Ajouté le: 7 Décembre 2010 L'heure: 15:14

La priere du cœur

« Ce peuple m’honore de ses lèvres, mais son cœur s’est éloigné de moi »  (Esaïe 29, 13 ; Matthieu 15, 8)

« Notre esprit doit être attentif à ce qui se passe dans notre cœur » (St. Silouane) 

« Si nous cherchons la rédemption, nous devons diriger toute notre attention vers l’état de notre cœur. (…) L’entrée au Royaume ne peut se faire autrement que dans le cœur et par le cœur » (St. Théophane le Reclus)

La priere du cœur

Le cœur représente, du point de vue symbolique, la source de la vie, aussi bien sur le plan biologique que spirituel. Le psychanalyste C.‑G. Jung évoque, à ce sujet, son dialogue avec le chef d’une tribu d’Indiens d’Amérique :

« Les Américains sont fous » déclare celui‑ci.
« Pourquoi donc ? »
« Ils prétendent penser dans la tête ! »
« N’est‑ce pas le cas ? »
« Vous n’y songez pas, voyons, on pense dans le cœur ! »

En d’autres termes, la fonction essentielle de l’homme, qui détermine toutes les autres, y compris sa fonction rationnelle, est de nature affective : « L’homme est avant tout un cœur » (Sœur Emmanuelle).

Chacun de nous peut vérifier personnellement cette vérité dans sa vie de tous les jours : l’amour, l’aversion, le désir, la colère, le courage, la peur, la joie, la tristesse, l’espoir, le désespoir, et en dernière instance, le fait de se sentir heureux ou malheureux, toute la gamme des sentiments qui constituent la véritable substance de notre existence, tire sa sève vitale de notre cœur et non de notre raison. La pensée abstraite, fût‑elle la plus élaborée et élevée, ne pourra jamais remplacer le sentiment immédiat et vivant qui vient du cœur, tout comme une recette de cuisine ne peut nous nourrir si elle n’est pas mise en pratique. De la même façon, une parole qui pénètre dans notre esprit sans pénétrer dans notre cœur, restera morte et stérile, et notre âme n’y trouvera aucune nourriture : « Car ce qui n’existe pas dans le cœur, cela n’existe pas du tout » (St. Théophane le Reclus).

Toute parole dite ou pensée sans la participation du cœur se transforme inévitablement en mensonge, au même titre qu’une étiquette collée sur un emballage vide ou contenant un autre produit que celui inscrit dessus. Porter un regard lucide et attentif sur son cœur est par conséquent aussi nécessaire que de vérifier la concordance entre le nom d’une personne et son identité réelle. Car celui qui se nomme chrétien sans porter le Christ dans son cœur, est semblable à un imposteur qui se présente sous une fausse identité : « Si la foi n’existe pas dans le cœur, alors elle n’existe pas du tout, même si on se déclare orthodoxe. (…) Si l’homme n’est pas à l’église dans son cœur, alors il n’y est pas du tout, même s’il est présent avec son corps » (St. Théophane le Reclus).

Le péché d’Eve et d’Adam – que nous avons tous tendance à rééditer – c’est d’avoir reçu dans leur cœur les paroles mensongères du serpent et son esprit porteur de mort, à la place de l’esprit de vie qui vient de Dieu, en dépit de l’avertissement que le Père éternel avait adressé à Adam : « Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras » (Ge. 2,17).

Ce danger de mort ne pouvait en aucun cas venir du fruit lui‑même – dans le jardin de l’Eden ne pouvait pousser aucun fruit empoisonné ! – mais provenait du venin infiltré par le serpent dans le cœur de l’homme, en lui suggérant l’idée mensongère et insensée de devenir l’égal de Dieu. La mort dont il s’agit ici n’est pas celle du corps de chair – Adam et sa femme ont continué à vivre et à se multiplier même après la chute – mais la mort de l’âme humaine qui a rompu son lien vivant avec Dieu, tombant sous le pouvoir de « celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt. 10, 28).

Le but de la prière, de même que celui de la sainte communion, c’est de rétablir le circuit vivant – et vital – entre l’âme de l’homme et l’esprit de Dieu. En ce sens, toute prière est – ou devrait être –, une prière du cœur, et toute action où l’on engage notre cœur, une forme de prière.

Le cœurest le plus sûr moyen de vérifier à n’importe quel moment dans quelle mesure nous nous sommes rapprochés ou éloignés de Dieu. Tout ce qui est dit ou fait sans la participation du cœur est une chose morte ou mensongère. Et lorsque le cœur est éveillé, il nous indique avec certitude qui est notre véritable maître et où se trouvent les trésors auxquels nous aspirons, sur la terre ou dans le ciel : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt. 6, 21).

Succomber à la tentation n’est jamais autre chose qu’un cœurdominé par une idole qui a pris la place de Dieu. Nous pouvons ainsi déterminer avec la précision d’un cardiologue notre état de santé spirituelle, suivant l’objet, la pensée, le désir, l’ambition, qui domine notre cœur par‑dessus tout. Quelle place accordons‑nous à Dieu dans notre vie de tous les jours ? Combien de fois par jour notre cœur aspire aux trésors périssables de ce monde, sans se soucier des trésors du ciel, « où ni les mites ni la rouille ne détruisent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent » (Mt. 6, 20) ? Combien de jours, d’années et de nuits blanches sommes nous capables de sacrifier pour obtenir un diplôme, une bonne situation, un meilleur salaire, une voiture, une maison et d’autres biens de ce monde, et combien de temps accordons‑nous à Dieu ?

L’opposition entre les choses de ce monde et Dieu ne provient pas du monde lui‑même, ni de Dieu, mais du cœur de l’homme. Les biens et les joies de ce monde ne sont pas mauvais par nature, puisque tout ce que nous possédons est un don de Dieu, qui est partout présent, dans les cieux et sur la terre : « Ne remplis‑je pas, moi, les cieux et la terre ? dit l’Eternel » (Jérémie 23, 24). Les choses de ce monde deviennent l’instrument du malin seulement lorsqu’elles prennent possession du cœur de l’homme, se substituant à Dieu.

La prière du cœur, au sens large du terme – et pas seulement celle connue sous le nom de prière de Jésus – ne signifie rien d’autre que la présence constante – avec ou sans paroles – de Dieu dans notre cœur, où que nous soyons, en toute circonstance et quelle que soit notre activité, de même que les battements du cœur qui nous accompagnent partout, à chaque instant et durant toute notre vie.

La différence essentielle entre un croyant et un homme sans Dieu réside principalement non pas dans leurs actes et leur manière de vivre dans le monde, mais dans leur attitude intérieure à l’égard du monde extérieur, attitude qui implique toujours la participation du cœur, de même que l’union charnelle de l’homme et de la femme n’est pas différente de celle des animaux sur le plan corporel, mais seulement par son aspect invisible que nous appelons amour et qui réside dans le cœur humain. .

La voie chrétienne n’est nullement une voie hors de ce monde, ni contraire à la vie en ce monde, mais elle consiste à sanctifier les choses de ce monde et à rétablir l’unité spirituelle de la terre et du ciel par l’esprit de Dieu – « que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » – et par la conscience permanente que derrière toute chose de ce monde et toutes nos actions, le véritable but de notre existence reste le même : la rédemption des péchés et le retour au royaume de Dieu, de même qu’un malade qui sait que le médicament doux ou amer qu’il prend tous les jours, n’est pas un but en soi mais seulement un moyen de retrouver la santé, sans quoi, le médicament deviendrait une drogue et un poison, comme cela arrive lorsque le monde prend possession du cœur de l’homme et lui fait oublier sa véritable destination. Car le chemin de l’homme passe par ce monde mais sa destination finale n’est pas de ce monde. L’attitude chrétienne c’est la vision permanente du but invisible de notre existence derrière le monde visible, autrement dit la conscience de la présence de Dieu à tout moment et dans toutes les circonstances de notre existence terrestre. De cette manière, notre chemin en ce monde sera entièrement transfiguré, et deviendra un chemin de retour au royaume de Dieu, but suprême de notre existence ici bas, qu’il ne faut jamais perdre de vue, comme nous le fait comprendre la parabole suivante, provenant de la tradition chrétienne occidentale :

Deux maçons du Moyen Age sont en train de poser les fondations d’une cathédrale. Un voyageur qui passait par là, demande à l’un d’entre eux :

« Que fais‑tu ici ? »

« Comme tu vois – répond le maçon –, je pose des pierres les unes sur les autres et les attache entre elles avec du mortier. »

Le passant se tourne alors vers le second ouvrier :

« Et toi, tu fais la même chose ? »

« Pas du tout, répond l’homme. Moi, je bâtis une cathédrale ! »

Viorel Ştefăneanu, Paris

La priere du cœur

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