« …comme un époux d’une chambre nuptiale… »

publicat in Varia pe 12 Avril 2014, 05:58

Le mot Pâques signifie que l’on passe du non-être à l’être, de l’enfer au ciel, de la mort et de la corruption à l’immortalité. On sait qu’en hébreu peschah signifie passage.

Et ce passage se fait en Christ, puisqu’en Lui s’unissent à jamais, communiquent, s’interpénètrent « énergiquement » l’humain et le divin, le ciel de la présence divine et la terre des hommes. « Notre Pâques, c’est le Christ » (1 Cor. 5, 7).

Le thème solaire – véritable « soleil de minuit » « translumineux » – souligne l’irrésistible invasion de la lumière, au sens johannique : « Du sépulcre s’est levé sur nous, splendide, le Soleil de justice ». Et : « C’est le Soleil antérieur au soleil » qui surgit du tombeau.

Qu’elle est sainte, cette nuit rédemptrice, elle qui nous apporte le jour splendide de la Résurrection, où la lumière éternelle sort corporellement du tombeau.

Ainsi le tombeau se transforme en chambre nuptiale ; le Ressuscité est l’époux, celui qui vient, qui est attendu dans la crainte et le tremblement depuis le début de la semaine. Par le jugement des jugements dont parle Saint Maxime le Confesseur, le Juge, parce qu’il a accepté, lui, l’innocent, de devenir le condamné, le damné, le Juge se révèle l’Epoux à ceux qui L’accueillent dans le repentir et la gratitude.

Cierges à la main, allons au-devant du Christ qui sort du tombeau comme au-devant de l’Epoux…

Ressuscitant, Tu sors du tombeau comme d’une chambre nuptiale… 

Toute l’histoire du Salut pourrait être décrite dans un drame d’amour, comme un immense Cantique des cantiques : mais c’est moins la fiancée qui cherche le fiancé que le Dieu fidèle qui cherche son peuple adultère, qui cherche l’humanité qui s’est détournée de Lui, pour lui parler au cœur et lui rendre son premier amour (Osée 2, 16-17).

A Pâques, les épousailles sont consommées. Dans le Ressuscité, c’est l’humanité toute entière et le cosmos qui se trouvent secrètement recréés, transfigurés. Dans son hypostase divine, donc parfaite, et pour laquelle rien d’extérieur ne peut exister, le Christ, par une communion sans limite, assume tout l’être créé et l’entraîne dans sa Résurrection.

En ressuscitant du tombeau, Tu as ressuscité avec Toi Adam et tout le genre humain.

En Christ toujours vivant et présent dans l’Esprit, chacun de nous meurt et ressuscite :

Hier, j’étais enseveli avec Toi, ô Christ ; aujourd’hui je me réveille avec Toi, ô Ressuscité ; Sauveur, glorifie-moi avec Toi dans ton Royaume.

La Résurrection a une portée cosmique, car le corps englobe secrètement le cosmos entier. C’est pourquoi l’univers est appelé à se réjouir après avoir tremblé d’une horreur sacrée devant la Passion et l’ensevelissement de son Créateur…

Que tout l’univers soit en fête, toute la terre… car Il est ressuscité, le Christ, joie éternelle !

Olivier Clément, « La célébration pascale »