publicat in Coin des Ascètes pe 4 Janvier 2020, 04:54
Ainsi parlait le bienheureux abba Zosimas, qui est maintenant parmi les saints, comme si un autre Père le lui avait raconté :
« Me trouvant à Alexandrie, j’entrais un jour dans un sanctuaire de martyr pour y prier.
Je vois une pieuse femme, portant un habit de veuve, qui avait avec elle des petites filles et des serviteurs, et qui pleurait de toutes ses forces en s’adressant au saint martyr, en empoignant la rambarde de son tombeau et en criant : “Tu m’as abandonné, Seigneur ! Toi qui es bon, aie pitié de moi !” Elle fit si bien avec ses cris et ses flots de larmes, que je renonçais à prier pour l’écouter, incapable d’autre chose que de me laisser attendrir par ses cris et ses pleurs. Je me dis donc en moi-même : “C’est une veuve, et quelqu’un lui cherche des ennuis, mais je connais l’assesseur du gouverneur.”
J’attendis donc qu’elle ait fini sa prière, et j’appelai un de ses serviteurs pour lui dire : “Dis à cette dame : j’ai quelque chose à te dire”. Elle s’approcha, nous allâmes à l’écart, et je lui parlais conformément à ce que j’avais supposé à son sujet ; mais elle se remit à crier et à pleurer en disant : “Tu ne peux pas savoir, Père, ce qui m’arrive : Dieu m’a abandonné, il ne s’occupe plus de moi ! Il y a trois ans aujourd’hui que je n’ai pas été malade, ni moi, ni un serviteur, ni un enfant, pas même une poule à qui il soit arrivé malheur, et je pense que Dieu s’est détourné de moi à cause de mes péchés : voilà pourquoi je crie, afin que Dieu, dans sa miséricorde, s’occupe de moi.”
Pour mon compte, saisi d’admiration devant tant d’amour de Dieu et de force d’âme, je fis une prière sur elle, et m’en allai.
Et moi, misérable que je suis, dès qu’il m’arrive une contrariété, je tâche d’une façon ou d’une autre d’y apporter quelque remède, tant je crains ma peine et je suis lâche. »
Vatic. Regin. gr. 210 (XII° s.), traduction par Joseph Paramelle