publicat in Homélies et sermons pe 4 Janvier 2021, 04:59
Bienheureux l’homme qui connaît sa propre faiblesse, car cette connaissance devient pour lui le fondement, la racine et le principe de tout bien. Car lorsqu’un homme a appris [quelle est] sa propre faiblesse et l’a véritablement sentie, il raffermit son âme contre le relâchement qui enténèbre sa connaissance et il accroît sa vigilance. Mais nul ne peut sentir sa propre faiblesse s’il ne lui a pas été donné, si peu que ce soit, de subir des épreuves qui affligent le corps ou l’âme. Mettant alors en regard sa faiblesse et l’aide de Dieu, il connaîtra aussitôt la grandeur de celle-ci. Quand il considère en effet tous les efforts qu’il a déployés dans l’espoir de rendre confiance à son âme, en étant vigilant, continent, en la protégeant et en l’entourant de soins, sans y parvenir, ou quand il constate que son cœur craint et tremble, privé de toute sérénité, il doit alors comprendre que cette crainte qu’éprouve son cœur signifie et révèle qu’il a absolument besoin de l’aide d’un autre. Son cœur en témoigne intérieurement, par la crainte qui l’a saisi et provoque en lui un combat intérieur, montrant ainsi que quelque chose lui manque. L’homme doit dès lors reconnaître qu’il ne peut pas s’établir [par lui-même] dans une confiante sécurité. Il est écrit que seul le secours de Dieu peut sauver.
2. Quand un homme sait qu’il a besoin du secours divin, il multiplie ses prières. Et plus il prie, plus son cœur devient humble. Car on ne peut pas prier et demander sans se faire humble. « Un cœur broyé et humilié, Dieu ne le méprise point » (Psaume 50). Tant que le cœur ne s’est pas fait humble, il lui est impossible, en effet, d’échapper aux distractions. Car c’est l’humilité qui rassemble le cœur. Quand l’homme s’est fait humble, aussitôt la miséricorde [de Dieu] l’entoure, et le cœur sent le secours divin. Il découvre que monte en lui une force qui l’établit dans la confiance. Quand l’homme sent ainsi le secours divin, quand il sent qu’il est présent pour lui venir en aide, son cœur aussitôt est rempli de confiance, et il comprend alors que la prière est le refuge où il trouve le secours, la source du salut, le trésor de la confiance, le port où s’abriter de la tempête, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, la force des faibles, la protection au moment des épreuves, l’aide au plus fort de la maladie, le bouclier qui sauve dans les combats, la flèche lancée contre l’Ennemi. En un mot, la prière est la porte par laquelle entrent en lui tous ces biens.
Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques,
R.P. Placide Deseille, Monastère Saint Antoine le Grand et Monastère de Solan, 2006, 2011