Ajouté le: 15 Novembre 2010 L'heure: 15:14

La guérison de la femme courbée le jour du sabbat ou La liberté du Christ

(28e dimanche après la Pentecôte – Luc 13, 10-17)

La guérison de la femme courbée le jour du sabbat ou La liberté du Christ

Les Seigneur est en plein apostolat : Il parcourt inlassablement les villes et les villages, va dans les synagogues, raconte des paraboles, guérit les malades, chasse les démons. L’Agriculteur divin prend soin de Son champs : Il débroussaille, casse les cailloux, fait de profonds sillons dans le cœur des hommes et y sème la Parole de Dieu. Tout Israël est ébranlé par Sa présence qui ne laisse personne indifférent.

La scène, qui est rapportée seulement par St Luc (c’est-à-dire par St Paul1) se passe entre la parabole du figuier stérile – symbole du formalisme stérile de la Synagogue– et celle du grain de sénevé – symbole de la fécondité du Royaume de Dieu.

Le rabbi Ieshouah est en Galilée, un jour de Sabbat – jour le plus sacré de la semaine pour les Juifs, préfigure du dimanche – et, selon Son habitude, Il se rend dans une synagogue pour y enseigner. Le Seigneur n’a pas fui les structures de la religion juive officielle – qu’Il a Lui-même inspirées aux Juifs par le Saint-Esprit – : c’est dans ce cadre-là qu’Il enseigne, parce qu’Il est le Messie des Juifs. Ce très court récit d’une guérison miraculeuse contient beaucoup d’éléments remarquables qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Parmi les fidèles rassemblés pour écouter la Parole de Dieu2, il y a une femme juive infirme : elle est courbée, « cassée en deux », et obligée de marcher en regardant le sol, incapable de se redresser et de regarder les gens face à face. On pourrait penser qu’il s’agît d’une simple maladie. Mais le Christ-Dieu nous donne un premier enseignement important : c’est Satan qui la tient liée depuis 18 ans. Elle est possédée d’un esprit qui la rend infirme. Toute maladie peut avoir une origine spirituelle et un caractère spirituel. Cette infirmité est symptomatique : Satan empêche l’homme de se redresser, de se tenir droit (= ressuscité) et de regarder vers le Ciel. Il empêche aussi les hommes de se regarder les uns les autres : l’Enfer est un désert de solitude dans lequel on ne croise jamais un regard3.

Le deuxième enseignement est une merveille : le Christ a une telle compassion pour les hommes déchus – malades d’avoir perdu Dieu – que, immédiatement et sans même qu’elle ait pu Lui demander quelque chose (d’ailleurs comment aurait-elle pu faire puisqu’elle ne pouvait pas Le voir ? Elle ne peut pas aller vers Lui, Il va vers elle), Il la délivre et la guérit. Aussitôt la femme se redresse et glorifie Dieu : elle est ressuscitée. Elle redevient « homme » en plénitude. Satan a été chassé par le Christ.

On pourrait penser que toute la synagogue aurait explosé de joie et que, comme lors des Rameaux, tout le peuple aurait chanté « hosanna au Fils de David », et que le chef de la synagogue serait venu se prosterner devant le Messie. Il n’en n’est rien ! Le chef de la synagogue – représentant de la religion juive officielle – s’indigne de ce que Jésus ait opéré cette guérison un jour de sabbat. Abîme de l’ingratitude humaine vis-à-vis de Dieu !

Le Seigneur entre alors dans une sainte colère, qui annonce le fouet qu’Il prendra pour chasser les marchands du Temple : hypocrites ! Vous faites semblant d’être pieux dans la maison de Dieu, le jour de Dieu. Mais lorsque vous êtes chez vous, vous oubliez la Loi de Dieu en fonction de vos intérêts. Vous vous préoccupez de vos animaux4 alors que vous n’avez aucune compassion pour vos frères souffrants.

Le Seigneur donne ici un enseignement capital sur le sens du Sabbat. Le sabbat n’est pas, à proprement parler, un jour où l’on ne fait rien. C’est le jour où l’Homme est appelé à accomplir sa plus grande œuvre : s’unir à Dieu. Le sabbat annonce la théosis. Et que peut-il y avoir de plus agréable à Dieu que de porter secours à son prochain, de délivrer, de guérir. Agir ainsi, c’est ressembler à Dieu. Il le dit d’ailleurs d’une façon précise : Et cette femme, qui est une fille d’Abraham, et que Satan tenait liée depuis 18 ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat ? C’est pendant le grand Sabbat du Samedi Saint que le Seigneur délivrera toute l’humanité de la mort éternelle et nous guérira du péché.

Le Seigneur s’insurge non seulement contre l’hypocrisie, mais aussi contre le formalisme de la religion juive officielle. Le formalisme s’attache à la lettre de la Loi et en oublie l’esprit, c’est-à-dire la finalité. Le but n’est pas d’accomplir tel ou tel acte religieux, mais de ressembler à Dieu, de se comporter comme Dieu, pour pouvoir s’unir à Lui. C’est le formalisme religieux qui conduira le clergé juif à condamner Jésus à mort et à Le livrer aux païens. Ils Lui reprocheront de ne pas accomplir la Loi, ce qui est un comble puisque c’est Lui qui a donné la Loi à Moïse sur le Mont Sinaï, par le Saint-Esprit. En fait, Ils n’ont pas supporté Sa liberté.

Ce formalisme religieux existe aussi chez les chrétiens, dans l’Eglise, notamment sous la forme du cléricalisme. Il peut tuer les âmes au lieu de les délivrer. Le cléricalisme a probablement engendré plus d’athées au fil des siècles que les actions directes de Satan. Chaque chrétien, qu’il soit clerc ou laïc, doit toujours se poser la question du « pourquoi ?». Quel est le sens et la finalité de ce que je fais, de ce que je pratique ?

Le Christ est précis dans Son enseignement : les adorateurs que le Père aime sont les adorateurs « en esprit et en vérité »5.

St Paul ajoute : « …la lettre tue, mais l’esprit vivifie » (2 Cor 3, 6). Nous devons toujours vérifier que nous appliquons bien les préceptes du Christ en esprit, et non à la lettre.

Il nous faut aussi éviter soigneusement toute hypocrisie, qui est qualifiée de « puante » dans les textes liturgiques de la Semaine Sainte6. C’est-à-dire qu’il faut veiller à ce que l’extérieur de nous-mêmes corresponde à l’intérieur, même si l’intérieur est médiocre. Il ne faut pas tricher, il faut accepter d’apparaître dans sa pauvreté (être « moins bien »). Si on commence à tricher, on ne pourra plus changer. Nous devons veiller, comme l’exprime St. Paul, à ce que les autres n’aient pas de nous une opinion supérieure à ce que nous sommes réellement7. C’est un précepte spirituel important.

Père Noël TANAZACQ, Paris

Notes :

1. Luc était le scribe de Paul, son secrétaire-collaborateur.
2. L’office synagogal était centré sur la lecture de la Loi et des Prophètes, lus en hébreu puis en araméen (les targums) et ensuite commentés par un rabbi, un docteur de la Loi.
3. C’est la réponse que fit un démon au grand exorciste de Rome pendant un exorcisme : dans l’enfer, personne ne regarde personne ; on est dos à dos, on est seul…
4. Le bœuf et l’âne, mentionnés par Isaïe, et qui, dans cette occurrence liturgique, nous annoncent Noël.
5. Jn 4, 24 : « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui L’adorent en esprit et en vérité »..
6. « …purifie…notre âme du lucre des marchands, de l’avarice de Judas et de l’hypocrisie puante des Pharisiens. » (collecte de la liturgie du Lundi Saint, en rite occidental).  
7. 2 Co.12, 6 : « …afin que personne n’ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu’il voit en moi … ».

La guérison de la femme courbée le jour du sabbat ou La liberté du Christ

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