Gloire à Toi, ô Seigneur, que le Christ soit né !

publicat in Le monde intérieur pe 16 Décembre 2018, 09:28

Saint Théophane Le Reclus, « La Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ »

« La fête de la Nativité, que nous sommes appelés à redécouvrir chaque année jusqu’à la fin de nos jours dans son mystère infini, est la glorification de la présence de Dieu en l’homme et dans le monde. La vie de l’homme, la condition humaine, ne sont pas absurdes, de même que l’histoire du monde n’est pas dénuée de sens. C’est le péché qui prive l’homme du sens de la vie, lui apportant la souffrance et la mort. Le Christ, notre Seigneur, est cependant présent comme le sens suprême de tout ce qui existe. La Parole de Dieu s’est faite homme, s’est révélée au monde par l’Incarnation et par l’action du Saint-Esprit (…) Derrière chaque réalité de ce monde et derrière chaque événement historique, se trouve une parole de la Parole de Dieu ».

 
Métropolite Joseph, « Le Christ, visible et invisible, présent dans la vie de l’homme et du monde »

La naissance du Christ parmi les hommes rétablit le lien entre l’homme mortel, après la chute d’Adam, et l’homme éternel, tel que Dieu l’a fait, qui porte en lui l’Esprit de son Créateur. Sans la Vie que seul le Christ peut nous donner, il n’y a pas de véritable vie. C’est pourquoi, la naissance de l’Enfant Jésus est la véritable naissance de chacun de nous. En effet, sans le Christ, notre naissance en ce monde est à la fois le commencement de la vie et de la mort : « L’homme commence à mourir, lorsqu’il commence à vivre. (…) Pourquoi es-tu avide de ce qui n’existe pas ? Pourquoi tombes-tu sous le charme des choses périssables ? Pourquoi te réjouis-tu de ce qui est sans substance ? Pourquoi t’attardes-tu auprès de ce qui passe ? Pourquoi te laisses-tu emporter par ton imagination ? Pourquoi te réjouis-tu de ce que tu vas abandonner bientôt et dont ta vue sera privée pour l’éternité ? » (Saint Nicodème l’Athonite, « La garde des cinq sens »). 

Le Christ est né et a vécu dans ce monde, mais son royaume n’est pas de ce monde (Cf. Jean 18, 36). C’est là une vérité fondamentale de l’enseignement du Christ, sans laquelle la foi chrétienne n’aurait aucun sens et aucune raison d’être. C’est pourquoi « celui qui pense aux choses terrestres, et non à celles d’en Haut, par ce simple fait, se détourne de la parole de Dieu, la méprise et la transgresse » (Saint Tikhon de Zadonsk, « Les devoirs du chrétien envers lui-même »). 

L’homme moderne a pris une direction toute contraire à l’enseignement du Christ, car la plupart du temps les choses de ce monde occupent entièrement son esprit et son cœur. Ainsi, de nos jours, Noël ressemble de plus en plus à une fête profane, une occasion de bien manger, de bien boire, de faire et de recevoir des cadeaux… 

Placer ce monde et notre vie sur terre au centre de notre existence c’est une forme d’idolâtrie de notre personne mortelle, donc, en dernière instance, une idolâtrie de la mort, qui devient la destination finale et inévitable de l’existence humaine : « Lorsqu’il fait de sa vie une idole, tôt ou tard, l’homme cesse de comprendre pourquoi il vit et arrive ainsi à un état de trouble plein de désespoir » (Le starets Nectaire d’Optina, « Comprendre le but de la vie »). 

Car la vie sans le Christ nous mène à la mort, et la mort avec le Christ, nous mène à la vie éternelle : « Si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ ressuscité d’entre les morts ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui » (Romains 6, 8-9).

Le Fils de Dieu est né dans notre monde, pour que nous puissions naître de la même façon dans son royaume, semblables à des petits enfants : « En vérité, je vous le dis, si vous ne changez et si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. C’est pourquoi quiconque se rendra humble comme ce petit enfant, sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même » (Matthieu 18, 2-5).

Le petit enfant est l’être humain le plus proche de Dieu par son cœur pur et innocent, c’est pourquoi Dieu est venu parmi nous sous l’apparence d’un petit enfant : « Ces deux termes, enfant et Dieu, contiennent la révélation la plus étonnante du mystère de la Nativité. À un certain niveau de profondeur, le mystère est adressé tout d’abord à l’enfant qui continue à vivre secrètement en chaque adulte ; à l’enfant qui continue à entendre ce que l’adulte n’entend plus, à répondre avec une joie que n’est désormais plus capable de ressentir notre monde adulte, fastidieux, exténué et cynique » (Père Alexandre Schmemann, « Vous tous qui avez soif »). 

Que Dieu, l’Être éternel, infini, tout puissant, omniscient, soit venu parmi nous sous la forme d’un nouveau-né, l’être le plus humble, le plus fragile, le plus faible et le plus ignorant, c’est là un mystère impénétrable pour la raison humaine, qui a tendance à réduire les vérités divines à notre petite échelle de créatures mortelles. Ainsi l’abondante imagerie ancienne et moderne qui représente l’enfant Jésus dans le bras de sa Mère ou dans sa crèche, nous fait souvent oublier le mystère insondable qui se cache derrière cette représentation humaine d’une vérité de nature divine, impénétrable pour l’esprit de l’homme et incommunicable par le langage humain : « La sainte universelle et apostolique Église nous enseigne que le Père est indissociable de son Fils unique, qui est né de Lui-même, hors du temps, sans péché, impassible et incompréhensible. De quelle façon, seul Dieu, créateur de toute chose, le sait » (Saint Jean Damascène, « La dogmatique »).

Une religion dépouillée de mystère et de sa part d’inconnu n’est plus qu’une doctrine philosophique qui remplace Dieu par une idée humaine, sans rapport avec le Dieu vivant. La vérité que nous enseigne le Christ n’est pas une théorie de la vie mais la vie elle-même, une vérité vécue, consubstantielle à sa personne : « Moi je suis la résurrection et la vie » (Jean 11, 25).

C’est cette vie qui vient de Dieu et qui ne meurt jamais, que nous apporte la naissance de l’enfant Jésus, une vie infinie comme la sienne, aussi insondable et incompréhensible que Dieu Lui-même. Cette vie nous ne pouvons la connaître qu’en la vivant nous-mêmes, à l’exemple du Christ. L’enfant Jésus – c’est-à-dire Dieu Lui-même – doit naître dans nos cœurs et dans notre propre existence pour nous donner sa vie qui a vaincu la mort et pour refaire par sa chair et son sang l’unité entre l’homme et Dieu, « afin que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous » (Jean 17, 21).

Que la fête de Noël soit pour chacun de nous une occasion de connaître et de recevoir l’enfant Jésus dans notre cœur et notre existence : « Aujourd’hui l’ÊTRE DIVIN prit sur Lui-même le sceau de notre humanité, afin que l’humanité soit ornée du Sceau de la DIVINITÉ » (Saint Isaac le Syrien, « Sermon de la Nativité »).