Ajouté le: 8 Décembre 2012 L'heure: 15:14

Justes Ancêtres du Seigneur[1] (II)

Le 9 décembre l’Eglise célèbre la conception de la Mère de Dieu par les saints et justes Ancêtres du Seigneur Joachim et Anne.

Justes Ancêtres du Seigneur[1] (II)

On peut affirmer que le couple de St Joachim et de Ste Anne, en se retirant chacun à part pour jeûner et prier avant de s’unir pour engendrer la Vierge Marie, rompt véritablement avec la loi de la procréation corrompue par la chute – l’état ontologique hérité d’Adam. Il va ouvrir la voie du retour à l’amour dépourvu de passion charnelle.

St Maxime le Confesseur, dans « Questions à Thalassios », montre que lors de la création de l’homme, il n’y avait ni jouissance ni souffrance mais une énergie noétique dirigée vers le plaisir par lequel Adam pouvait jouir de Dieu d’une manière ineffable : désir naturel du noûs pour Dieu. Cet élan s’est inversé par la désobéissance d’Adam et Eve, se dirigeant vers les plaisir des sens – ce qui a engendré la souffrance2.

Après cette quarantaine au désert, chacun des Justes Ancêtres du Seigneur va pouvoir retrouver l’autre et l’accueillir, afin de faire une seule chair avec lui dans un état de prière, c’est‑à‑dire devant Dieu, en Lui, et avec Lui, dirigé vers Lui: bénédiction qui répandra la grâce sur l’union des corps, mais aussi sur la communion spirituelle de deux hypostases, et dont le fruit sera la conception d’une autre vie.

Il est remarquable que ce couple des Justes Ancêtres du Seigneur soit le patron des couples. Modèles du mariage véritable, il est fréquent d’en offrir une icône aux nouveaux époux.

En Chypre, et aussi dans certaines régions de Grèce, même de nos jours, il existe encore une tradition qui permet de retrouver le sens de cette union originelle des époux. Après l’office de mariage, chacun des époux se retire, soit dans sa famille soit dans un monastère, pendant une semaine, avant de vivre ensemble. Pour se préparer. L’homme de notre époque, même Chrétien, pourra se demander à quoi ? Car les fiançailles sont déjà un temps d’attente et de préparation. On pourra lui répondre qu’avant de communier, de s’unir au Christ, l’Eglise demande à chaque fois, une préparation par l’office d’usage et la confession. « Un des leitmotivs constants de Saint Paul, était que Dieu ne vit pas dans des „temples faits par l’homme”, mais que „nos corps sont le temple de l’Esprit Saint”. Quand, dans le mariage, un homme et une femme deviennent une seule chair, si tous deux sont membres du Corps du Christ, leur union est scellée par l’Esprit Saint vivant en chacun d’eux. »3 Il n’est pas superflu de rappeler que la fondation d’un foyer est celle d’une église – dans le sens premier de ce terme. Amour trinitaire couronné par les enfants. Et s’il n’y en a pas, cet Amour reste trinitaire puisqu’il est en Dieu Trinité‑Amour.

Sagesse de cette tradition qui sait la valeur et la force d’un tel retrait, mais surtout son sens. L’ardeur de l’amour sera recentrée sur l’Essentiel et en recevra au centuple. Beaucoup en lisant ces lignes hausseront les épaules et jugeront cette manière d’entrer dans le mariage ridicule, car notre époque est celle de la magnification du plaisir sous toutes ses formes et de sa consommation précipitée.

Déjà, la déchristianisation profonde de notre société empêche le cas échéant, la plupart des fiancés ou simplement des amoureux, de saisir pourquoi il leur serait bénéfique d’aller trouver un prêtre pour en recevoir la bénédiction avant de se mettre en ménage. Le sens de cette démarche leur échappe car ils la prennent dans un sens moral et non ontologique. Il ne s’agit pas de se mettre en règle mais de recevoir une grâce.

Par leur intégrité, St Joachim et Ste Anne ont pu donner au monde celle qui sera la Porte de son Salut. Sans exagérer, on peut dire que leur procréation a été un acte liturgique : action de grâce envers le Créateur.

L’Eglise orthodoxe témoigne de la beauté de tout offrir, tout consacrer, tout faire avec Dieu, par Lui et en Lui. Il n’est que de voir le clergé au sanctuaire pendant la Liturgie. Tout est béni par le signe de la Croix ou par le baiser, signe de la vénération dans l’amour.

Toute la vie du Chrétien dans son quotidien au cœur du monde peut être liturgique. Devrait l’être. Sinon il se prive de la transcendance. Le plus grand des privilèges, car la source de la Vie véritable.

Anne Monney

Notes :

1. Voir Apostolia précédent soit le numéro de septembre 2012.
2. Voir Apostolia n’ 42 « La relation de la dualité de la jouissance et de la souffrance » Evêque Hierotheos .Vlachos de Nafpaktos
3. « LE MARIAGE dans la perspective orthodoxe » Jean Meyendorff

Justes Ancêtres du Seigneur[1] (II)

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