Ajouté le: 10 Novembre 2012 L'heure: 15:14

Dixieme anniversaire de l’entrée du monastére de Cantauque dans l’Eglise Orthodoxe

Le 11 novembre 2002, en la solennité de Saint Martin de Tours, Mgr Joseph, accompagné de Mgr Silouane, recevait notre communauté monastique dans l’Eglise Orthodoxe et, par la même occasion, l’érigeait en monastère canonique de la Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale. De ce double événement, il n’est peut être pas inutile, au moins pour quelques uns de nos lecteurs, d’en dire un mot.

Dixieme anniversaire de l’entrée du monastére de Cantauque dans l’Eglise Orthodoxe

EN TERRE SAINTE

Notre communauté monastique a une longue histoire et même une préhistoire qu’il serait impossible de raconter maintenant. Qu’il nous suffise de mentionner brièvement le contexte qui nous a amené à rejoindre l’Eglise Orthodoxe.

Je rappellerai d’abord que notre communauté vivait depuis plus de 20 ans, de 1980 à 2001, en Terre Sainte, au Monastère Saint Jean du Désert.1 Ce monastère avait été pour notre communauté un lieu extraordinaire que Dieu avait mis à notre disposition d’une manière non moins extraordinaire, pour ne pas dire miraculeuse. C’est au cours de ces nombreuses années, dans le désert de l’enfance du Saint Précurseur, que Dieu a façonné notre communauté. A Saint Jean du Désert nous vivions, en effet, dans une proximité toute particulière avec la Parole de Dieu, tant de l’Ancien Testament que du Nouveau. Une multitude de lieux de ce pays ne cessaient d’évoquer la vie terrestre de Notre Seigneur Jésus Christ.

Vivre en Terre Sainte c’était aussi vivre au carrefour de diverses religions : du judaïsme d’abord, témoin de nos racines chrétiennes ; de l’islam ensuite, le plus grand défi que le christianisme n’ai jamais eu à affronter depuis 13 siècles ; enfin des différentes traditions chrétiennes (Copte, Ethiopienne, Syriaque, Arménienne...) qui se sont constituées au cours de l’histoire de l’Eglise. Pourtant, de ce lieu, ô combien enrichissant et formateur ! Dieu nous a arrachés pour nous ramener en France et nous planter en ce Domaine de Cantauque.

UNE EPREUVE PROVIDENTIELLE

Pour faire court, disons que notre départ de Terre Sainte fut essentiellement le résultat d’un long conflit entre, d’une part, le Patriarche Grec Melkite Catholique, Maximos V,2 qui était notre supérieur hiérarchique, et, d’autre part, le Cardinal Lustiger de Paris, responsable des Orientaux Catholiques en France. Rappelons, au passage, que nous ne fûmes pas les seuls à faire les frais de ce conflit puisque les moniales de la Résurrection furent contraintes, avant nous, d’abandonner leur monastère d’Aubazine pour se replier, elles aussi, dans le département de l’Aude, au Monastère du Buisson Ardent.

L’abandon de notre Monastère fut une épreuve douloureuse mais aussi une épreuve libératrice. Ce fut l’occasion de prendre conscience du caractère ambigü de notre statut ecclésial et de l’impossibilité de le garder plus longtemps, et cela malgré toute l’estime que nos hiérarques avaient pour nous et nous pour eux. Nous avions rejoint l’Eglise Grecque Catholique pour accéder à la tradition orthodoxe, tradition qui nous était maintenant interdite. En France la hiérarchie catholique ne nous laissait d’autre choix que la dispersion ou l’adoption de la liturgie catholique romaine, ce qui fut la cause de la division de notre communauté. Cette épreuve fut plus douloureuse encore que la perte du Monastère Saint Jean du Désert. Une partie des frères s’installa au Liban pour demeurer dans l’Eglise Grecque Catholique, les autres s’installèrent en France, à Cantauque, convaincus que ce qui arrivait à notre communauté était, en définitive, providentiel et qu’ils devaient s’engager résolument dans la voie qui s’ouvrait à eux.

UNE COMMUNAUTE PROCHE DE L’EGLISE ORTHODOXE

L’Eglise Orthodoxe nous avions eu l’occasion de bien la connaître pour avoir toujours entretenu avec les communautés orthodoxes de Terre Sainte des relations très amicales, surtout avec les Russes et les Roumains (beaucoup moins avec les Grecs, il est vrai). La Mission de l’Eglise Orthodoxe Roumaine à Jérusalem, par exemple, nous était un lieu familier et les différents responsables qui l’occupèrent durant les 20 années de notre présence en Terre Sainte furent tous de nos amis. Mais c’est aussi par les très nombreux pèlerins orthodoxes : évêques, prêtres, moines, moniales, laïcs, qui visitaient Saint Jean du Désert, que nous avons établi des liens étroits avec l’Eglise Orthodoxe. Certains d’entre eux, y compris des évêques, ou devenus par la suite évêques, firent des séjours dans notre monastère. Mgr Séraphim Joantă, par exemple, fut de ceux‑là. Avec lui nous visitâmes les monastères coptes d’Egypte. Mgr Séraphim nous avait aussi envoyé deux de ses fils spirituels, séminaristes : Nicu Voinea, aujourd’hui recteur d’une paroisse roumaine à Rome, qui séjourna une année entière au Monastère Saint Jean, et Liviu Tunaru, aujourd’hui évêque Jean Cassien au Canada qui, lui, demeura deux années avec nous.

C’est pourquoi, en rejoignant l’Eglise Orthodoxe en 2002, nous n’avions pas du tout l’impression d’aborder en terre inconnue.

LE CHOIX DE LA METROPOLE ROUMAINE

Rejoindre l’Eglise Orthodoxe signifiait nous agréger à une juridiction particulière de cette Eglise. En France nous n’avions, en théorie, que l’embarras du choix. Bien que ce fut avec l’Eglise roumaine que nous avions toujours eu le plus de relations, ce n’est pas vers elle que nous nous sommes d’abord tournés, mais vers le Patriarcat Œcuménique. Nos usages liturgiques étaient plutôt grecs et nous pensions que c’était aux Grecs que nous devions plutôt nous adresser. Mais, pour le représentant en France du Patriarcat Œcuménique, nous recevoir dans cette juridiction se révélait très délicat ;  aussi nous fit‑il savoir que nous ferions peut être mieux d’envisager la juridiction roumaine. La suggestion n’était pas pour nous déplaire, d’autant plus que nous ne désirions pas créer de nouveaux incidents diplomatiques.

Il se trouvait justement que celui qui était à la tête de l’Eparchie roumaine de France, Mgr Joseph, n’était autre que le séminariste Ilie Pop qui nous avait visités quelques années plus tôt à Cantauque, accompagné de Ciprian Şpan, aujourd’hui Mgr Silouane. La réponse bienveillante et généreuse que fit Mgr Joseph à notre demande nous épargna probablement bien des démarches fastidieuses. Désormais nous n’avions plus rien à redouter, notre communauté monastique pouvait être reçue, telle qu’elle était, dans la communion orthodoxe, et cela sans rien devoir modifier de ses usages. La confiance que nous faisait Mgr Joseph était la meilleure garantie pour que nous puissions reprendre paisiblement notre vie monastique. Encore une fois Dieu avait tout disposé d’une manière merveilleuse.

LE MONASTERE DE LA THEOTOKOS ET DE SAINT MARTIN DE TOURS

Lors de son acquisition en 1977 par la Communauté de la Théophanie,3 le Domaine de Cantauque4 avait été placé sous la Protection de la Très Sainte Mère de Dieu, ou Théotokos, commémorée tout spécialement le 25 mars en la fête de l’Annonciation. Le choix de ce patronage s’était fait, à l’époque, dans des circonstances très étonnantes que nous avions cru pouvoir interpréter comme une indication du Ciel. Je demandais donc à Mgr Joseph de pouvoir garder ce patronage pour le monastère nouvellement érigé. Je proposais aussi, au dernier moment, d’y rajouter le patronage de Saint Martin de Tours, ce qui était une manière de signifier notre désir de nous relier à la tradition patristique et monastique occidentale. En effet, notre Monastère à Cantauque n’a pas vocation à être grec, roumain ou russe, mais bien plutôt à assumer, autant qu’il se peut, l’héritage de l’Eglise indivise que nous aimerions voir les chrétiens de ce pays se réapproprier. Sur ce point, comme sur tant d’autres, nous avons la joie de retrouver le même souci chez notre Métropolite Mgr Joseph. Nous savons, en effet, que sa première préoccupation n’est pas de maintenir la culture et la langue roumaine mais bien d’annoncer l’Evangile. C’est pourquoi nous espérons, comme beaucoup, voir un jour la constitution d’un synode de l’Eglise Orthodoxe qui rassemblerait dans une unité canonique tous les fidèles orthodoxes de France, quelque soit leur origine nationale. En attendant il nous est demandé de mener à bien notre conversion et de nous tenir tranquille au milieu de ce monde agité et mauvais. Le Seigneur n’a cessé de prendre soin de nous, il n’y a donc pas lieu de douter qu’il continuera à le faire. Certes, nous voudrions avoir quelque assurance pour l’avenir. Nous aimerions, en particulier, avoir de nouveaux frères. Pour cela, peut‑être faudra‑t‑il encore attendre que le monde perde de son pouvoir de séduction et que nous même témoignions davantage de zèle pour le Seigneur. Je reste plus que jamais convaincu que la vie monastique demeure une voie royale pour celui qui veut suivre le Christ, et je crois aussi que la fidélité des moines à leur vocation est ce qu’ils peuvent apporter de meilleur à l’Eglise.

Christ Notre Dieu affermi la sainte et vrai foi des chrétiens pieux et orthodoxes ainsi que ce saint monastère pour les siècles des siècles. Amen.

Longue et paisible vie à notre Métropolite Joseph.

Longue et paisible vie à notre Evêque Marc.

Longue et paisible vie à tous nos bienfaiteurs et amis qui ont rendu et rendent possible notre présence sur ce Domaine de la Mère de Dieu.

L’archimandrite Jacob, l’higoumène du Monastère de la Théotokos et de Saint Martin de Tours

Notes :

1. Le Monastère Saint Jean du Désert est une propriété de la Custodie franciscaine de Terre Sainte. Il est situé près de Jérusalem dans les environs de Ein Karem, il est bâti sur un lieu considéré par la tradition comme le refuge de Jean Baptiste enfant. Abandonné depuis de nombreuses années il avait été mis à la disposition de notre communauté qui y entreprit d’importants travaux de rénovation.
2. L’Eglise Grecque Melkite Catholique est née d’un schisme dans le Patriarcat d’Antioche au 17ème siècle. Unie à Rome, on la trouve présente dans tout le Moyen Orient. Son Patriarche actuel est sa Béatitude Grégoire III qui fut d’abord Archevêque à Jérusalem durant une vingtaine d’année, jusqu’en 2001.
3. La Communauté de la Théophanie était une communauté catholique, dans les années 70 et 80, regroupant des familles et des célibataires qui célébraient la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome et se vouaient à l’évangélisation.
4. Le Domaine de Cantauque est un domaine agricole et forestier de 140 hectares, situé dans les Corbières Occidentales, proche de la ville de Limoux, dans le département de l’Aude.

Dixieme anniversaire de l’entrée du monastére de Cantauque dans l’Eglise Orthodoxe

Les dernières Nouvelles
mises-à-jour deux fois par semaine

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger