publicat in Synaxaire pe 15 Juin 2013, 10:25
Depuis un peu plus de mille deux cents ans, le dimanche suivant le sept novembre, dans un petit village d’Alsace, nommé Niederhaslach, situé à quarante kilomètres de Strasbourg et aux frontières de la Lorraine, les cloches carillonnent à toute volée. Les rues grouillent d’une foule inhabituelle de pèlerins venus de toute la région. On remarque les casques étincelants des pompiers et un cortège de personnalités en grande tenue, maires en tête. La fanfare, derrière la magnifique châsse contenant les reliques de saint Florent, fait le tour de la cité en fête, suivie par les fidèles et les congrégations portant des bannières aux couleurs éclatantes.
Mais qui est donc ce saint Florent, attirant au cours des siècles des cohortes de pèlerins ? Dans les Vosges et en Alsace, les cultivateurs, les forestiers, les amis des animaux le vénèrent tout particulièrement, ainsi que tous ceux qui aspirent à se retirer loin du monde dans la prière et la pauvreté.
Sa naissance en Irlande, le prédispose pourtant à la vie de cour, dans la richesse et les honneurs. Certains prétendent qu’il est de sang royal. Un pieux et savant chartreux, Laurent Surius, nous assure que ses parents mènent une vie édifiante et, grâce à leur exemple, la foi de Florent se manifeste dès son enfance. En grandissant, il n’hésite pas à traiter durement son corps. Il observe une abstinence totale et continuelle, multiplie les jeûnes, pratique la charité, bien sûr, et méprise honneurs et richesse. Bientôt, il se montre désireux de se retirer dans un endroit désert, loin des tentations du monde. Pour cela il quitte l’île des saints (un surnom de l’Irlande), entreprend un voyage long et assez pénible à travers plusieurs pays… avant de se fixer en Alsace vers 664, dans un petit ermitage où il pourra vivre très pauvre et très humble à l’imitation du Seigneur.
Il s’installe donc dans une petite vallée au pied du Ringelberg, non loin du ruisseau de Hasel. C’est à Oberhaslach, tout près de la vallée de la Bruche et non loin de la Lorraine. Son oratoire subsiste encore au 21ème siècle. Saint Florent est arrivé dans la région en même temps que saint Arbogast et saint Fidèle. Le premier deviendra bientôt évêque de Strasbourg et le deuxième, archidiacre. Il ne sort de sa cellule que pour œuvrer au salut des âmes et, comme lui, plusieurs anachorètes vivent dans des endroits retirés dans les montagnes et les forêts voisines.
Pour subsister, il défriche une parcelle du terrain entourant sa cellule mais, hélas, les bêtes sauvages viennent dévorer les jeunes pousses : impossible de récolter le moindre légume ! Alors il a l’idée de planter quatre poteaux aux coins du champ et il demande au Seigneur d’interdire aux animaux de toucher à son potager. Il est exaucé !!! Et bientôt les bêtes de la forêt prennent l’habitude de se regrouper sagement près de son ermitage. On y voit non seulement la belette, le renard, le lièvre mais aussi le sanglier, la biche, le cerf et même l’ours. (Ils sont peints sur des ex-votos) Si bien que les officiers du roi Dagobert II, envoyés à la chasse par leur maître qui réside dans son palais de Kirchheim, rentrent bredouilles. Ils ont trouvé la forêt déserte !!! Par contre, autour de la cabane de Florent, ils ont vu une multitude d’animaux sauvages immobiles. Le roi les envoie quérir Florent qui arrive au palais monté sur un âne. Il aperçoit Rathilde, la fille de Dagobert qui est non seulement aveugle, mais aussi sourde et muette. Grâce aux prières du saint la jeune fille est guérie et elle proclame devant toute la cour que ce miracle est dû à son intercession. En reconnaissance, son père décide d’offrir à Florent tout le territoire que sa monture pourra parcourir pendant qu’il prendra son bain. L’âne se met à galoper deux fois plus vite qu’un cheval, sous ses sabots jaillissent des étincelles : il va être possible de faire bâtir un monastère près de l’ermitage, le grand domaine offert par le monarque comprendra des métairies, des forêts, des vignes, des champs et des prés, bref toute la vallée exemptée de servitudes… Ceci est attesté par les historiens. (P. Lecointe, annales Ecclesiastici francorum tom. 3)
La réputation de sainteté de Florent se répand dans toute la région car il est très actif dans le combat contre l’idolâtrie renaissant parfois de ses cendres. A ses vertus, ses dons de thaumaturge et son ascendant sur les animaux il ajoute la protection de toute la région : le Seigneur exauce ses prières quand la population de la vallée risque d’être opprimée et Il punit les malfaiteurs en les frappant de la peste ou en leur faisant subir des blessures. Il en est ainsi d’un certain Anselme, chef de brigands, qui n’obtient la guérison qu’après avoir promis de s’amender.
Arbogast, évêque de Strasbourg et ami de Florent, naît au Ciel, il faut lui trouver un successeur. Après le refus de saint Wilfrid, on insiste pour que Florent accepte cette lourde charge. Il sera non seulement un saint évêque mais il va s’occuper de la formation du clergé, soucieux de le rendre davantage religieux et savant. Ses travaux lui ont mérité le nom de « nouvel apôtre de l’Alsace ». De nouveaux moines arrivent d’Ecosse et d’Irlande attirés par la piété qui fleurit grâce au combat incessant mené contre la licence des mœurs et les désordres.
Saint Florent fait bâtir, hors les murs de la ville un hospice et une église dédiée à saint Thomas. L’hospice devient plus tard un monastère puis un chapitre de chanoines accueillant des nobles d’Alsace dont plusieurs seront à leur tour évêques de Strasbourg. Après environ quinze années d’épiscopat, Florent est averti du moment de sa mort. Il réunit son clergé pour lui faire d’ultimes recommandations et entre dans la joie de son Seigneur, le sept novembre, d’après les anciens martyrologes, bréviaires et calendriers.
Il est d’abord enterré à saint Thomas puis son corps est transféré à l’abbaye de Haslach, à l’initiative de l’évêque Rachio en 810. A cette occasion ont lieu plusieurs miracles, en particulier la guérison d’un jeune paralytique. Le corps de saint Florent est découvert entier à deux reprises : en octobre 1143 et en 1355 en présence de l’empereur Charles IV et de deux évêques. Il est invoqué comme protecteur des animaux domestiques. En 1790 une paroisse a fait vœu de se rendre chaque année en procession à Haslach car une épizootie décimant le bétail a cessé grâce à l’intercession de Florent. Dans la chapelle bâtie à l’emplacement de son ermitage sont accrochés de nombreux ex votos témoignant de la reconnaissance des propriétaires de vaches, chevaux ou moutons sauvés grâce à lui. Mais les animaux domestiques ne sont pas les seuls à bénéficier de ses prières, les enfants énurésiques n’hésitent pas à tirer la corde d’une cloche au fond de la chapelle pour être guéris. Les malades aussi ont recours à lui :
(Dévotionnaire du 18ème siècle)
Le pèlerinage à Niederhaslach a débuté au 9ème siècle, dès le transfert des reliques de Saint Florent. Au 13ème siècle on a même dû construire une hôtellerie pour héberger les pèlerins. Après une baisse de fréquentation à certaines époques, notamment pendant la Révolution, le Saint est encore célébré aujourd’hui avec éclat et ferveur. On peut également aller se recueillir dans la chapelle située à Oberhaslach, sur l’emplacement de l’ermitage. Elle est entourée de verdure et une statue de Saint Florent surplombe une source toute proche, et de là on domine le petit village.
Le prénom de Florent est encore répandu en Alsace et dans les Vosges et si par chance, le pèlerin aperçoit biche, renard ou fouine dans la forêt toute proche, pas de doute, le saint ermite lui fait un signe !
Prie le Seigneur pour nous, saint évêque au cœur si tendre !!!