Ajouté le: 8 Mai 2011 L'heure: 15:14

Sainte Wiborade la patronne des bibliothèques

Sainte Wiborade la patronne des bibliothèques

Parmi les saints les plus connus de la ville de St. Gall (Suisse), l’élément féminin est très bien représenté par Sainte Wiborade. A côté de St. Gallus et de St. Otmar, Sainte Wiborade est la troisième sainte la plus vénérée, dans le passé comme à présent, dans la communauté de St. Gall. Comme cette sainte est complètement inconnue aux lecteurs de notre Métropole, nous tentons dans cet article de montrer qui elle fut, et, surtout, la raison pour laquelle elle est considérée comme la protectrice des bibliothèques.

Sainte Wiborade est considérée aujourd’hui comme la patronne des femmes de ménage, des femmes au foyer, des cuisinières, mais tout particulièrement des bibliothèques et des amateurs de livres. La vie de la sainte est décrite dans deux biographies, l’une rédigée vers l’an 970, lorsque certains de ceux qui l’avaient connue étaient encore en vie (parmi eux, son frère Hitto, mais aussi St. Ulrich, évêque d’Augsburg). Cette biographie a été rédigée par l’hiéromoine Ekkehart I, à l’exhortation de l’évêque Ulrich d’Augsburg. La seconde biographie, plus romancée, basée sur la première, mais aussi sur d’autres sources comme certaines notices historiques, prières et ecténies dédiées à la sainte, des hymnes, des poèmes qui lui durent consacrés, ainsi que les annales du monastère de St. Gall, fut rédigée plus tard, probablement entre 1072 et 1074, par Herimannus.  

Sainte Wiborade est née à proximité du lac de Constance (Bodensee), à la fin du 9ème siècle, dans une famille noble alamane. Conformément à l’auteur de la première biographie, par l’intervention de la divine providence, la sainte a reçu le nom de Wiborade, ou « Weiberat », qui se traduit par « la conseillère des femmes ».

Dès son enfance, Sainte Wiborade avait un penchant vers la vie agréable à Dieu, refusant même les jeux innocents de l’enfance, propres à son âge.

Toute petite encore, malgré le fait que l’église se trouvait assez loin de la maison parentale, dans un endroit montagneux, Sainte Wiborade s’y rendait tous les jours, même pieds nus, pour prier.

En continuant sa vie pieuse, dès son adolescence elle s’est proposé de consacrer sa vie « à l’unique fiancé », le Christ, renonçant aux voluptés de cette vie. Dans cette situation, elle se mit au service de son frère, Hitto, qui avait commencé à étudier à l‘école bénédictine de St. Gall, en lui envoyant des habits et tout ce qui était nécessaire pendant son étude. Elle a également tissé et embelli des couvertures de livres, qui se trouvaient dans la bibliothèque du monastère de St. Gall. Mentionnons aussi le fait que le monastère de St. Gall avait, au 10ème siècle, l’une des bibliothèques les plus célèbres au monde.

Pendant que ses parents étaient encore en vie, Sainte Wiborade prit soin d’eux avec beaucoup d‘amour, accomplissant comme personne d‘autre les commandements divins qui parlent de l’honneur dû aux parents. Après la mort de son père, elle a pris soin de sa mère, mais aussi d’autres malades en proie à la souffrance, que ce soit des concitoyens ou des étrangers.

Sur l’exhortation de Sainte Wiborade, son frère, Hitto, a pris l’habit monacal, afin de dédier entièrement et sans entrave sa vie au Seigneur. Après l’entrée de son frère dans le monachisme, Sainte Wiborade resta 6 ans encore dans le monde, mais elle se consacra exclusivement à la vie intérieure, spirituelle. Longtemps avant l’entrée de son frère dans le monachisme, selon sa plus ancienne biographie, la sainte menait une vie ascétique, renonçant à la viande et au vin, sans que personne de sa famille ou parmi les voisins s’en aperçoive.

La même biographie nous présente les combats incessants que la sainte a dû mener contre le diable, surtout en raison de la rigueur de sa vie ascétique. Le plus souvent, celui-ci lui apparaissait pendant la nuit sous des visages terrifiants, surtout lorsqu’elle se dirigeait vers l’église, où parfois elle restait jusqu’au matin pour prier. Parmi les miracles que la sainte a accomplis pendant sa vie terrestre on compte la guérison d’un démonisé.

A la mort de ses parents, Sainte Wiborade se rendit à St. Gall, où elle resta durant 4 ans, dans une cellule où elle poursuivait ses combats ascétiques, à côté de l’église Saint Georges, sur les hauteurs de la ville de St. Gall. Après ces 4 ans passés dans la prière et l’ascèse, Wiborade a voulu être emmurée, ce qui fut fait par l’évêque Solomon de Constance en personne. Conformément à plusieurs auteurs, cette claustration a dû avoir lieu en l’an 912.  

C’est à Sainte Wiborade que l’on attribue diverses prophéties qui se sont accomplies, soit durant sa vie, soit après son passage à la vie éternelle. La vision qui a rendue célèbre Sainte Wiborade fut celle qui a annoncé l’attaque des hongrois sur le territoire où se trouvait le monastère.

Au moment entrevu par Sainte Wiborade, les hongrois ont conçu le territoire de la Bavière et ils se dirigeaient vers le monastère. Entendant cela, l’abbé Engilbert (925-933) est allé tout de suite voir la sainte, en essayant de la convaincre de prendre la fuite pour échapper aux envahisseurs, mais celle-ci s’y opposa. Voyant qu’il n’était pas possible de la convaincre, l’abbé demanda son conseil, et alors elle lui dit de sauver le trésor du monastère.

Par „trésor“ (thesaurum), Sainte Wiborade entendait en premier lieu la bibliothèque du Monastère de St. Gall, où l’on gardait des manuscrits précieux. Sur l’exhortation de la sainte, tous les manuscrits ont été transférés au monastère de Reichenau, à proximité du lac de Constance. Il convient de rappeler ici le fait que le monastère possédait à l’époque le plus ancien livre en langue allemande, datant de 720 (Codex Sangallensis 911), mais aussi le plus ancien livre de chant, écrit à St. Gall autour de l’an 920, les deux étant devenus des biens du patrimoine de l’Unesco en l’an 1983.

Pendant que les moines du monastère se sont abrités dans une forteresse, en sauvant leurs vies, Sainte Wiborade est restée fidèle à son voeu de « stabilitas loci », étant la seule qui n’a pas quitté sa demeure. Peu de temps après, les barbares hongrois sont apparus, et ont mis le feu à l’église St. Magnus en tuant ensuite la sainte, en lui donnant trois coups de hache sur la tête.

La première biographie de la sainte raconte le fait que, un an après son martyre, Sainte Wiborade a été célébrée par la communauté du monastère de St. Gall. La veillée se tint pendant la nuit antérieure à sa commémoration, et on y chanta des psaumes, mais aussi beaucoup d’hymnes liturgiques. Le jour de sa fête, on officia les Heures du matin et l’office de Vêpres près du tombeau de la sainte.

Photo : Iulian NisteaSainte Wiborade fut la première femme officiellement canonisée par un pape dans l’Eglise occidentale, en l’an 1047, 7 ans avant le Grand Schisme. Même si la célébration annuelle de la sainte devait se faire le 1er mai, lors de la canonisation on fixa la date du 2 mai, parce qu’une autre sainte était célébrée le 1er mai. Par la dernière réforme liturgique accomplie dans l’Evêché catholique de St. Gall, le jour de la fête fut fixé le 11 mai, et plus tard on revint à nouveau à la date de 2 mai.

Le modèle de vie cloîtrée de Sainte Wiborade a été suivi par beaucoup de vierges, pendant des siècles, aussi bien à l’église de St. Georgen, qu’à celle consacrée à St. Magnus de St. Gall. La dernière de ces vierges, Barbara Hornbogin, est morte à St. Magnus en 1509.

Entre les 16ème et  19ème siècles avant Jésus-Christ il y a eu même, à St. Georgen, un monastère portant le nom de « Ste. Wiborade ». Il fut supprimé en 1834, sur une décision du Conseil cantonal de St. Gall.

La vie de Sainte Wiborade a été partiellement puis intégralement traduite en allemand, aux 15ème et 16ème siècles. La vie de Sainte

Wiborade a suscité beaucoup d’intérêt dans les siècles passés et elle aujourd’hui encore. Elle est même devenue le sujet d’un roman historique du même nom, publié en 1998 par la femme écrivain suisse Dagmar Schifferli, un roman dont la seconde édition est sortie cette année. Un mouvement féministe de St. Gall a pensé même à revendiquer cette martyre surtout parce qu’elle a dit aussi aux hommes ce qu’ils devaient faire, y compris à l’abbé de St. Gall.

Dans l’iconographie, Sainte Wiborade est représentée comme portant l’habit des religieuses bénédictines, avec comme signes distinctifs un livre qu’elle tient dans sa main droite, et une hallebarde dans sa main gauche (ce qui est un anachronisme, parce que la cause de sa mort ne fut pas une hallebarde mais une hache, puisqu’à l’époque les hallebardes n’existaient pas!).

Sainte Wiborade est aujourd’hui non seulement la patronne des bibliothèques du monde entier, ou de certaines paroisses catholiques, mais aussi celle d’une imprimerie au sein du monastère orthodoxe « Saintes Marie et Marte », aux Etats-Unis. La sainte est fêtée chaque année le 2 mai. Dans l’Evêché catholique de St. Gall, l’an 2011 a été consacré à cette sainte cloîtrée, après les deux dernières années consacrées à saint Otmar et au moine Notker.

Bibliographie selective :

1. BERSCHIN, Walter, Vitae sanctae Wiboradae. Die ältesten Lebensbeschreibungen der heiligen Wiborada, St. Gallen, 1983.
2. LAUTENSCHLÄGER, Gabriele, Art. Wiborada, in: BBKL 15 (1999) 1472.
3. SCHÄFER, Joachim, Ökumenisches Heiligenlexikon, CD‑ROM 2010.
4. IRBLICH, Eva, Die Vitae sanctae Wiboradae. Ein Heiligen‑Leben des 10. Jahrhunderts als Zeitbild, Friedrichshafen, 1970.

P. drt. Alexandru Nan

Sainte Wiborade la patronne des bibliothèques

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