L’icône de la Mère de Dieu de Kazan

publicat in Icônes orthodoxes pe 6 Juillet 2016, 14:44

Ce texte a été écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Église Russe », 1999, rédigé par la moniale Sofia.

Elle est apparue en 1579. Vladimir Lossky explique dans l’ouvrage « Le sens des icônes » la chose suivante : « Lorsque l’on parle de l’apparition d’une icône, ce terme fréquent dans les anciennes chroniques et hagiographies russes, signifie qu’une icône, jusque-là inconnue, est reconnue, en raison d’un événement miraculeux, comme nouvelle source de manifestations de grâces. »

En 1579, une partie de Kazan, la capitale nouvellement éclairée à la foi orthodoxe de l’ancien khanat tatar, fut dévastée par un incendie. Le kremlin fut complètement détruit. Les musulmans s’efforcèrent de répandre le bruit qu’il s’agissait d’une punition divine, mais les confesseurs de la foi orthodoxe luttèrent vaillamment et se mirent à reconstruire leurs maisons détruites. Il y avait parmi eux un archer, Daniel Onoutchine. Sa fillette de neuf ans, Matrona, vit dans son sommeil une icône de la Mère de Dieu et entendit une voix qui lui ordonnait de rapporter ce songe aux dirigeants de la ville et à l’évêque afin qu’ils inventent et extraient de la terre la sainte icône ; et la voix indiqua le lieu où l’icône était dissimulée. Mais Matrona, à cause du manque de discernement propre aux enfants et parce qu’elle avait peur, craignit d’abord de parler de l’événement. Elle raconta, huit jours plus tard seulement, son rêve plein de grâce. La mère ne prêta pas une grande attention au récit de sa fille et traita son rêve comme un rêve classique d’enfant. Quelque temps après, le songe se répéta une deuxième puis une troisième fois, avec des menaces en supplément. La fillette vit l’icône de la Mère de Dieu dans des rayons de feu, et elle entendit une voix terrible : « Si tu ne rapportes pas mes paroles, je me manifesterai ailleurs ; mais toi tu périras ! » L’évêque et le voïvode vers lesquels Matrona et sa mère se tournèrent, ne prêtèrent pas attention aux paroles de la fillette. Alors, le 8 juillet, vers midi, la mère de Matrona se rendit avec une bêche à l’endroit indiqué par sa fille et commença à creuser le sol. Elle travailla longuement mais ne trouva pas l’icône. Ses voisins prirent le relais, ce qui attira une foule de curieux. Tous se mirent à retourner le sol, mais eux non plus ne trouvèrent rien. Finalement, Matrona elle-même, commença à creuser. Elle fouilla un endroit qui avait subi quelques semaines auparavant l’incendie, elle avait à peine fait un trou de trente-cinq centimètres dans le sol qu’apparut soudain l’icône miraculeuse de la très Sainte Mère de Dieu avec le Petit Enfant Sans Commencement dans ses bras, enveloppée d’un drap ancien rouge cerise. La sainte icône resplendissait d’une lumière merveilleuse comme si elle venait seulement d’être peinte ; la poussière du sol ne l’avait apparemment pas touchée. La fillette prit dans ses mains, avec une pieuse crainte et une joie indicible, la très pure icône et la reposa à l’endroit même où elle l’avait trouvée. Ce signe miraculeux qui témoignait de la bonté de Dieu se répandit rapidement dans toute la ville ; les chrétiens se réjouirent et rendirent grâces à Dieu ; quant aux musulmans, ils s’émerveillèrent de la puissance qui leur semblait incompréhensible. Après la bénédiction de l’archevêque de Kazan, Jérémie, la sainte icône, glorifiée par de nombreux miracles, fut transférée par le futur saint patriarche de Moscou, Hermogène, alors prêtre de l’église Saint-Nicolas, dans l’église la plus proche, consacrée à saint Nicolas de Toula, qui avait été épargnée par le feu. Après la célébration d’un office d’action de grâce, l’icône fut transférée dans la cathédrale de l’Annonciation de Kazan. Au cours de la procession, il y eut plusieurs miracles et deux aveugles, Joseph et Nicétas recouvrèrent la vue, montrant la protection de la Mère de Dieu et son désir que le plus d’habitants possibles se convertissent à la foi orthodoxe.

Quand le tsar Ivan IV apprit la nouvelle et reçut une copie de l’icône miraculeuse, il ordonna qu’une église et un monastère de quarante moniales, dédiés à l’Annonciation soient érigés à l’endroit où l’icône avait été inventée. Matrona et sa mère furent tonsurées dans ce monastère.

Le récit de l’apparition et des miracles de l’icône de la Mère de Dieu de Kazan fut rédigé en 1594 par le métropolite Hermogène de Kazan qui devint par la suite patriarche. C’est saint Hermogène – consacré métropolite de Kazan – qui institua, en 1595, de fêter la mémoire de cette icône miraculeuse le 8 juillet.

D’après S.V. Boulgakov, l’icône avait été probablement enfouie en terre à l’époque de la domination tatare à Kazan, lorsque les orthodoxes étaient souvent contraints de cacher leur foi.

L’icône de Kazan accompagna les troupes nationales qui libérèrent Moscou des Polonais, le 22 octobre 1612. En 1812, elle donna courage à l’armée russe, avec l’icône de la Mère de Dieu de Smolensk.

Trois copies faites du temps du saint patriarche Hermogène sont célèbres.

De nombreuses copies de l’icône de la Mère de Dieu de Kazan sont fêtées ce jour-là.

C’est peut-être l’icône de la Mère de Dieu la plus répandue. Elle est du type iconographique de la Mère de Dieu Hodigitria byzantine. « Elle s’en distingue néanmoins par l’Enfant qui semble debout, la mise en page qui coupe abruptement la figure du Christ au niveau des cuisses et, enfin la main gauche de l’Enfant dissimulée sous son vêtement » lit-on dans l’ouvrage sur La Sainte Russie du Musée du Louvre de mars 2010.

L’icône de Kazan originale a disparu lors d’un vol en 1904. Il est assez difficile de suivre avec rigueur toutes les icônes de Kazan, tant elles sont nombreuses. Pour certaines on possède un récit, parfois développé. Le pape de Rome possédait une icône de Kazan qui a été rendue, il y a quelques années à la Russie.

Cette icône a pour les Russes un sens historique très fort. Ce sens se manifesta dès le début. En effet, la Volga, la voie d’eau principale du pays, coule à Kazan. Lorsque la Volga fut libérée du joug tatar, elle devint un fleuve russe, tandis que 60 000 Russes étaient libérés de la captivité tatare. Et au cours des siècles, le sens historique ne cessa pas de grandir.

Elle est fêtée à deux reprises dans l’année : le 8 juillet, date de son invention en 1579 et le 22 octobre, en mémoire de la délivrance de Moscou en 1612.

Tropaire Ton 4 :

Soutien empressé, Mère du Seigneur Très-Haut, prie pour tous Ton Fils, le Christ notre Dieu, et procure le salut à tous ceux qui accourent vers Ta puissante protection. Maîtresse, Reine et Souveraine, viens au secours de nous tous qui, dans les épreuves, les malheurs et les peines dont nous accablent nos péchés, nous tenons en Ta présence et Te prions dans l’humilité de nos âmes et la contrition de nos cœurs, devant Ton icône toute pure, en pleurant ; accorde-nous à nous qui mettons notre espérance en Toi sans retour, la délivrance de tous les maux et donne-nous à tous ce qui peut nous être utile ; sauve-nous tous, Mère de Dieu et Vierge : car Tu es la divine protectrice de Tes serviteurs.