Fragments inépuisables (septembre 2009)

publicat in Fragments neptiques pe 8 Septembre 2009, 22:29

Ce qui scandalise sûrement les incroyants, ce ne sont pas les saints, mais le fait combien redoutable que tous les chrétiens ne soient pas saints. Léon Bloy disait bien: „Il n’y a qu’une seule tristesse, c’est de n’être pas des saints”… Un saint d’aujourd’hui, c’est un homme comme tout le monde, mais tout son être est une question de vie et de mort adressée au monde. Selon la belle parole de Tauler: „Certains subissent le martyre une bonne fois par le glaive, d’autres connaissent le martyre qui les couronne de l’intérieur”, invisiblement… Il y a aussi ceux qui sont appelés à témoigner face à l’opinion publique, à la mode, à la redoutable indifférence de la foule. Kierkegaard disait que la première prédication d’un prêtre devrait être aussi la dernière, un scandale tel qu’il soit mis immédiatement au ban de la société des „bien‑pensants”…

Un homme nouveau n’est point un surhomme ni un thaumaturge. Il est dépouillé de toute « légende », mais il est beaucoup plus qu’une légende, il est actuel car il est témoin du Royaume qui éclate déjà en lui. Toutefois l’avertissement de l’Evangile demeure : 

« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » A l’opposé des images de vedettes et des portraits gigantesques des chefs d’Etat partout encensés, un saint est un humble, pareil à tous, mais son regard, sa parole et ses actes « traduisent au ciel » les soucis des hommes et sur la terre le sourire du Père.

Paul Evdokimov, Amour fou de Dieu

 

Abba Jean Cobobos disait un jour à son frère aîné : « Je voudrais être sans souci, comme le sont les anges, qui ne font aucun travail, mais servent Dieu sans cesse ». Et ôtant son manteau, il s’en alla dans le désert. Une semaine après, il revint chez son frère. Quand il eut frappé à la porte, il l’entendit demander avant d’ouvrir : « Qui es‑tu ? » Il dit : « Je suis Jean, ton frère ». Et l’autre lui répondit : « Jean est devenu un ange et il n’est plus parmi les hommes ». Et il eut beau le supplier en disant : « C’est moi », son frère ne lui ouvrit pas mais le laissa se morfondre jusqu’au matin. Finalement il lui ouvrit et lui dit : « Tu es un homme, et tu dois de nouveau travailler pour te nourrir ». Jean fit une métanie en disant : « Pardonne‑moi ! »

Sentences des Pères du désert, collection alphabétique, 
Solesmes, 1981, p. 124 ; 317, Jean Colobos 2

 

Le méchant fuit alors même que personne ne le poursuit, mais le juste, comme un lionceau, est sûr de lui. Quand un pays est en révolte, nombreux sont les chefs, mais l’ordre règne avec un homme intelligent et expérimenté. Un maître pauvre et qui exploite les faibles est une pluie dévastatrice: plus de pain! Ceux qui abandonnent la Loi félicitent le méchant, ceux qui observant la Loi le combattent. Les hommes mauvais ne comprennent rien au droit, mais ceux qui cherchent le Seigneur comprennent tout.

Proverbes 28, 1‑5 (traduction TOB)

 

Chacun d’entre nous juge l’état de son prochain (observant chez lui, soit une vertu, soit un péché) en fonction de ce qui se trouve chez lui‑même.

Saint Syméon le Nouveau Théologien, Chapitres théologiques et pratiques

 

Nous communions au Corps et au Sang du Christ (dans les saints Mystères) pour nous‑mêmes devenir membres du Corps du Christ (l’Eglise). Cette réalité n’a pas lieu en une seule fois. La présence continuelle dans l’Eglise montre déjà un état de victoire sur le péché et de purification complète du péché. Tout ce qui est péché nous jette, dans une certaine mesure, en dehors de l’Eglise et nous sépare de l’Eglise. Voici pourquoi la prière pour la confession, dite sur la tête de toute personne qui se repent, dit : « Reçois‑le et unis‑le à ta sainte Eglise ». Par le repentir, le chrétien est purifié et ensuite uni plus étroitement au Christ par la communion aux saints Mystères… Ceci constitue la réception en nous du Christ ressuscité, le Vainqueur de la mort, qui donne à ceux qui sont avec lui la victoire sur le péché et sur la mort. En gardant en nous le don charismatique de la sainte Communion nous avons en nous la garantie et la semence de la bienheureuse vie éternelle du corps et de l’âme.

Saint Jean Maximovitch, Sermons et conseils spirituels

 

Où se cache aujourd’hui le Christ, si le monde ne le voit pas, ne l’appelle pas, ne le reconnaît pas, ne l’écoute pas ? Il ne se cache pas, ici, parmi nous, à jamais présent. Nous sommes ceux qui nous cachons de lui, qui ne le voyons pas. Le monde est ce qui ne voit pas, n’appelle pas, n’écoute pas. Le Royaume des cieux, est‑il dit, n’est ni ici, ni là : il est à l’intérieur de nous. Notre charge est de le chercher et de le trouver. Si nous pensons le rencontrer dans tel ou tel endroit de la rue, nous ne le rencontrerons jamais. Notre souci, notre opportunité, est d’ouvrir les yeux, de les ouvrir grands !

N. Steinhardt, le moine de Rohia répond aux 365 questions 
(Zaharia Sângeorzan, 224)

 
Textes choisis par Daniel Chira