Ajouté le: 9 Avril 2010 L'heure: 15:14

Que ta volonte soit faite (II)

« Comment savoir si l’on vit conformément à la volonté de Dieu ? Voici un indice : si la privation de quelque chose t’afflige, c’est que tu ne t’es pas encore abandonné à la volonté de Dieu, tout en ayant, peut-être, l’impression de vivre selon sa volonté. Celui qui vit selon la volonté de Dieu ne se fait du souci pour rien. Et s’il a besoin de quelque chose, il se confie lui-même ainsi que cette chose à Dieu ; et s’il n’obtient pas ce dont il a besoin, il reste malgré tout calme, comme s’il l’avait.

L’homme qui s’est abandonné à la volonté de Dieu ne craint rien : ni l’orage, ni les brigands, rien. Et quoi qu’il arrive, il se dit : « Cela plaît à Dieu. » S’il est malade, il pense : « C’est le signe que cette maladie m’est nécessaire, sinon Dieu ne me l’aurait pas envoyée. » (…) L’œuvre la meilleure, c’est de s’abandonner à la volonté de Dieu et de supporter les épreuves avec espérance »

(Saint Silouane – « Ecrits – De la volonté de Dieu et de la liberté » )

 

S’abandonner à la volonté de Dieu est une œuvre spirituelle et une attitude de l’homme intérieur. Cela ne signifie nullement qu’il faille renoncer à l’action et demeurer passif face aux divers événements, situations et épreuves que nous rencontrons tout au long de notre existence terrestre. Si ma maison prend feu, si mon enfant tombe malade, je ne vais pas, bien entendu, rester les bras croisés, sous prétexte que c’est là la volonté de Dieu. Car s’il est vrai que ce feu ou cette maladie ne pouvaient survenir sans la permission de Dieu, il est tout aussi vrai que c’est toujours par la volonté de Dieu qu’il existe des pompiers pour éteindre le feu et des médecins pour soigner mon enfant. Mais si, malgré l’intervention des pompiers ou les remèdes des médecins, ma maison ou mon enfant ne pourront être sauvés, l’homme intérieur doit accepter l’échec de l’homme d’action et se soumettre entièrement à la volonté de Dieu, sans se révolter, sans s’estimer lésé et sans juger selon l’esprit du monde, l’Esprit  de Dieu qui n’est pas de ce monde. Notre ignorance étant totale par rapport à la sagesse infinie de Dieu, notre soumission à Sa volonté doit être totale elle aussi. Nous pouvons, certes, souhaiter que les choses se passent selon notre jugement et nos désirs – qui ne sont pas forcément contraires à la volonté de Dieu –, mais si Dieu en décide autrement, nous devons, en toute circonstance et quelle que soit la nature des épreuves que nous serons amenés à  traverser, suivre l’exemple du Christ dans le jardin de Gethsémané : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Mt. 26, 39)        

Le Christ réunit en Sa personne l’esprit de l’homme et l’Esprit de Dieu, que le serpent avait séparés par la transgression et la chute d’Adam. Mais de même que l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, s’est condamné lui-même à la mort, en se détachant de son Père éternel, de la même façon, l’homme qui a fait pacte avec l’esprit du mal, doit mourir - car Dieu « ne peut en aucune façon être associé au mal » (Père Sophrony) -, afin que l’homme d’avant la chute puisse ressusciter et rétablir son alliance primordiale avec le Père céleste. Le chemin de croix de notre Sauveur, Sa passion, Sa mort et Sa résurrection nous montrent la voie que chacun de nous doit suivre : « nous savons que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que ce corps de péché soit anéanti »,  et  « si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que le Christ ressuscité ne meurt plus » (Rom. 6, 6-9).  Nul ne peut espérer la résurrection et le retour au royaume du Père éternel sans suivre, à l’exemple du Christ, le chemin de croix qui lui aura été destiné, selon la justice et la sagesse de Dieu : « Voici la volonté de notre Père céleste à notre égard : tous les mortels doivent « se charger de leur croix » pour hériter la vie éternelle (voir Mt. 16, 24-25) (…) Mais lorsque l’esprit de l’homme est introduit dans la sphère lumineuse de l’amour de Dieu notre Père, toutes les douleurs sont oubliées (…). Ainsi la femme, « quand elle a donné le jour à l’enfant, ne se souvient plus de ses douleurs, dans la joie qu’un homme nouveau soit venu au monde (Jn. 16, 21) »  (Père Sophrony – « La Prière, expérience de l’éternité »).

Considérés à la lumière de la foi chrétienne, toutes les souffrances et tous les malheurs de ce monde, sans exception, font partie du chemin de croix de l’homme et de l’humanité en vue de notre résurrection en Jésus Christ, sans quoi Dieu ne les aurait pas permis : « Tu as de la peine. Mais est-ce là une chose fortuite, dénuée de sens ? Courbe un peu la tête et souviens-toi que Dieu  existe et qu’il prend soin de toi comme un père et veille sur toi à chaque instant. Si le malheur t’a frappé, cela n’est arrivé qu’avec Sa permission et selon Sa volonté. C’est Lui et personne d’autre qui te l’a envoyé. Et Il sait très bien, Lui, à qui et quand Il doit l’envoyer ; et lorsqu’il l’envoie, il le fait pour le bien de celui qui reçoit la souffrance.  Ainsi regarde autour de toi et tu verras, dans le malheur qui t’a frappé, le bon projet que Dieu a conçu à ton intention » (St. Théophane le Reclus – « Trois paroles sur la manière de porter sa croix »).  

Tout ce que Dieu envoie à l’homme, qui peut sembler un mal selon l’esprit de ce monde, contient certainement, ainsi qu’un aliment ou un médicament, un bien de nature spirituelle, car rien de mal ne peut venir de Dieu : « si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui les lui demandent » (Mt. 7, 11).

Si nous croyons que « le propre de Dieu est de tout accomplir avec sagesse » et que « Dieu sait transformer le mal en instrument du bien » (St. Grégoire de Nysse), toute notre vie sera transformée, sans que l’on ait besoin d’y changer quoi que ce soit. Car, considérés dans une perspective spirituelle et avec les yeux de la foi, tous nos échecs, nos épreuves, nos peines et nos malheurs, selon le jugement de ce monde, nous apparaîtront comme un don de Dieu et une promesse de félicité éternelle : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! (…) Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! (…) Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,  car le royaume des cieux est à eux ! (Mt. 5 -  4, 6, 10).

Le sermon sur la montagne résume l’exemple personnel du Christ et Son parcours dans ce monde. Chemin de croix que doivent parcourir aussi tous ceux qui suivent - ou disent suivre - la voie du Christ. Or dans le monde d’aujourd’hui la différence tend à s’effacer entre le mode de vie d’un chrétien et d’un incroyant. Peut-il encore s’appeler chrétien, l’homme de nos sociétés de consommation qui  proclame tous les jours, par sa manière de vivre, d’agir et de se divertir : « Heureux ceux qui vivent dans l’insouciance, le plaisir et l’opulence ! Heureux ceux qui se gavent de tous les biens de ce monde ! Heureux ceux qui commettent l’injustice  et l’iniquité pour se remplir les poches ! Heureux les orgueilleux, les puissants, les riches, les goinfres et les voluptueux car le royaume de ce monde est à eux ! »

Il ne faut pas s’étonner si l’homme d’aujourd’hui n’arrive pas à trouver Dieu, car « la connaissance des mystères de Dieu n’est pas dans le ventre plein » : « L’intelligence occupée par les choses du monde ne peut sonder les choses de Dieu. Le bois humide ne brûle pas. De même la chaleur divine ne s’enflamme pas dans le cœur qui aime le confort. La prostituée n’est pas engagée par l’amour d’un seul. De même, l’âme attachée à beaucoup de choses n’est pas fidèle aux enseignements de Dieu » (St. Isaac le Syrien – « Discours ascétiques »).      

Le monde d’aujourd’hui s’est engagé – avec toute la puissance de ses industries et de ses moyens techniques, financiers et idéologiques –, dans une voie contraire à celle du Christ, qui nous éloigne chaque jour un peu plus de Dieu. Mais si l’homme a oublié Dieu, Dieu ne l’a pas oublié. Il nous envoie des signes qui nous parviennent de tous les coins du monde – cyclones, inondations, tremblements de terre – pour que l’homme se rappelle « qu’il est un exilé et qu’il ne vive pas sur terre comme un citoyen dans sa patrie, mais comme un voyageur et comme un émigré en pays étranger et qu’il cherche le retour dans sa vraie patrie » (St Théophane le Reclus – ibid.)

Après la catastrophe naturelle qui a frappé l’île d’Haïti, les chrétiens de Port-au-Prince se sont rassemblés au milieu des ruines et des décombres pour adresser à Dieu leurs prières et leurs chants – ferveur religieuse que nos journalistes de télévision nous ont présentée comme une curiosité locale… Ces hommes et ces femmes avaient tout perdu, mais conservaient l’essentiel: leur foi et leur relation vivante avec Dieu. Ils savaient que le malheur qui les avait frappés venait de Dieu, et que tout ce qui vient de Dieu ne peut être qu’un bien. Ils savaient aussi que nous ne pouvons croire en Dieu qu’à moitié. De même qu’une lumière ne peut être à la fois allumée et éteinte, la foi est soit totale, soit elle n’est pas.

Une catastrophe similaire à celle d’Haïti, survenue à Lisbonne, en 1756 – un tremblement de terre qui, suivi d’une inondation, avait fait des milliers de morts - avait fourni à Voltaire des arguments dans son combat contre l’Eglise et contre la foi chrétienne : Comment pouvait-on encore croire à la sagesse, à la justice et à la miséricorde de Dieu, face à ces milliers de victimes innocentes ? Ce à quoi Rousseau donnait la réponse suivante : « Si Dieu existe, il est parfait ; s’il est parfait, il est sage, puissant et juste ; s’il est sage et puissant, tout est bien » (J.-J. Rousseau – « Lettre à Voltaire »).    

Viorel Ştefăneanu (Paris)

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