avec la convoitise, la domination et la possession. C’est principalement par lui, plus même que par des manifestations extérieures, que le chrétien agit dans le monde.

b) par la prière pour le monde et son salut, pour nos collègues de travail, nos voisins, celui qui est, non pas encore notre « frère » (confessant la même foi), mais notre « prochain ». Nous prions pour leur conversion et leur salut. Mais nous remercions également le Seigneur pour le bien qu’ils font, sans peut-être savoir qu’ils accomplissent la volonté de Dieu.

c) par le repentir, nous recevons de Dieu la grâce de voir les péchés du monde comme nos propre péchés. Nous acquérons ainsi le non jugement et la compassion pour le monde, selon l’exemple que nous donne le Christ, et la puissance qu’Il nous donne de le suivre.

C. Le témoignage chrétien est commandement (Marc 16, 15)

a) par l’exemple – le martyre consiste à supporter des injustices pour la foi et par amour pour le monde, ou, en tout cas, pour les personnes qui sont dans le monde : Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils et qu’Il a envoyé son Esprit saint ; une autre preuve de son amour pour le monde et de sa volonté de le sauver, c’est qu’Il envoie dans le monde les baptisés, ses disciples, ses propres membres. Très éloquent est, notamment, l’amour du Christ manifesté par les chrétiens à l’égard des pauvres, des souffrants, de tous les « petits ». La dimension caritative et sociale de la vie chrétienne annonce au monde la fraternité du Christ vécue dans la paroisse.

b) par la parole : prendre position (pétitions, vote, etc.). La catéchèse paroissiale nous aide à prendre la parole et d’apporter dans le monde un discours chrétien. Mais, instruits ou non, dans la mesure où nous vivons sérieusement dans l’Église, c’est-à-dire, dans la paroisse, nous recevons de l’Esprit les mots qu’il faut et quand il faut (Marc 13, 11).

c) par la créativité : art, culture, pensée, technique. Les paroissiens que nous sommes apportent dans le monde des idées nouvelles, des valeurs nouvelles et des formes d’expression que le monde ne connaît pas. Le témoignage liturgique et iconographique apporte beaucoup à la culture d’un pays. Mais d’autres formes d’art, comme les traditions populaires (chants, danses, poèmes, costumes), enrichissent beaucoup la culture du monde. Et c’est vrai également pour ceux d’entre nous qui, suivant l’inspiration chrétienne, cultivent un art non liturgique – art du bâtiment, peinture, musique, littérature – et manifestent dans le monde une forme de beauté ou de vérité, « pour l’amour de la Beauté » (thème permanent du festival de notre Métropole).

Par tout cela, nous voyons que, d’un côté, nous allons du monde vers le Royaume en sanctifiant notre vie et en cherchant le salut, de nous-mêmes et de nos proches ; d’un côté, nous allons du Royaume (auquel nous participons par les sacrements) vers le monde pour agir avec le Christ qui veut sauver le monde. La Paroisse, cellule accessible du mystère de l’Église, est une porte qui s’ouvre dans les deux sens. Notre vie est sous le signe de la Croix : elle est l’intersection du monde et du Royaume, c’est pourquoi l’apôtre Paul a dit que nous sommes « crucifiés au monde ».

Prêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard, Conférence dans la paroisse roumaine de Nantes le 7 avril 2013