De la communion fréquente selon saint Nicodème l’Hagiorite

publicat in Homélies et sermons pe 7 Juillet 2020, 12:20

Saint Nicodème l’Hagiorite (1749-1809), un grand saint, doté d’une mémoire colossale, connu par sa grande douceur, son ascèse et ses dons linguistiques (français, latin et surtout grec ancien). Auprès du métropolite Macaire de Corinthe, il réalise l’urgence de traduire les sources de la tradition ecclésiastique. Revêtu de l’habit monastique, il devint à l’Athos un modèle en toutes vertus. Toujours en communion et collaboration avec saint Macaire de Corinthe, il a traduit, rédigé, complété et édité une impressionnante « sainte montagne d’ouvrages multiples », qui depuis ont fécondé notre Tradition, dont le plus célèbre demeure l’édition de la Philocalie. Son livre : « Sur la communion fréquente aux mystères immaculés du Christ », dont voici quelques extraits, avait créé « de violentes réactions parmi les moines qui défendaient leur habitude, contraire aux saints canons et aux traditions apostoliques, de ne communier que trois à quatre fois par an.1 »

Après une vie consacrée à l’ascèse, au travail sans relâche, à la prière et au silence devant les calomnies, très malade, il cria la nuit du 14 juillet 1809, qu’on lui apporte la sainte communion. Aux moines qui lui demandaient s’il était en repos, il répondit : » J’ai fait entrer le Christ en moi, comment ne serais-je pas en repos ? »2…et il rendit son âme au Seigneur à l’aube de ce 14 juillet.

Les extraits ci-dessous, sont une des voix saintes de l’Église qui s’est exprimée au sujet de la divine communion. Ce n’est pas la seule, mais elle s’appuie sur les colonnes essentielles de notre Tradition que sont les saints Évangiles et la divine Liturgie.

« Il est nécessaire à tous les chrétiens orthodoxes de communier souvent, à travers les injonctions souveraines de notre seigneur Jésus-Christ. Les Actes et les Canons des saints apôtres et des synodes sacrés, de même que les témoignages des saints pères, commandent la même chose. Ce commandement est donné par les paroles elles-mêmes, la structure et l’action sacrée de la divine liturgie, ainsi que par la communion eucharistique, elle-même.

 Notre Seigneur Jésus-Christ, avant de donner le sacrement de la communion a dit : « et le pain que moi, je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. » (Jean 6, 51), ce qui signifie, « la nourriture que je donnerai, c’est ma chair, que j’offrirai pour la vivification du monde entier. » Donc pour les croyants, la divine communion est un constituant nécessaire de la vie spirituelle et de la vie en Christ. De cette manière, la vie ne peut s’éteindre, ni être interrompue, comme le dit l’apôtre Paul : « N’éteignez pas l’esprit. » (Thes. 3, 19) Il faut qu’elle soit fréquente et sans interruption, « pour que les croyants vivants ne vivent plus désormais une vie individuelle et charnelle, mais la vie du Christ qui pour eux mourut et ressuscita », selon le même apôtre.

Il est forcément demandé aussi de recevoir fréquemment ce constituant de vie, c’est-à-dire, la divine communion.

À un autre endroit, le Christ dit impérativement : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez la chair du fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous. » (Jean 6, 53).

Par ces paroles, il apparaît clairement que la divine communion est autant nécessaire que le saint baptême. La même double parole qu’il a prononcée pour le baptême, il l’a dite pour la divine communion : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau d’eau et d’esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » (Jean3, 5). De même pour la divine communion : « En vérité, en vérité je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous. » Comme il est impossible, sans le baptême que quelqu’un vive la vie spirituelle et soit sauvé, de la même façon, il est impossible que quelqu’un vive sans la divine communion. Mais il existe une différence. Le baptême a lieu seulement une fois. La divine communion s’accomplit continuellement et chaque jour. À partir de ce qui précède, nous pouvons conclure avec raison, que deux éléments sont indispensables concernant la divine communion. L’un est qu’il faut la recevoir, et l’autre est qu’il faut la recevoir continuellement.

Lorsque le Seigneur a donné ce sacrement à ses disciples, il n’a pas dit, tel un conseil : « celui qui veut manger ma chair » et « celui qui veut boire mon sang », comme ailleurs il a dit « celui qui veut me suivre » et « si tu veux être parfait ». Au contraire, il a crié de façon impérieuse, « prenez, mangez, ceci est mon Corps » et « buvez-en tous, ceci est mon Sang », ce qui inévitablement revient à : « il faut que vous mangiez mon corps et bien sûr, il faut que vous buviez mon sang. » Et il dit à nouveau : « faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22, 19), c’est‑à‑dire : « Je vous donne ce sacrement pour que vous le célébriez, non une ou deux ou trois fois, mais (comme l’explique saint Jean Chrysostome) chaque jour en mémoire de ma passion, de ma mort et de mon économie. Tu vois donc, comment ces paroles du Seigneur, constituent les deux éléments indispensables de la divine communion. L’un avec le commandement qu’elles contiennent, l’autre avec la suite que révèle aussi la phrase : « Faites ceci… ».

Il nous est commandé fermement, non seulement de communier, mais de communier fréquemment. Chacun voit maintenant que l’orthodoxe, quel que soit l’ordre auquel il appartient, clerc ou laïc, n’est pas autorisé à transgresser ces commandements. Il est astreint par devoir et par nécessité de les garder sans faute et de les adopter comme commandements et ordonnances majeurs…

Si nous examinons avec soin la sainte et divine liturgie, nous voyons que dans sa totalité, depuis le début jusqu’à la fin, elle a comme but et comme supplication la Communion des croyants chrétiens rassemblés. La fin des prières que lit le prêtre, ainsi que toutes les paroles, actions saintes et les doxologies qui ont lieu au cours de la liturgie, révèlent ce fait.

Dans la prière qui est dite pour les fidèles, il est écrit : « Donne-leur de te rendre toujours un culte irréprochable avec crainte et amour, et d’avoir part sans condamnation, à tes saints Mystères : » Dans la prière qui suit, après la consécration des saints dons (épiclèse), il est écrit : « De façon qu’ils deviennent pour ceux qui y communient, vigilance de l’âme, rémission des péchés, communion de ton Saint Esprit. » La prière avant la Sainte Communion dit : « et daigne nous communiquer de ta main puissante, ton saint corps et ton précieux sang, pour nous et à tout ton peuple ».

Dans les paroles de l’Institution, à nouveau, le prêtre crie au peuple de la part du Seigneur : « Prenez, mangez, ceci est mon corps, et…buvez-en tous, ceci est mon sang. » Tenant dans ses mains le saint calice, avec le vivifiant corps et sang, il sort du sanctuaire par les portes saintes et le montrant au peuple, il l’invite à la divine Communion et appelle d’une voix forte : « Avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez ! », c’est-à-dire : « venez et communiez aux divins mystères avec crainte de Dieu, foi et amour ».

Après la Communion, le prêtre et le peuple rendent grâces à Dieu pour cette grande grâce qu’il leur a accordée. Le peuple rend grâces en disant : « que notre bouche s’emplisse de ta louange, Seigneur, puisque tu nous as rendus dignes de communier aux saints et immortels Mystères. » Le prêtre dit : « Debout, ayant communié dignement aux saints, divins, immaculés et vivifiants mystères, rendons des actions de grâce au Seigneur. »

On devrait entendre, que l’hymne des chérubins (cherubikon) qui est chanté par le peuple, est une préparation à la divine Communion. Et ceci, parce qu’il dit : « Nous tous, qui mystiquement (dans ce mystère), représentons (sommes l’image) les chérubins et chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, éloignons de notre esprit tout souci et toute préoccupation de ce monde, parce qu’il nous faut accueillir dans notre âme, le Roi de toutes choses qui est environné invisiblement par les ordres angéliques. »

La prière du Seigneur (notre Père) qui est proclamée après la transformation des saints dons, déclare la même chose. Par elle, les chrétiens demandent à Dieu, notre Père, de leur donner le pain suressentiel (epiousion), qui est principalement et surtout la divine Communion. De même encore, les noms avec lesquels est nommée la divine liturgie : rassemblement (synaxe), communion (koinonia) se rapportent nécessairement, d’une certaine façon, à la communion fréquente. La koinonia et la synaxe signifient qu’avec la Communion au corps et au sang du Christ, tous les chrétiens sont rassemblés, sont unis, communient avec le Christ et deviennent un même corps et un même esprit avec Lui.

Fondés sur tous ces signes sacrés de la divine liturgie, je vous demande que vous me disiez, mes frères, avec crainte de Dieu et pleine conscience de votre âme, s’il n’est pas clair que les chrétiens qui vont à la liturgie, doivent communier fréquemment ? N’ont-ils pas le devoir d’agir ainsi, pour qu’il ressorte combien la divine Communion est synaxe et banquet. Afin que n’apparaissent pas comme des transgresseurs et des apostats, ceux qui croient et qui confessent cette foi, tout en ne communiant pas. Alors vraiment je crains qu’ils ne deviennent de véritables transgresseurs. Je ne sais d’ailleurs pas, s’ils suivent la vraie règle et se trouvent dans le lieu convenable, à la fois, le prêtre qui invite les croyants à communier mais aussi les paroles sacrées, les actions sacrées et les doxologies qui sont célébrées lors de la divine Liturgie. Je dis ceci parce que tous se dérobent immédiatement et il ne se trouve souvent pas même un chrétien pour répondre à ces requêtes et pour obéir à l’invitation du prêtre, ou mieux, de Dieu. Ainsi le prêtre se retire avec les saints dons qui demeurent ainsi inactifs et sans effet, négligés, sans que personne ne daigne s’approcher d’eux.

Mes frères, puisqu’il a été prouvé par les témoignages que nous avons cités jusqu’à présent, que la divine Communion fréquente est profitable aux chrétiens, il est indispensable que nous aussi, nous communions souvent, afin d’avoir en nous la Vie, qui est Jésus-Christ, pour éviter la mort de notre âme. Tous ceux qui ne se nourrissent pas de cette nourriture spirituelle, bien évidemment meurent. Même s’ils paraissent vivants corporellement, ils sont morts psychiquement parce qu’ils se sont éloignés de la véritable et spirituelle nourriture qu’apporte la sainte Communion.

Le nourrisson, lorsqu’il naît, pleure et demande avec grand empressement sa nourriture et son lait... Si alors il n’est pas allaité, s’il n’a pas d’appétit, cela montre qu’il est malade. Et qu’il est en danger de mourir. Ainsi, nous aussi, il faut que nous soyons empressés de téter la divine communion comme une nourriture spirituelle, afin que nous soyons vivifiés. Faute de quoi, nous courons le danger que notre âme soit nécrosée.

C’est pourquoi, le divin Chrysostome dit : « Puisque le Seigneur, avec tellement d’honneur et d’amour, nous a rendus dignes de communier à son corps et à son sang, ne les négligeons pas. » Ne voyez‑vous pas, avec quel empressement les petits enfants empoignent le sein de leur mère ? Avec quelle fougue, ils mettent dessus leurs lèvres ? Il faut que nous aussi, avec le même empressement, nous nous approchions de la sainte Table et du sein qu’est le saint calice, pour communier. Ou plutôt pour mieux l’exprimer, avec un grand empressement, comme les enfants à la mamelle, tétons la grâce du Saint Esprit avec la sainte Communion. Que totale soit notre tristesse, de ne pas communier, à cette nourriture vivifiante. »

Extraits du livre sur « La Communion fréquente aux Mystères Immaculés du Christ » de saint Nicodème l’Hagiorite.
Éditions Myriobiblos 2006, Athènes

Traduction du grec, p. Pierre Deschamps

Notess :


1. Synaxaire juillet-août.
2. Idem page 138.