L’icône de la Mère de Dieu de Tikhvine

publicat in Icônes orthodoxes pe 10 Juin 2015, 16:33

Texte écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Église Russe », 1999, moniale Sofia.
Distributeur : Librairie des Éditions l’Âge d’Homme à Paris.

En été 1383, sous le règne du grand prince Dimitri Ioannovitch, tandis que Monseigneur Pimène était métropolite de toute la Russie et Monseigneur Alexis, archevêque de Novgorod, une icône de la Mère de Dieu apparut en Russie.

Texte écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Église Russe », 1999, moniale Sofia.

Distributeur : Librairie des Éditions l’Âge d’Homme à Paris.

L’apparition survint de la façon suivante : non loin de Novgorod et de la mer des Varègues (la Baltique), dans les eaux du grand lac Neva (le lac Ladoga), des pêcheurs travaillaient. Un rayon éclatant, venant du ciel, brilla soudain sur eux. Levant leur regard, ils aperçurent une icône de la Mère de Dieu, aussi lumineuse que le soleil, qui circulait au-dessus des eaux par la voie des airs, portée par des mains invisibles. Avant d’être emplis de joie, les pécheurs furent tout d’abord effrayés. Ils abandonnèrent leur tâche, désireux de voir où allait s’arrêter la sainte icône. Mais Dieu ne permit pas que leur désir soit comblé ; la sainte icône se déroba rapidement à leurs yeux ; elle devint invisible.

A la suite de cet événement, l’icône apparut, à plusieurs reprises, dans différents endroits de la province de Novgorod. L’icône descendit deux fois semblant répondre aux prières ferventes des habitants des petits bourgs locaux. Aussitôt on lui construisait une église, mais l’icône reprenait la voie des airs. Elle allait ainsi de lieu en lieu, aussi miraculeusement qu’un gros nuage porté par les airs jusqu’au moment où elle s’arrêta définitivement, près de la ville de Tikhvine, sur le fleuve qui donna son nom à la ville. Une foule considérable, issue de la ville de Tikhvine et des villages voisins, attirée par ce grand miracle, afflua vers le lieu de l’apparition ; elle était accompagnée de prêtres avec des croix et des icônes. Ils prièrent longuement devant l’icône miraculeuse qui se tenait dans les airs, chantant des psaumes et de saints cantiques. Ils suppliaient la Mère de Dieu de venir chez eux malgré leur indignité. La sainte icône descendit du ciel jusque dans leurs mains et fut reçue par eux avec reconnaissance et joie. Ils la vénérèrent avec zèle et prièrent longuement, puis se mirent à abattre des arbres pour construire une petite église à l’endroit où l’icône était descendue. La nuit tomba. Au réveil, les habitants constatèrent que l’icône avait disparu avec l’église en construction, comme emportées par la main de Dieu. Après de longues recherches, on retrouva l’icône dans un autre endroit. Tout avait été transférée avec elle en cet autre lieu : les rondins préparés pour la construction de l’église, et non seulement les rondins, mais également les copeaux… tout, jusqu’au plus petit débris.

La petite église fut terminée et consacrée non sans incidents et miracles. La Mère de Dieu n’était par exemple pas d’accord avec la croix en métal qu’on avait préparée pour son église. Elle souhaitait une croix en bois. Elle le fit comprendre aux bâtisseurs.

L’église fut consacrée en la fête de la Dormition de la Mère de Dieu. Une multitude de miracles commencèrent alors à s’accomplir par l’intermédiaire de l’icône… le jour même de la solennité et par la suite.

Sept ans plus tard, tout brûlait, sauf l’icône et la croix en bois qui furent miraculeusement préservés et retrouvés. Une nouvelle église en bois fut bâtie. Elle resta intacte plus de cent ans, jusqu’au moment où régna le prince Basile III Ioannovitch, qui aimait cette icône et qui était venu en pèlerinage en 1526-1527. Une église en pierre, remplaça alors sur son ordre l’église en bois. Et en 1560, Ivan le Terrible, son fils, qui lui aussi était attiré par cette icône vers laquelle il avait effectué un pèlerinage en 1546, la veille de son couronnement, fonda un monastère enceint d’un mur de pierres, auprès de l’église. Un grand nombre de moines, attirés par les miracles qui se produisaient par l’intermédiaire de l’icône de la Mère de Dieu, quittèrent leur solitude pour venir dans le monastère de Tikhvinka. L’un des miracles les plus célèbres est celui de la guérison du moine Abraham qui menait une vie d’ascèse dans un des monastères de saint Serge de Radonèje, à six cents kilomètres au sud de Tikhvine. Le récit des miracles connus est si grand qu’un livre ne saurait les contenir.

D’où venait l’icône miraculeuse de la très Sainte Mère de Dieu qui apparut à Tikhvine ? Il n’y a pas de source sûre à ce sujet. Dans les anciens livres manuscrits, il est écrit qu’elle vint en Russie, depuis la Grèce. Conformément à la volonté divine, elle aurait quitté Constantinople pour la Russie, soixante-dix ans avant la prise de Constantinople par les Turcs, probablement sous le règne de l’empereur grec Jean V Paléologue. Un jour, le patriarche grec de Constantinople, conversa avec deux marchands novgorodiens, pieux. Se souvenant de l’icône miraculeuse qui se trouvait à Constantinople, qui s’était cachée quelque part et qui avait quitté la ville impériale ; il leur demanda :

« N’avez-vous pas entendu parler de cette icône ? »

Les marchands lui racontèrent ce qui suit : « Une icône miraculeuse de la Mère de Dieu – dirent-ils – est arrivée en grande Russie par la voie des airs, Dieu seul sait d’où. Elle est apparue là-bas dans différents lieux, dans les environs de Novgorod la Grande, jusqu’à deux cent trente kilomètres de Novgorod ; elle se rendait d’un endroit à un autre ; elle est finalement apparue dans la gloire sur le fleuve, la Tikhvinka, où elle a accompli des miracles merveilleux et indicibles, – c’est là qu’elle se trouve encore aujourd’hui, dans une église. »

Ayant écouté ce récit et ayant réalisé que cette icône était la même que celle dont il parlait, le patriarche se mit à soupirer du fond de son cœur et à poser des questions détaillées sur l’icône de Tikhvine. Il raconta que cette icône était autrefois très glorieusement partie de la ville des empereurs par la mer, s’étant rendue là où il avait plu à Dieu et que, quelque temps après, elle était revenue dans la ville impériale, qu’elle était la source de miracles et d’un bienfait certain, qu’elle était une aide puissante et qu’elle procurait, enfin, la victoire sur les ennemis à ceux qui venaient prier devant elle.

« Mais, aujourd’hui, – dit-il, – à cause de notre orgueil, de la haine que nous nourrissons à l’égard de nos frères et d’autres mensonges, elle est bien sûr partie de nouveau de chez nous et elle ne reviendra plus. »

Ayant dit tout cela avec tendresse, le patriarche se rendit à l’église avec les marchands novgorodiens ; il leur montra l’emplacement antérieur de l’icône de la très Pure Mère de Dieu et le kiot dans lequel elle s’était trouvée. L’endroit était situé – lorsqu’on pénétrait dans l’église par la porte occidentale, – près du pilier de droite de l’église ; on y avait placé maintenant une autre icône, plus petite ; une petite lampe à huile brûlait sans cesse devant.

L’icône est fêtée le 26 juin. Iconographiquement, Vladimir Lossky (dans l’ouvrage « Le sens des icônes » édité par le Cerf en 2007) exprime « qu’elle est très proche du type byzantin de l’Hodigitria Eleousa. Kondakov est disposé à considérer l’icône de Tikhvine comme une réplique d’une variante déjà apparue à Byzance. Certes le type classique de l’Hodigitria byzantine a subi quelques changements. L’Enfant-Emmanuel n’est plus représenté droit devant le spectateur, le visage tourné entièrement vers les fidèles ; son corps est vu de côté, tourné vers l’épaule droite de sa Mère, son visage montré de trois-quarts. Le Christ-Emmanuel se tient encore très droit assis sur le bras gauche de sa mère, mais son attitude est moins cérémonieuse : sa jambe droite, pliée sur son manteau simple (non tissé d’or) laisse voir la plante du pied, sortant de dessous la jambe gauche étendue. Le mouvement de bénédiction est aussi moins solennel : au lieu d’étendre majestueusement son bras, l’Enfant se contente de lever la main droite, bénissant. Le corps de la Mère de Dieu est tourné légèrement vers le côté droit de l’icône. Conservant son expression solennelle, détachée de toute affection humaine, l’Hodigitria de Tikhvine incline la tête vers l’Enfant-Emmanuel. La Mère de Dieu ne tourne pas son regard vers l’Enfant, mais toute son attitude, et surtout l’expression de son visage pensif et triste, nous présente une Hodigitria miséricordieuse, qui intercède auprès de son Fils, priant pour le monde déchu. »

L’icône de 1383 ne s’est semble-t-il pas conservée. On pense que l’une des plus anciennes copies est une œuvre moscovite de la fin du XVe siècle : la Mère de Dieu de Tikhvine entourée de scènes hagiographiques de la Vierge, qui provient du monastère Malokirillov près de Novgorod. Au XVIe siècle, il y eut un grand nombre de répliques de l’icône de la Mère de Dieu de Tikhvine, car elle était très vénérée. Certaines de ces copies sont devenues miraculeuses. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’icône de Tikhvine qui se trouvait à Tikhvine a émigré dans la cathédrale orthodoxe de Chicago. Cette copie se rapporte vraisemblablement au XVIe siècle.

L’icône miraculeuse est revenue de Chicago à Tikhvine, au début du XXIe siècle.

Tropaire Ton 4 :

En ce jour, comme un soleil resplendissant, a brillé pour nous dans les airs, Ton icône toute digne de vénération, Souveraine, illuminant le monde avec les rayons de la miséricorde ; la Grande Russie, comme un don divin, l’ayant reçue d’en haut avec piété, Te glorifie Mère de Dieu Souveraine de tous et magnifie avec joie notre Christ Dieu né de Toi ; Ô Reine Souveraine Mère de Dieu, prie Le de garder l’ensemble des villes et des pays chrétiens, de toutes les machinations tramées par les ennemis, et de sauver les fidèles qui se prosternent devant Sa divinité et Ton icône toute pure, Vierge inépousée.