publicat in Icônes orthodoxes pe 11 Juin 2014, 07:45
L’histoire de cette icône a un lien avec l’apparition du cantique de l’Eglise Orthodoxe « Il est digne en vérité de Te célébrer, ô mère de Dieu… » La tradition qui s’est conservée sur la Sainte Montagne de l’Athos rapporte qu’au Xème siècle, dans une grotte – qui faisait partie d’un « kellion »1 dépendant du monastère du Pantocrator – un Ancien menait la vie d’un ascète, avec un novice. Une fois, la veille d’un dimanche, l’Ancien se rendit dans un monastère pour les Vigiles et le novice resta dans la grotte. Tard dans la nuit, un moine inconnu frappa à la porte de la cellule. Le novice l’accueillit et ils se mirent à psalmodier ensemble et à prier. Tandis qu’ils s’apprêtaient à chanter : « Toi plus vénérable que les Chérubins… »2, l’invité fit remarquer que chez eux on chantait le cantique d’une autre manière. On ajoutait devant « Toi plus vénérable… » les mots : « Il est digne en vérité de Te célébrer, ô Mère de Dieu, toujours Bienheureuse et toute Pure et Mère de notre Dieu ».
Lorsque le moine commença à chanter ce cantique, l’icône de la Mère de Dieu de la Miséricorde, qui se trouvait dans la cellule, brilla soudain d’une lumière inhabituelle et le novice ressentit dans son âme une joie particulière, emplie de tendresse. Il demanda à son hôte d’écrire le cantique merveilleux et celui-ci grava les mots du chant religieux avec son doigt sur une dalle en pierre qui devint, sous sa main, tendre comme de la cire. Le pèlerin, qui déclara s’appeler Gabriel, devint brusquement invisible, mais l’icône rayonna pendant quelque temps encore de cette lumière miraculeuse. Elle fut transférée dans l’église principale de Karyès, consacrée à la Dormition de la Mère de Dieu, et s’y trouve de nos jours, dans le sanctuaire, à l’endroit où se situe le trône de l’évêque.
On parle d’icône de la Mère de Dieu de la Miséricorde, car la Mère et l’Enfant sont représentés échangeant un geste de tendresse. Le mot lui-même traduirait le mot grec « Eleoussa ». En russe, le mot utilisé est le mot « Oumiliéniè » qui signifie « la douloureuse joie ». Dans leur ouvrage sur « Le sens des Icônes », Vladimir Lossky et Léonide Ouspensky soulignent l’opposition entre une icône de la Mère de Dieu Odigitria emplie de solennité et de majesté austère avec une icône de la Mère de Dieu de la Miséricorde qui exprime l’aspect humain de la maternité divine et de l’Enfant divin.
La dalle sur laquelle le saint Archange Gabriel avait gravé le cantique fut transférée à Constantinople sous le saint patriarche Nicolas Chrysoberge, peu avant la fin du Premier Millénaire.
Il existe plusieurs modèles de cette icône. Le texte même de la prière peut-être inscrit sur l’icône. C’est cette même représentation que l’on trouve sur des vases particuliers qu’on appelle des Panaghiars (car le mot Panaghia est le mot utilisé en grec pour désigner la Mère de Dieu, la « Toute Sainte ») ou patènes et qui sont des sortes de plats de forme ronde sur lesquels le « Pain élevé en l’honneur de la Vierge »3 est apporté au réfectoire des moines après la liturgie.
Le modèle reproduit ici montre la Mère de Dieu entourée d’anges et de prophètes. C’est le modèle le plus simple, celui qui est dans l’église du Protaton, sur le Mont Athos. Cette icône date du XIVème siècle. Les personnages représentés déroulent des phylactères ou tiennent des objets sacrés. L’église porte le nom de « du Protaton », car le représentant du pouvoir exécutif du mont Athos s’appelle le Protos (c’est-à-dire le « Premier ») qui siège à Karyès. C’est l’église la plus ancienne du mont Athos ; elle est la propriété commune de tous les monastères athonites. L’Axion Estin est l’icône protectrice de tout le mont Athos. Chaque année, au lendemain de Pâques, l’icône est solennellement portée en procession à travers Karyès.
Cette icône est fêtée le 11 juin.
Tropaire Ton 4 :
Accourons fidèles avec audace vers la miséricordieuse reine, « Mère de Dieu » et d’une voix plaintive crions vers Elle : Fais descendre sur nous le trésor de Ta miséricorde : Garde notre Eglise, maintiens le peuple dans la prospérité, délivre notre terre de toute adversité, donne au monde la paix et le salut à nos âmes.
Autre Tropaire Ton 4 :
Tous les Pères de l’Athos, vous vous rassemblez, fêtant fidèlement, vous réjouissant en ce jour et chantant tous avec magnificence dans la joie, parce que maintenant c’est par l’intermédiaire de l’Ange qu’est miraculeusement chanté le fait que c’est de Dieu qu’Elle est la Mère. C’est pourquoi, c’est Elle que nous glorifions comme la Mère de Dieu.
Ce texte a été écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Eglise russe », rédigé par la moniale Sofia et disponible à la Librairie des Editions de l’Age d’Homme à Paris.
Notes :
(1) Kellion : habitation monastique. Il s’agit d’une ferme isolée qui comprend un ensemble de bâtiments divers, une église, et des terres arables plus ou moins étendues (définition extraite de « Le mont Athos, Merveille du Christianisme byzantin » par André Paléologue).
(2) Cette hymne est attribuée à saint Cosmas de Maïouma.
(3) Il s’agit de la partie du pain prélevée et bénie en l’honneur de la Toute Sainte et consommée par des moines. Cette élévation de la Panaghia se fait dans les monastères à la fin du repas.