La priere voie du royaume des cieux

publicat in Parole de l'évêque Siluan pe 1 Mars 2013, 17:15

Grâce a Dieu, nous sommes dans le ca­reme de la sainte Pâque, careme dans lequel l'Eglise a fixe un temps de repentir, de par­don et de reconciliation avec le prochain et avec Dieu. Le temps de preparation a rece- voir la lumiere du Christ mort et ressuscite ne commence pas seulement en meme temps que le grand Careme : cette prepara­tion commence avec notre decision de naître a nouveau « de l'eau et de l'Esprit », et elle doit etre continuelle.

Des la chute d'Adam, l'homme a cher- che la lumiere, mais il n'a pas toujours trou- ve la « lumiere veritable ». Nous avons com- me exemple les 18eme et 19eme siecles, periode de l'Illuminisme ou « epoque des lumieres », periode dans laquelle se sont deroule des revolutions, en Europe, en Amerique du Nord et en Amerique du Sud, dont le but declare etait la creation d'une societe « rationnelle », par l'expansion de la culture des « lumieres » dans les masses, par le projet d'ecarter les dogmes religieux et de propager l'illumination des masses sur la base de leur experience propre, en ex- cluant Dieu de l'equation, en ne cultivant pas l'Esprit et en cherchant, non pas la vraie Lumiere, mais les « lumieres ». Un Seul est la « Lumiere » et il ne peut exister plusieurs lumieres, parce qu'il y a un seul Seigneur, notre Seigneur Jesus Christ, qui dit de lui-meme : « Je suis la lumiere du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les tene- bres : au contraire, il aura la lumiere de la vie » (Jean 8, 12).

L'homme a perdu l'Esprit parce qu'il a perdu la priere, qui est une conversation avec Dieu. Les gens toujours plus nombreux se plaignent qu'ils ne peuvent prier ou qu'ils prient a la hâte, en raison des nombreux soucis de chaque jour, ce qui fait que la priere ne procede plus de la profondeur de l'es- prit, de la chambre interieure de l'âme et du creur, comme nous y invite le Seigneur : « Toi donc, quand tu pries, entre dans ta chambre et, fermant la porte, prie ton Pere qui est dans le secret... » (Matthieu 6, 6).

Voici ce que dit saint Jean Chrysostome au sujet de la priere des profondeurs de l'âme : « la puissance de la priere a vaincu la puissance, elle a brise la fureur des lions, termine des guerres, arrete des combats, apaise des tempetes, chasse les demons, ouvert les portes du ciel, brise les liens de la mort, chasse des maladies, repousse des intrigues, raffermi des villes ebranlees, eloi- gne les fleaux envoyes d'en haut comme les embuches, en un mot tous les perils. Par priere, j'entends, non pas celle qui n'est que dans la bouche, mais celle qui jaillit du fond du creur. En effet, de meme que les arbres dont les racines s'enfoncent profondement, meme si les vents dechaînent mille assauts contre eux, ne sont pas brises ni arraches, parce leurs racines sont fortement enser- rees dans la profondeur de la terre, de meme les prieres qui s'echappent du fond du creur, ainsi enracinees, montent vers le ciel en toute surete et ne sont detournees par l'as- saut d'aucune pensee. C'est pourquoi l'ecrivain sacre dit : ‘Des profondeurs j'ai crie vers toi, Seigneur' (Ps 129, 1). (Saint Jean Chrysostome, Sur l’incomprehensibilite de Dieu,V,575-590)

La profondeur du creur dont parle saint Jean Chrysos­tome est en fait l'esprit descen- du dans le creur grâce a une priere pure, qui, une fois parvenue en ce lieu, crie vers la Profondeur : « L'abîme appel- le l'abîme quand grondent tes cataractes », dit le psalmiste David (Ps 41, 8). Saint Maxi­me le Confesseur, commentant ce verset du psaume, etablit une correspondance entre l'esprit et la sagesse de Dieu : l'esprit comme « abîme », toutefois non comme abîme en soi, mais comme cree pour embrasser l'unique Abîme divin, et l'es- prit purifie comme « lieu de lAbîme », lieu de la Sagesse di­vine (Ambigua179). Voici le « grand mystere de la capacite de l'esprit cree a recevoir Dieu en lui et la propriete de Dieu d'etre contenu par l'esprit » (note de P. Dumitru Stăniloae sur ce passage d' Ambigua).

Le but de l'homme est l'union a Dieu, et pour atteindre l'union a lui il faut d'abord pu- rifier notre esprit de tout souci du monde et redecouvrir, ou, plutot, reapprendre a prier, parce que la priere est la nourriture de l'esprit. Par la seule priere nous sommes illumines, parce que la lumiere veritable ne vient pas de l'exterieur, comme l'ont compris par erreur les promoteurs de l'Illuminisme : la lumiere veritable vient de l'interieur de l'homme uni a Dieu, de l'homme « temple du saint Esprit ».

Par consequent, prions sans cesse, comme nous le conseille le saint apotre Paul (1 Co 3, 16), parce que la priere est la voie du Royaume des cieux.

† Eveque Timotei, de l'Eveche Orthodoxe Roumain d'Espagne et du Portugal