Fragments inépuisables (octobre 2009)

publicat in Fragments neptiques pe 1 Octobre 2009, 22:29

L’évêque d’une ville tomba dans la débauche à l’instigation du diable. Un jour, comme il se trouvait à l’office, personne ne connaissant son péché, le hiérarque le confessa devant le Peuple et dit: „J’ai péché.” Puis il laissa ses vêtements à l’autel et dit: „Je ne puis plus être votre évêque”. Tous pleuraient et disaient: „Que ce péché retombe sur nous, mais sois notre évêque”. Il répondit: „Si vous voulez que je reste votre évêque, faites ce que je vais vous dire”. Il fit ouvrir les portes de l’église, puis se coucha face contre terre devant une des portes latérales et dit: „Celui qui passera sans me fouler aux pieds n’aura pas part avec Dieu”. Ils firent comme il le demandait; et, le dernier une fois passé, on entendit une voix disant: „Pour sa grande humilité, Je lui ai pardonné son péché”.

Les apophtegmes des Pères

 

Le Royaume des cieux ressemble à un trésor cache dans la terre: l’homme qui l’a trouvé le cache à nouveau, et, tout joyeux, va vendre tout ce qu’il a pour acheter cette terre.

L’Evangile selon Matthieu, XIII, 44

 

Imiter le Christ, c’est se configurer au Christ total, c’est descendre à sa suite au fond du gouffre de notre monde. L’enfer n’est pas autre chose que l’autonomie de l’homme révolté qui l’exclut du lieu où Dieu est présent. La puissance de refuser Dieu est le point le plus avancé de la liberté humaine; elle est voulue telle par Dieu, c’est-à-dire sans limites. Dieu ne peut forcer aucun athée à l’aimer et c’est, on oserait à peine le dire, l’enfer de son amour divin, la vision de l’homme immergé dans la nuit des solitudes… Le Père qui envoie son Fils sait toujours que même l’enfer est son domaine et que „la porte de la mort” est changée en „porte de la vie”. L’homme ne doit jamais tomber dans le désespoir, il ne peut tomber qu’en Dieu qui ne désespère jamais.

Paul Evdokimov, L’amour fou de Dieu 

 

Dieu, Qui a abandonné le Christ sur la croix, ne serait-il pas absent pour nous aussi? C’est une chose que nous ne voulons pas comprendre, que les contemporains du Seigneur ne comprenaient pas non plus. Eux, qui attendaient l’avènement glorieux du Messie. Ce qu’ils ne pouvaient pas comprendre, ce que nous ne pouvons pas comprendre, c’est que Dieu, comme dit Kierkegaard, n’est pas un immense perroquet rouge. Si sur la place publique un énorme oiseau, aux couleurs vives, faisait tout à coup son apparition, c’est certain que tout le monde se précipiterait pour voir et saurait que ce n’est pas une chose habituelle. La foi, la pénitence deviendraient ainsi choses trop faciles. Du gâteau. Donnant-donnant. 

Cependant, on nous demande de croire en toute liberté et on dirait que – pire encore – le scénario se déroule comme si on ne serait pas seulement complètement abandonnés, mais aussi – par-dessus tout, comme s’il ne manquait plus que ça – la providence ferait tout pour que nous ne puissions pas croire ; elle aime – dirait-on – accumuler les obstacles, multiplier nos risques, réunir des argument pour transformer nos bonnes intentions pieuses en pure impossibilité. Les chemins qui mènent à la foi portent tous le même nom, absolument tous: pari, aventure, incertitude, élucubration. Dostoïevsky: si Dieu n’est pas descendu de Sa croix, c’est parce qu’il voulait convertir l’homme non pas par la contrainte d’un miracle extérieur évident, mais par la liberté de croire, tout en lui donnant l’occasion de manifester son audace. 

Nicolae Steinhardt, Le journal de la félicité

 

Dieu veille bien sur chacun, n’aie pas peur, mais réjouis-toi! Avoir la protection de Sa divinité, s’y abriter comme sous un parapluie... Comme nous parlons entre nous, maintenant, au téléphone, c’est ainsi que tu dois parler à Dieu, comme si tu soulevais le combiné, pour Lui dire directement ce que tu veux. Tu dois toujours garder la connexion, ne jamais interrompre ce fil.

Père Sophrony Sacharov, Souvenirs du Starets Sophrony (Dimitria Daviti)

 

La Prière de Jésus. Tout en étant choisie pour être spécialement mentionnée dans l’office de la profession monastique comme prière propre aux moines et aux religieuses, elle est aussi une prière propre aux laïques et mariés, pour les docteurs et les psychiatres, pour les travailleurs sociaux et les chauffeurs d’autobus. L’invocation du Nom, bien pratiquée, engage chacun plus profondément dans la tâche qui lui est assignée ; elle rend chacun plus efficace dans son action, elle ne coupe pas des autres mais relie les gens entre eux en les sensibilisant à leurs peurs et à leurs angoisses d’une manière qui n’a jamais existé auparavant. La Prière de Jésus fait de chacun „ un homme pour les autres “, un instrument vivant de la paix de Dieu, un centre dynamique de réconciliation. 

Métr. Kallistos Ware, La prière de Jésus dans la spiritualité orthodoxe

Selection des textes: Daniel Chira