publicat in Interview pe 9 Décembre 2017, 05:18
Révérend Père Macaire, en partant de la Tradition de l’Église, que vous connaissez bien, et de votre propre expérience, j’aimerais que vous partagiez avec nous quelques pensées sur certains aspects pratiques qui concernent le Sacrement de la Confession.
Tout d’abord j’aimerais que vous nous disiez ce que c’est que la Confession et s’il est obligatoire de la faire avant chaque communion ?
Avant de parler du Sacrement de la Confession et de son lien avec le Sacrement de l’Eucharistie, il faut préciser que l’Église elle-même est un sacrement, un mystère. Le système des sept Sacrements est étranger à l’Orthodoxie et a été emprunté, vers le xiiie siècle, à la théologie latine, pour des raisons apologétiques. Aux origines, les Pères de l’Église voyaient toute l’œuvre de l’Église comme un seul sacrement, un seul « Mystère » – celui du Salut en Christ par le Saint-Esprit. Les « sacrements » sont seulement des moyens qui nous rendent coparticipants au Mystère du Christ. L’initiation à cet unique Mystère se fait par le Baptême et la Chrismation, et le sommet de cette communion avec le Christ se trouve dans l’Eucharistie.
Si quelqu’un, à cause de graves péchés, s’est séparé de l’Église et ne peut pas communier, la Confession sacramentelle l’aide à revenir à l’Église et à guérir afin de pouvoir communier. C’était là le rôle primordial de la Confession : non pas de repousser les gens ou de les garder loin de la Communion pendant beaucoup d’années, mais de les guérir et de les ramener à la communion avec l’Église par l’Eucharistie. Initialement, les chrétiens confessaient seulement les péchés graves. L’Église n’est pas un tribunal qui les juge ou les condamne, mais elle leur offre le remède spirituel qu’elle considère comme convenable pour les rétablir dans la communion au Corps du Christ. L’intention pastorale de l’Église ancienne ne consistait donc pas à porter une sentence en décrétant que si un fidèle a commis tel ou tel péché, il sera condamné à ne pas communier pendant des années ; mais si le prêtre constatait que la maladie spirituelle était profonde, il prescrivait au pénitent de jeûner et de prier davantage, de faire l’aumône, etc. pendant un certain temps pour éprouver sa résolution, afin qu’il guérisse des passions qui ont suscité ces péchés. Le « canon » ou « épitimie » n’était donc pas une sentence ayant pour but l’expiation de la faute et l’apaisement de la colère divine, comme l’enseignera une théologie pervertie du Moyen Âge latin, mais une œuvre active de guérison, qui commence par l’abstention du péché et s’exprime par un effort soutenu pour changer de mode de vie.
Aux viie-viiie siècles, à la fois en Orient et en Occident (mais indépendamment les uns des autres), l’ancienne pratique de l’Église a été influencée par la pratique monastique du dévoilement des pensées et les laïcs ont commencé à se confesser même pour les péchés mineurs, qu’on appelle dans le catholicisme « péchés véniels », ou péchés de faiblesse. Cette pratique s’est généralisée pendant les siècles suivants, et l’on est arrivé à la pratique de la Confession telle que nous la connaissons aujourd’hui. Comme on devait confesser les péchés de faiblesse et même les pensées, la Confession ne pouvait plus se faire une seule fois dans la vie, comme on le faisait initialement, et je pense que c’est là le changement le plus important, parce que dans les premiers siècles, l’Église ne donnait qu’une seule chance de réconciliation après le Baptême, et les fidèles devaient ainsi prendre très au sérieux le repentir ; mais désormais, lorsque l’on confesse même les péchés mineurs, le repentir et le pardon sont vécus plus superficiellement.
Dans la tradition monastique, les moines vont chez leur père spirituel pour dévoiler toutes leurs pensées, et pas uniquement les péchés qu’ils ont pu commettre. Ils ne confessent donc pas seulement ce qui est négatif, mais aussi ce qui est positif, ils ouvrent leur conscience. Et ainsi, aussi bien le père spirituel que le moine peuvent comprendre quelles sont les racines des péchés et des pensées, quelles sont les passions enfouies dans leur monde intérieur qui les provoquent. Et l’aspect le plus important est que le père spirituel enseigne à son disciple comment lutter pour se purifier de ces passions. Si le père spirituel est prêtre, la confession des péchés peut se faire en même temps que le dévoilement des pensées, mais les deux sont bien distincts et ne doivent pas être confondus. Se confesser signifie demander pardon pour des péchés commis, se réconcilier avec Dieu, restaurer l’Alliance, grâce à la prière de l’Église, et dévoiler ses pensées signifie ouvrir sa conscience, demander des conseils, poser certaines questions… Parfois, même les moines, mais surtout les laïcs, confondent ces choses et transforment le Sacrement de la Confession en une discussion spirituelle ou psychologique ; ils ne confessent pas leurs péchés concrets, mais cherchent une discussion avec le prêtre. Bien sûr, ce n’est pas une chose mauvaise, mais nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas là du Sacrement de la Confession proprement dit ! Donc, si je me confesse, je dois dire concrètement par quelles actions, paroles ou pensées j’ai été fautif devant Dieu, mais non pas me lancer à dire tout ce qui me passe par la tête ou discuter des problèmes familiaux ou personnels. Ces questions peuvent être discutées avec le prêtre, mais dans un autre cadre.
Il est bon de se confesser régulièrement, mais cette pratique diffère d’une Église locale à une autre. Par exemple, dans les Églises russe et roumaine, avec certaines exceptions, les fidèles doivent se confesser avant chaque communion. Il est bon que les gens soient mis dans la situation de réfléchir sur leur propre vie et de comprendre qu’on ne peut pas communier sans repentir, mais le repentir n’implique pas obligatoirement la confession à chaque fois. Très souvent, dans les paroisses, les prêtres n’arrivent pas à confesser les gens la veille et ils sont forcés de les recevoir à la hâte juste avant la communion. À ce rythme, le pénitent arrive à peine à dire deux mots, il prend « l’autorisation » pour communier et sort sans rien comprendre. On risque d’en arriver ainsi à une pratique formelle du sacrement de la Confession, qui la vide du repentir et de la vraie connaissance de soi. Le repentir sans la confession peut exister, mais la confession sans repentir en aucun cas ! Alors, si nous n’avons pas de péchés concrets à confesser, plutôt que de faire une confession formelle, pour nous donner bonne conscience, il vaut mieux se préparer spirituellement, par le jeûne, la veille, la lecture et la prière, avant d’aller communier librement. La confession et la communion ne doivent pas être liées automatiquement.
Dans l’Église grecque, il n’est pas obligatoire de se confesser avant chaque communion. Cette pratique maintient ces deux sacrements séparés et laisse le fidèle décider lui-même s’il a quelque chose à confesser ; on respecte sa liberté. Par conséquent, chacun va voir le prêtre lorsqu’il en sent le besoin, c’est quelque chose qui tient du repentir personnel. Le mauvais côté de cette pratique est que beaucoup ne vont plus du tout se confesser, même s’ils communient pour les grandes fêtes. Certains ont entendu parler de la confession seulement lorsqu’ils sont allés au Mont Athos, même s’ils avaient de grands péchés.
Je pense que nous devons revenir à l’ancienne pratique et que nous devons aller à la confession chaque fois que nous sentons notre conscience nous accuser de péchés qui brisent notre communion avec Dieu. La conscience est le critère de la décision d’aller se confesser, mais la conscience est une puissance dynamique qui s’affine dans la mesure du progrès spirituel de chacun.
La mentalité de l’homme moderne est très différente de celle de l’homme du passé. Comment cette chose se reflète-t-elle dans la pratique de la confession ?
La différence de mentalité implique en premier lieu une autre perception du péché. Tout commence par la pédagogie du prêtre envers ses fidèles, par la manière dont il éveille chez eux la conscience du péché, par le fait de leur dire ce qui est péché et ce qui ne l’est pas. En fait, c’est un problème général, qui est valable pour tous les Sacrements de l’Église, parce que l’homme moderne ne sait plus et on ne lui enseigne plus quel est le sens et le but de ces Sacrements.
Un autre problème de l’homme moderne est l’approche soit trop rationnelle, soit trop psychologique de la confession. Et nous remarquons que beaucoup de fidèles vont voir le prêtre comme on se rend chez un psychologue, ou bien n’y vont pas du tout, en disant que le prêtre est un homme comme eux… En effet, les hommes d’aujourd’hui ont beaucoup de problèmes psychologiques et psychiques, mais la confession est autre chose que la psychothérapie ; et elle commence par la prise de conscience de la responsabilité de nos actes. Je peux être malade, affligé, humilié par les autres, etc., mais je dois commencer ma confession par les faits et les paroles concrètes par lesquels j’ai péché, sans chercher à me justifier ou me cacher derrière des états d’âme. Le père spirituel va établir si ces états sont des circonstances aggravantes ou atténuantes, et pas moi… Je peux être un homme avec ses problèmes, mais dans ce cas je me tais, je ne parle pas, parce que je peux dire une parole qui blesse et ce serait un péché. Le fait d’être complexé ou nerveux est un problème psychologique, et il doit être résolu, mais lors de la confession je dirai que j’ai mal parlé ou que je me suis mis en colère. Je ne peux mettre en avant mon état psychologique pour justifier mon péché, mais je dois être responsable et plutôt maîtriser ma langue et m’humilier.
Par conséquent, lors de la confession il nous faut dire simplement nos péchés et nous recevons le pardon de l’Église, c’est-à-dire la grâce du Saint-Esprit qui nous soutiendra dans notre effort de purification. Et si l’on veut résoudre d’autres problèmes avec le père spirituel, il est préférable de les discuter en dehors de la Confession, ou après avoir confessé les péchés concrets. Le prêtre peut alors donner des conseils au fidèle en fonction de sa situation et de sa maturité. Si cela arrive dans le cadre de la Confession, il ne faut pas confondre cet entretien spirituel avec le Sacrement de l’Église.
Malheureusement, les prêtres ne savent pas tous donner des conseils spirituels judicieux aux fidèles. Ils ont certes tous le même pouvoir de délier les péchés, par la grâce du sacerdoce, mais tous n’ont pas la sagesse et le discernement nécessaires pour pénétrer les abîmes du monde psychique. Les confesseurs ont le Pèdalion (Recueil des canons ecclésiastiques accompagné des commentaires de saint Nicodème l’Hagiorite) avec tous les Canons de l’Église, mais chacun les applique comme il le peut. Dans ce recueil classique du Droit Canon orthodoxe et manuel des confesseurs depuis plus de deux siècles, on peut trouver pendant combien d’années on doit éloigner quelqu’un de la communion pour tel ou tel péché, mais cela ne suffit pas. Le Pèdalion procure simplement des critères, fondés sur l’expérience de l’Église, selon lesquels on comprend quel péché est plus grave et quel autre péché est moins grave.
Si je vais chez le prêtre pour me confesser et je vois qu’il a le Pèdalion à côté de lui, je prends peur. Cela veut dire que je ne l’approche pas comme un médecin, mais comme un juge. Comme disait saint Païssios l’Hagiorite, les « canons (gr. kanones) deviennent des canons (gr. kanonia) » dans la main de celui qui ne sait pas les appliquer. L’Église accomplit une œuvre de guérison, pour approcher l’homme de Dieu, et non pas l’éloigner. Le prêtre, comme un médecin, qui a une réserve de médicaments, doit apprendre à prescrire le remède convenable, car s’il se trompe de traitement, il peut rendre l’homme encore plus malade, et parfois peut même le tuer, c’est-à-dire le chasser de l’Église.
Par exemple, dans le passé c’était une honte si quelqu’un n’allait pas à l’église ou ne communiait pas. Voici pourquoi l’éloignement de la communion n’était pas seulement l’expression théologique de la séparation du pécheur d’avec le Christ et l’Église, mais permettait aussi un éveil de la conscience et la honte, une « marginalisation pédagogique ». Mais maintenant, alors que pour l’homme moderne c’est devenu une honte d’aller à l’église et de communier, si on lui dit que pour tel péché il sera éloigné de la communion pendant un certain nombre d’années, il risque de s’éloigner définitivement de l’Église, qui n’est plus l’affaire de la majorité de la population, mais est redevenue le « petit troupeau » des origines. C’est l’Église qui est désormais marginalisée dans la société sécularisée. Le pénitent doit dès lors surmonter la honte dans le sens inverse, et se détacher du plus grand nombre, afin de communier avec le « petit troupeau ». Cela ne veut pas dire que le confesseur ne doit lui donner aucun canon ou épitimie, mais il doit comprendre qu’éloigner quelqu’un de la communion à long terme n’est pas vraiment une solution thérapeutique des passions, car un jeune homme d’aujourd’hui n’en sera pas gêné, et cela le maintiendra encore plus dans le monde du péché. Le prêtre d’aujourd’hui a donc besoin de beaucoup de sagesse pastorale, parce que nous pouvons rapprocher l’homme du Christ, mais nous pouvons aussi l’en éloigner.
Pensez-vous qu’une révision ou une systématisation des Canons aiderait davantage le prêtre à s’orienter dans la Confession ?
Je ne pense pas. Les saints Canons sont un héritage de la tradition de l’Église et nous donnent seulement des critères pour l’appliquer, mais sans préciser la spécificité de chaque cas. Les Canons ne sont pas des sentences, mais des indicateurs. La codification et la systématisation des Canons faites par les catholiques romains ont transformé la vie de leur Église en un système de règles, et cela est étranger à l’Orthodoxie. Les saints Canons, comme les dogmes, pour les orthodoxes, ne peuvent pas être systématisés. Nous n’excluons pas le Saint-Esprit de notre tradition et de notre expérience. Nous avons certains textes, qui sont des témoignages de la vérité dogmatique, mais ceux-ci ne l’épuisent pas. L’Église est la plénitude de la grâce et de la vérité. Elle formule un dogme lorsque la situation l’impose, mais jamais elle ne se propose de systématiser ses enseignements dans le souci d’un ordre rationnel et humain. La même chose est valable pour les saints Canons.
Par exemple, au xive siècle, le problème de l’avortement ne se posait pas comme maintenant. Nous avons certaines références canoniques, mais elles sont vagues et nous offrent seulement des critères de la pensée patristique à ce sujet, mais qui doivent être adaptés à la situation d’aujourd’hui. Quels sont ces critères ? Notamment que l’avortement est un meurtre. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous devons éloigner de la communion pendant dix ans chaque femme qui a avorté. Au lieu de nourrir un repentir qui donne la vie, de telles épitimies risqueraient de pousser certaines au désespoir. Donc en tout, il est besoin de sagesse, et la sollicitude pastorale commence par la formation des prêtres.
Comment pensez-vous que devraient être préparés les futurs confesseurs et quelles sont les qualités que devrait avoir un confesseur ?
Souvent lorsqu’on instruit les futurs prêtres sur la confession, on leur transmet une sorte de « psychologie pastorale ». C’est une bonne chose, mais ce n’est pas suffisant. Il est important que les futurs confesseurs apprennent non seulement la lettre, mais surtout l’esprit des saints Canons. Ils peuvent lire des livres de psychologie, mais surtout avoir eux-mêmes l’expérience spirituelle de l’Église, que nous trouvons exposée dans les ouvrages des saints Pères. Ceux-ci doivent être étudiés et vécus, parce que c’est la seule façon par laquelle le confesseur pourra acquérir le discernement et savoir si tel Canon convient à un fidèle ou non ; si cela lui fait du bien ou plutôt du mal… Chaque prêtre ne deviendra pas un Abba Barsanuphe de Gaza, mais il aura tout de même quelque chose de l’esprit des Pères.
Certes, les prêtres doivent avoir à leur tour un père spirituel. Si le prêtre n’a pas été un bon disciple, il ne pourra jamais devenir un bon père. Si lui-même ne sait pas se confesser, il ne saura pas en confesser d’autres.
En même temps, le prêtre qui confesse ne doit pas prétendre être un starets – c’est-à-dire un père spirituel charismatique –, et les fidèles ne doivent pas le prendre pour un starets. Sur ce point, la situation dans les monastères est complètement différente de celle du monde. Au monastère, j’ai choisi mon Père spirituel et je lui obéis en tout et pour toujours. J’ai abandonné le monde et ma famille pour suivre mon Ancien, qui est pour moi l’icône du Christ, c’est pourquoi je lui fais parfaitement obéissance. C’est cela le monachisme. Mais le laïc va chez le prêtre afin que, par lui, il soit en communion avec l’Église. Il est possible que certains prêtres séculiers aient une expérience authentique de pères spirituels, au sens charismatique du terme, ou soient même lespères spirituelsde certains moines, mais la relation d’un laïc avec son confesseur ne peut pas se conformer au modèle monastique. Le prêtre ne peut pas exiger d’un laïc une obéissance dans tous les détails de sa vie, comme un moine obéit à son higoumène. Ce ne serait pas correct. Le laïc doit garder une autre liberté et assumer ses responsabilités envers sa famille et la société, il ne répond pas que de lui-même. Il n’est pas correct que quelqu’un demande à son confesseur s’il peut ou non acheter ou vendre quelque chose, où aller en vacances ou d’autres choses de ce genre. Le père spirituel peut donner à son fils spirituel des orientations générales pour sa vie spirituelle, lui prodiguer des conseils pour éviter le péché, mais il doit aussi lui apprendre à être responsable dans les décisions qu’il aura à prendre dans sa vie. Ne confondons pas cette relation de direction spirituelle avec le sacrement de la Confession. Parfois les gens voudraient transférer toute leur responsabilité sur les épaules du prêtre, mais un vrai père spirituel apprendra au laïc à utiliser correctement sa liberté et il lui dira qu’il ne peut pas s’impliquer dans certains aspects de sa vie, dans sa chambre à coucher ou dans ses affaires. Au monastère, c’est autre chose, là le père spirituel connaît et décide de chaque détail de la vie du moine ; mais ce mode de vie a été choisi volontairement, et il présuppose d’autres conditions de vie, qui ne sont pas applicables aux gens du monde.
Vous avez dit plus tôt que le confesseur ne doit pas se mêler de la chambre à coucher de ses disciples. De nos jours, beaucoup de familles, même si elles ont été bénies au Mariage pour faire naître des enfants, après un enfant ou deux, se protègent et ne veulent plus d’autres enfants. Certains confesseurs les éloignent de la communion, d’autres sont plus indulgents. Comment voyez-vous ce problème ?
Toute relation charnelle en dehors du mariage est un péché. Non pas dans le sens d’une transgression, mais plutôt parce qu’elle a pour fin le plaisir et non « de glorifier Dieu dans notre corps », comme l’enseigne saint Paul (1 Cor. 6, 20). Il arrive aussi qu’on commette des péchés au sein de la vie conjugale, y compris des péchés contre nature. Ceux-ci doivent être confessés, mais il ne convient pas que le prêtre demande aux fidèles s’ils ont fait de telles choses ou qu’il entre dans des détails de ce genre. Il peut leur donner quelque chose à lire, faire des catéchèses avec les familles de la paroisse, dire de façon générale que de tels péchés existent, et les gens comprendront par eux-mêmes s’ils ont péché ou non. Et lorsqu’ils viendront à la Confession, le prêtre n’aura qu’à les écouter et les conseiller avec sagesse. Si l’un des époux a confessé un péché contre nature, et que l’autre a honte ou ne comprend pas qu’il doit le dire, le prêtre peut poser certaines questions, mais sans empiéter sur la liberté et l’intimité de la personne. De même, je ne pense pas que le prêtre doit préciser en détail aux époux combien de fois et comment ils doivent avoir des relations, à moins que ceux-ci le lui demandent. Il convient cependant de les instruire sur ce que l’Église recommande en ce qui concerne l’abstinence sexuelle pendant le Carême et les jours de jeûne, car cette dimension de l’ascèse des laïcs est souvent méconnue aujourd’hui, mais chaque couple a sa mesure et son âge spirituel.
Le sujet de la conception des enfants est encore plus délicat et je pense que nous ne pouvons pas offrir des solutions générales, mais chaque cas doit être envisagé à part. Si quelqu’un pose au prêtre des questions au sujet des méthodes anticonceptionnelles, le prêtre doit lui dire ce qu’enseigne l’Église, parce que s’il ne lui dit pas, comment le fidèle pourra-t-il connaître quel est le comportement chrétien en ce domaine ? Mais l’éloignement de la communion devrait dépendre d’autres facteurs. Si une famille a déjà trois ou quatre enfants et que ses conditions matérielles, son logement et d’autres problèmes ne leur permettent pas d’avoir d’autres enfants, je pense que l’on peut appliquer l’économie, à condition que les moyens contraceptifs utilisés ne soient pas abortifs. On ne peut pas leur imposer de ne pas avoir de relations, mais on établit certaines limites.
Par contre, si certains ont seulement un enfant ou deux, s’ils sont en bonne santé et s’ils se trouvent dans des conditions matérielles satisfaisantes, on ne peut pas leur interdire d’avoir recours à ces méthodes, mais je pense que ceux-ci devraient communier plus rarement – peut-être seulement aux grandes fêtes –jusqu’à ce qu’ils comprennent que les moyens de contraception peuvent être tolérés seulement dans certaines conditions et pour une période limitée. Ainsi, les époux ne seront pas éloignés de l’Église, mais en même temps ils comprendront que leur mode de vie dénote un certain manque de confiance en la Providence divine et ne correspond pas à l’appel et à la bénédiction qu’ils ont reçus au Mariage, leur relation étant marquée par la faiblesse, l’égoïsme, la recherche du plaisir, etc. Il est donc logique qu’ils n’aient pas un accès continuel à la sainte Communion. Mais, là encore, on ne peut pas établir des calques uniformes, parce que les conditions de vie de chaque famille sont différentes. Le prêtre n’a pas seulement le pouvoir de lier et de délier, mais il doit être muni de sagesse et de discernement.
Nous vous remercions beaucoup, Père Macaire, que le Seigneur nous aide !
Propos recueillis par le Hiéromoine Petru Pruteanu
Simonos Pétra 07-09-2016