Ajouté le: 5 Mars 2013 L'heure: 15:14

Authenticite, integrite et veracite historiques des Evangiles (V)

5E PARTIE

Authenticite, integrite et veracite historiques des Evangiles (V)

Cette divergence concernant les écrits canoniques du Nouveau Testament d’un patriarcat à un autre, évoquée dans la 4e partie de cet exposé, s’explique aisément. Les trois premiers siècles de persécution que subit l’Eglise la privèrent partiellement de sa liberté de contrôle. De plus, le christianisme s’était établi dans plusieurs régions avant qu’aucun écrit du Nouveau Testament n’ait fait l’objet d’une parution. Les premières Epîtres que rédigèrent les Apôtres furent adressées aux Eglises. Ordinairement, elles portaient leur adresse, mais sur quelques‑unes il n’y en avait pas et elles semblaient concerner toute la chrétienté ; d’autres n’avaient aucune indication précise ; plusieurs, enfin, étaient des lettres privées. Ces trois dernières catégories d’Epîtres, ne pouvant invoquer une attestation d’origine semblable à celle que produisaient les destinataires des premières, eurent beaucoup de peine, malgré le respect et l’autorité dont elles jouissaient généralement, à se faire admettre dans le Canon traditionnel. De là, cette distinction entre les livres protocanoniques (admis en premier lieu dans le Canon des Saintes Ecritures) et les livres deutérocanoniques (admis en dernier lieu).

Chaque communauté ou église qui reçut un écrit composé pour elle, fut un premier témoin de l’origine de cet écrit. Quelquefois, en bas d’une lettre dictée, l’Apôtre ajouta quelques mots de sa main, à l’exemple de saint Paul, comme signe d’authenticité : « La salutation est de ma main, à moi Paul. Je signe ainsi chaque lettre : c’est mon écriture »1. Souvent il y formulait les titres en vertu desquels il écrivait, et le nom de celui dont il avait reçu autorité : « Paul, serviteur de Jésus‑Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu »2 ; « Paul, apôtre du Christ Jésus, selon l’ordre de Dieu notre Sauveur et du Christ Jésus notre espérance »3, ou plus simplement : « Pierre, apôtre de Jésus‑Christ »4.

Le titre d’apôtre impliquait la sacralité de la mission de l’écrivain, le caractère de sa charge. Dès lors, l’Epître devait être regardée comme un rescrit officiel de l’ordre spirituel.

L’Epître ou lettre était souvent confiée à un collaborateur choisi pour être transmise à telle chrétienté. Le destinataire était alors précisé : « Aux élus qui vivent en étrangers dans la dispersion, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie »4 ; « A Timothée, mon véritable enfant dans la foi »3 ; aux Philippiens ; aux Corinthiens ; aux Galates, aux Ephésiens.

Quelquefois, l’Epître ne franchissait pas les limites de la communauté à qui elle était expédiée. Si une autre Eglise en demandait communication, cette dernière recevait, en même temps que l’écrit, le témoignage de celle qui l’avait eu la première, de sorte que chaque acceptation était une nouvelle preuve d’authenticité qui confirmait la tradition primitive.

En outre, par respect pour la parole de l’Apôtre, et afin de célébrer plus dignement les saints mystères par un renouvellement de foi, l’Epître était incorporée dans la liturgie. La lecture solennelle et régulière en était faite dans les assemblées, renseigne saint Justin5, de manière que toutes les Eglises qui possédaient ces textes apostoliques certifiaient, chacune pour sa part, de leur authenticité. La lecture de l’Evangile avait pour but de perpétuer la Parole du Christ, et celle de l’Epître remplaçait la parole vivante de ses Envoyés.

L’Eglise de cette époque ne se bornait pas à enseigner vaguement ce que contenaient les Evangiles ou les Epîtres. Elle citait le nom de l’Evangéliste et de l’Apôtre : Evangile selon saint Luc, Epître de saint Paul aux Romains, etc. L’annonce du nom de l’Apôtre dont la parole allait être entendue éveillait la foi du lecteur et des assistants. La lecture régulière des écrits laissés par les Apôtres aux Eglises qu’ils avaient fondées et l’insertion subséquente qui en était faite dans le Canon des autres Eglises, rendaient manifeste et irrécusable la certitude de la tradition.

Le respect qui fut accordé aux titres inscrits en tête des livres canoniques et l’importance qui y fut attaché, se révélèrent dans le zèle déployé contre l’abus des faux titres, informe Tertullien6. L’Eglise, dès le 2e siècle, fut inondée d’Evangiles et d’Actes supposés. La lecture en fut expressément défendue aux fidèles. Sa fermeté, à cet égard, fut une garantie de son témoignage en faveur des écrits canoniques.

Tel écrit portait‑il le nom d’un Apôtre ? A quelle Eglise était‑il adressé d’abord ? Par quel intermédiaire ? Quand, dans quel lieu, par quel successeur d’Apôtre était‑il accrédité ? A quelle Eglise et comment était‑il transmis ? Telle était la base de l’examen pour l’admission de chacun des livres du Nouveau Testament au Canon, dont la clôture définitive remonte au 4e siècle. Pour l’Eglise latine, la liste de tous les livres du Nouveau Testament actuel fut incluse dans le décret de Damase, issu du synode de Rome en 382. L’adoption de la liste longue du canon des livres de l’Ancien Testament fut confirmée par les conciles de Carthage de 397 et de 419. En ce qui concerne l’Eglise orthodoxe, elle accepta l’intégralité du canon occidental au concile in Trullo en 692.

Tout écrit, qui n’offrait aucune garantie certaine de telle ou telle Eglise apostolique et qui n’avait pas été admis et conservé dès le commencement dans les archives chrétiennes, était réprouvé pour toujours. Par la sévère application de ces principes étaient écartés tous les livres qui, quoique parfaitement orthodoxes, comme les écrits de saint Ignace7, de saint Polycarpe8 n’étaient pas de source apostolique. Furent aussi démasqués et condamnés tous les livres hérétiques qui tendaient à altérer ou à falsifier les Saintes Ecritures. Grâce à la rigide observation de ces règles, la sûreté et la stabilité du Canon a été fait, maintenu et garanti de toute intrusion.

La question relative à l’intégrité des livres canoniques du Nouveau Testament peut se résumer en quelques mots. Pour plus de clarté, il est nécessaire de distinguer l’intégrité matérielle de l’intégrité dogmatique.

Qu’il y ait des variantes et même des divergences plus ou moins notables dans les copies des originaux et dans les traductions, cela n’a rien d’étonnant. En effet, quelle que peut être la vénération des copistes chrétiens pour les Saintes Ecritures, il est impossible qu’aucune altération ne se glissa dans la transcription du texte, surtout dans les exemplaires ordinaires à l’usage des particuliers.

Une critique malhabile n’a pas épargné les copistes et traducteurs. Pourtant, jamais aucun livre n’a atteint et n’atteindra l’immense publicité des Ecrits canoniques. C’est en effet par milliers qu’on compte les copies des originaux et les traductions de ces copies pour l’usage des diverses Eglises. La propagation prodigieuse de ces écrits dans les parties du monde connu, l’imperfection des moyens employés, l’inadvertance des copistes, la traduction qui, plus tard, sera faite en toute langue et en tout idiome, la nature même de la diction grecque contenant des hébraïsmes, des solécismes, des anomalies et même de la rudesse, la multiplicité des annotations, les prétentions des correcteurs et, enfin, les tentatives des hérétiques ont produit une infinité de variantes. L’intégrité matérielle ou critique en a souffert ; celle‑ci a été peu à peu restaurée grâce à d’éminents biblistes.

Mais l’intégrité dogmatique n’a subi, quant à elle, aucun échec. Au contraire, cette multiplicité de versions, en propageant les vices de forme, a abouti à l’unité de fond. En effet, les livres du Nouveau Testament ont un caractère et un but dogmatiques. La mesure d’exactitude nécessaire à la conservation de leur texte est celle qui suffit pour que leur but soit atteint. Dès lors que leur contenu n’est pas altéré dans sa substance, leur autorité est sauve. Or, l’histoire religieuse prouve que l’Eglise a toujours veillé sur ce précieux dépôt.

D’abord, le Nouveau Testament a toujours formé une partie réglée et intégrante du service liturgique. Par l’introduction de cet usage, qui date de l’époque des premiers disciples des Apôtres, les évêques se sont proposés surtout de maintenir l’esprit de foi, de conserver la tradition reçue, de lui rendre témoignage, de la garantir contre les falsifications et de la transmettre pure et intacte à ceux qui doivent leur succéder. Chacun de ces évêques, dans les assemblées chrétiennes et durant la célébration des saints mystères, initiant les fidèles à la connaissance des Evangiles et des Epîtres, est devenu la vivante image de l’Apôtre qu’il remplace. Le successeur prend à tâche de s’effacer sous l’auréole du fondateur apostolique. Le chef de chaque Eglise ajoute une allocution, afin d’imprimer plus fortement dans l’âme de ses auditeurs la parole qu’ils viennent d’entendre et de les amener à en faire l’application. Jamais parmi les évêques ordonnés et envoyés par les disciples du Christ, aucun ne s’est glorifié d’avoir une mission et une autorité égales à la mission et à l’autorité des Apôtres. Leur unique prétention et le seul but de leurs travaux sont de faire accepter, aimer et pratiquer les enseignements du Christ, transmis par ses Envoyés.

Il en est de même pour les catéchumènes. L’Eglise primitive recommandait toujours de prendre les preuves des dogmes dans les Saintes Ecritures. L’exposition détaillée de ces dogmes était souvent fondue avec l’explication des passages des Ecritures relatifs au sujet. L’emploi habituel des textes sacrés n’était pas moins important lorsqu’il s’agissait de défendre ou de conserver intacte la tradition de la foi, ou de pénétrer plus profondément dans la théologie chrétienne. Dès lors, si le Nouveau Testament devait disparaître un jour, on pourrait certainement le recomposer à partir des écrits des Pères et des Docteurs de l’Eglise, où l’on ne voit, pour ainsi dire, pas de modifications essentielles. Cet usage s’appuie sur le principe disant que la vraie connaissance de Dieu et la science du salut ont en Jésus‑Christ leur source et leur plénitude9.

Certes Jésus n’a rien écrit ; nous connaissons son enseignement par les témoignages des Apôtres. Convaincue qu’elle a reçu en dépôt tout l’enseignement du Maître par l’intermédiaire de ses disciples, l’Eglise a estimé ne pas avoir le droit d’ajouter quoi que ce soit à ce premier fonds. Aussi, elle veille, dès les premiers temps, à transmettre l’héritage de ses fondateurs et à le préserver soigneusement de toute innovation. Cette idée fondamentale s’est maintenue dans la suite des âges et, encore maintenant, l’Eglise professe une entière soumission aux oracles des Apôtres. Les pasteurs, chargés de l’enseignement et de l’explication des écrits canoniques, n’inculquent au peuple chrétien que ce que Jésus‑Christ a enseigné et ce que ses disciples ont témoigné sur sa doctrine. C’est ainsi que l’enseignement de la tradition préserve l’enseignement évangélique, en même temps que ce dernier garantit le dépôt traditionnel.

(a suivre)

Diacre Jean‑Paul Lefebvre‑Filleau

Notes :

1. 2 Th. 3, 17, T.O.B.
2. Rm 1, 1, T.O.B.
3. Tm 1, 1, T.O.B.
4. 1 P 1, 1, T.O.B.
5. JUSTIN de Naplouse, saint (100‑168), également connu comme JUSTIN le Martyr ou JUSTIN le Philosophe, apologète et martyr chrétien, né à Flavia Neapolis (actuelle Naplouse); Apologie 1, 67.
6. cf « Contre Marcion », Tertullien, livre 5, chap. 17, Ed. du Cerf, Paris, 2004. TERTULLIEN, en latin Quintus Septimus Florens TERTULLIANUS (150‑240), écrivain chrétien de langue latine. Théologien, Père de l’Eglise et auteur prolifique, il fut une figure emblématique de la communauté de Carthage et eut une forte influence dans l’Occident chrétien. A la fin de sa vie, il rejoignit le mouvement hérétique montaniste.
7. IGNACE D’ANTIOCHE (35‑107) d’origine syrienne, fut le troisième évêque d’Antioche, après saint Pierre et Evode, à qui Ignace a succédé vers 68. Il a probablement été un disciple des apôtres Pierre et Jean. Plusieurs de ses lettres nous sont parvenues. Il est l’un des Pères apostoliques (les premiers des Pères de l’Église).
8. POLYCARPE, saint, né vers 69 ou 89 et mort en 155 ou 167. Evêque de Smyrne, aujourd’hui Izmir en Asie Mineure.
9. cf « Stromates », Clément d’Alexandrie, livre 7, chap.16, Ed. du Cerf, Paris, 1997 ; cf « Œuvres de Tertullien », traduites par Eugène – Antoine de Genoude, t. 2 : « Les prescriptions contre les hérétiques », paragraphes 9, 19 à 20, Ed. Louis Vivès, Paris, 1852 ; Saint Irénée de Lyon, « Traité contre les Hérésies », livre 3, 1e partie : 1 – Témoignage globale des Ecritures sur l’unique vrai Dieu ; 4 – Notations complémentaires ; livre 4, troisième partie : Un seul Dieu auteur des deux Testaments, prouvé par les paraboles du Christ, Irénée de Lyon, http://livres‑mystiques.com/partieTEXTES/StIrenee/irenee_de_lyon.htm

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