publicat in Le monde intérieur pe 13 Avril 2015, 19:38
Les hommes ont condamné Dieu à mort. Mais Dieu, par sa Résurrection « condamne » les hommes à l’immortalité. Il leur retourne leurs coups en baisers, leurs injures en bénédictions, sa mort en immortalité. Les hommes n’ont jamais montré autant de haine pour Dieu que lorsqu’ils l’ont crucifié, et jamais Dieu n’a montré autant d’amour pour les hommes que lorsqu’il a ressuscité. Les hommes voulaient faire de Dieu un mortel, mais par sa Résurrection, il a rendu les hommes immortels. Le Dieu crucifié a ressuscité et il a tué la mort. Il n’y a plus de mort. (...) Par la Résurrection du Dieu-Homme, la nature humaine a été conduite irrévocablement sur le chemin de l’immortalité (...). De même que jusqu’à la Résurrection du Christ, il était naturel pour les hommes d’être mortels, de même après la Résurrection c’est l’immortalité qui leur est devenue naturelle.
Saint Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »
Que serait l’existence humaine sans la Résurrection du Christ ? Une course épuisante et vaine à travers un désert aussi vaste que le monde, où tous les chemins mènent à la mort : « J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent » (Eccl. 1, 14). Quel serait le but de la vie humaine sans la Résurrection du Christ, puisque tout ce qu’on aura acquis, possédé, aimé et réalisé sur terre, nous sera enlevé au moment de la mort ? « Multipliez vos jours (...) autant que ces grands chênes sous lesquels nos ancêtres se sont reposés, et qui donneront encore de l’ombre à notre postérité ; entassez dans cet espace, qui paraît immense, honneurs, richesses, plaisirs : que vous profitera cet amas, puisque le dernier souffle de la mort, tout faible, tout languissant, abattra tout à coup cette vaine pompe avec la même facilité qu’un château de cartes, vain amusement des enfants ? » (Bossuet, « Sermon sur la mort »).
Sans la Résurrection du Christ, la vie ne serait qu’une étape préliminaire de la mort, car « l’homme commence à mourir quand il commence à vivre » (Saint Nicodème l’Hagiorite).
Si le Christ n’était pas ressuscité, nous serions semblables à des « condamnés à mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uns et les autres avec douleur et sans espérance, attendent leur tour » (Pascal, « Pensées »).
En effet, ce monde n’est pas le royaume de la vie mais de la mort, qui, bien plus forte que la vie, agit comme un poison plus ou moins lent, tout au long de notre existence et finit toujours par l’emporter sur les forces de la vie : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste » (Pascal, op. cit.)
C’est pourquoi, « pour le christianisme, la mort n’est pas seulement la fin, mais, en vérité, la réalité essentielle de ce monde » (Père Alexandre Schmemann, « Pour la vie du monde »). Ceux qui, nombreux aujourd’hui, ne croient pas à la Résurrection du Christ mais affirment croire à la « vie », sont en réalité des adorateurs de la mort, la seule divinité toute puissante et éternelle de l’homme sans Dieu. Lorsque Dieu est mort dans le coeur de l’homme, la mort devient son dieu. Lorsque Dieu ressuscite dans le coeur de l’homme, il lui fait don de la vie éternelle : « L’homme est véritablement engendré non quand sa mère le met au monde, mais quand il croit au Christ Sauveur ressuscité, parce qu’il est alors engendré à la vie immortelle et éternelle, alors que la mère engendre son enfant pour la mort, pour le tombeau » (Saint Justin Popovitch, op. cit.).
Golgotha, lieu de mort et de résurrection, n’est pas seulement une référence géographique, mais un lieu situé dans le coeur de l’homme, où Dieu est mort par le péché d’Adam, et a ressuscité par le Christ crucifié.
De même, ce monde peut être un lieu de mort, si l’homme tue Dieu dans son coeur, ou une voie de salut conduisant à la vie éternelle, si le Christ ressuscite dans le coeur de l’homme: « Sous la coupole de notre ciel bas, enfumé, nuageux, tout est voué à l’absurde, si l’on pense que la mort est la mort. (...) Ce qui nous torture le plus est précisément cette conscience de notre condition mortelle, notre impossibilité d’échapper à la mort. Nos proches disparaissent (...) et à notre tour, nous nous préparons au grand exode ; nous avons peur, nous sentons notre corps vieillir. Et si notre âme allait vieillir aussi ? Nous savons que notre corps va pourrir, que notre cercueil sera étroit et qu’il sera recouvert par une masse de terre noire et froide. Mais nous avons la foi. Et voici que par la seule force de cette foi, nous sentons que la mort cesse d’être la mort, qu’elle devient naissance à l’éternité, que les souffrances terrestres ne sont que les souffrances de l’enfantement » (Mère Marie Skobtsova, « Naissance et mort »).
La mort de l’homme mortel n’est rien d’autre que la mort de la mort. Ayant accueilli dans son coeur l’esprit et la volonté de son ennemi, l’homme déchu est devenu son propre ennemi. C’est pourquoi il doit mourir pour que puisse ressusciter l’homme éternel, d’avant la chute d’Adam, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Le dernier cri du Christ sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt. 27,46), est le dernier acte humain de Jésus, sans lequel il n’aurait pas été entièrement homme. C’est le cri d’Adam après la chute, lorsqu’il s’est vu séparé de son Père et qu’il est devenu un être mortel. Tous les hommes portent ce cri au fond de leur coeur, tous les hommes éprouvent l’absence intérieure de leur Père éternel, c’est pourquoi aucun être humain ne peut et ne pourra jamais se contenter de son existence mortelle ni des biens périssables de ce monde : « Tous se plaignent, princes, sujets , nobles, roturiers, vieux, jeunes, forts, faibles, savants, ignorants, sains, malades, de tous pays, de tout temps, de tous les âges, et de toute condition. Une épreuve si longue devrait bien nous convaincre de notre impuissance d’arriver au bien par nos efforts. Qu’est-ce que donc nous crie cette avidité et cette impuissance sinon qu’il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la trace toute vide et qu’il essaye inutilement de remplir de tout ce qui l’environne (...) ». Mais « ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est-à-dire par Dieu même. Lui seul est son véritable bien » (Pascal, op. cit.).
La Résurrection du Christ a rétabli l’alliance entre l’homme mortel et son Père éternel : « Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ-Jésus d’entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rom. 8, 11).
Pour que l’Esprit de Dieu habite en nous, il faut que l’esprit de l’homme déchu lui cède la place. Car toute volonté humaine qui ne coïncide pas avec la volonté de Dieu est mauvaise et ennemie de l’homme, puisque la volonté de Dieu est le Bien absolu et qu’il n’y a aucun autre bien en dehors de celui-là. Là encore, il faut suivre l’exemple de Jésus : soumettre en toute circonstance et sans aucune restriction notre volonté humaine – la volonté d’Adam – à la volonté de Dieu. « (...) non pas comme je veux, mais comme Tu veux » (Mt. 26, 39).
Que ta volonté soit faite et non la mienne, c’est une prière qui réunit toutes les autres prières que nous pouvons adresser à Dieu, car cela veut dire que la volonté du Bien, de la Vérité et de la Vie soit faite, et non la volonté du mal, du mensonge et de la mort.
La volonté de Dieu, – souvent, sinon toujours, incompréhensible à l’homme –, se manifeste par tous les événement heureux ou malheureux qui se produisent tout au long de notre vie, et qui n’ont pas d’importance en soi – car les joies et les peines de l’homme mortel sont tout aussi éphémères que lui-même – mais doivent toujours être transposés sur le plan spirituel, comme autant de messages et de leçons que nous adresse Dieu pour nous faire comprendre que la vie mortelle – la seule que nous puissions connaître en ce monde – n’est pas la vraie vie, et donc la mort n’est pas non plus une vraie mort, mais la résurrection de l’homme immortel, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu : « Pour nous chrétiens, cette vie sur terre est une école où nous apprenons à nous assurer l’immortalité et la vie éternelle. Car de quelle utilité sera pour nous cette vie, si nous ne pouvons par elle acquérir la vie éternelle ? Mais pour que l’homme ressuscite avec le Christ, il faut d’abord qu’il meure avec le Christ et qu’il vive la vie du Christ comme la sienne propre. (...) Car le merveilleux et très doux Seigneur Jésus, le Dieu-Homme ressuscité, est la seule existence sous le ciel par laquelle l’homme sur cette terre puisse vaincre la mort, le péché et le diable et siéger dans le bonheur et l’immortalité, en concitoyen du Royaume éternel de l’Amour du Christ. C’est pour cela que, par son existence humaine, le Seigneur ressuscité est tout en tous, dans tous les mondes. (...) Il est tout notre Amour, toute notre Vérité, toute notre Joie, tout notre Bien, toute notre Vie, il est la Vie éternelle dans toutes les éternités et infinités divines.
Pour cela, disons-le à nouveau, et souvent, et d’innombrables fois : Christ est ressuscité ! » (Saint Justin Popovitch, op. cit.).