Ajouté le: 9 Novembre 2012 L'heure: 15:14

Mon ame est triste jusqu’a la mort (Mt. 26, 38) (II)

« La tristesse est une gueule de lion qui engloutit celui qui est triste.
Un ver du cœur est la tristesse
qui mange sa mère (l’âme) qui lui a donné naissance. (…)
Celui que les barbares emmènent en esclavage est attaché à des chaînes
et celui qui est l’esclave des passions est attaché par la tristesse.
La tristesse n’a aucun pouvoir si les autres passions sont absentes
de même que les fers en l’absence des prisonniers.
Celui qui est attaché par la tristesse est vaincu par les passions
et porte cette chaîne comme preuve de sa défaite.
Car la tristesse est engendrée par l’insatisfaction des appétits charnels,
et ces appétits sont liés à toutes les passions. (…)
Qui maîtrise ses passions a maîtrisé la tristesse ;
mais qui est vaincu par le plaisir ne pourra échapper à ses chaînes. »

(Evagre le Pontique  – « Le combat contre les pensées ») 

 

Mon ame est triste jusqu’a la mort (Mt. 26, 38) (II)

Chacun de nous a éprouvé et éprouve à certains moments cette tristesse sans nom et sans cause apparente qu’évoque Verlaine dans un quatrain devenu célèbre :

« C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine ! »

De même que les douleurs physiques nous signalent une maladie du corps, cette peine d’ordre moral et spirituel nous signale une maladie de l’âme. Si l’on ignore la cause de ce mal, on ignore aussi son remède, de sorte que le mal, devenu incurable, s’aggrave avec le temps et progresse telle une infection, qui peut détruire ou affaiblir les forces vives de notre âme. Il faut donc déterminer ainsi qu’un médecin la cause de cette détresse intermittente ou constante, qui nous signale toujours un manque, une insatisfaction, une soif inassouvie de notre être intérieur.  Cette soif peut avoir trois sources différentes, suivant « les parties de l’être humain – l’esprit, l’âme et le corps – dont chacune a ses propres besoins. Le besoin se manifeste par la soif. Nous avons par conséquent trois sortes de soifs : la soif du corps – sensuelle, charnelle –, la soif de l’âme, et la soif spirituelle. La première cherche les plaisirs terrestres et sensuels ; la seconde, cherche les biens de cette vie et de ce monde ; la troisième, cherche les biens spirituels, célestes, autrement dit Dieu ou les choses divines. » (St . Théophane le Reclus – « La vie intérieure »).

Ces trois sortes de soifs sont toutes légitimes et conformes à la nature de l’homme, mais leur importance n’est pas la même : la dimension divine de l’homme – l’Esprit qui vient de Dieu et aspire à revenir auprès de Dieu – doit dominer les deux autres parties psychique et charnelle, qui sont humaines. Lorsque cet ordre hiérarchique est déréglé ou inversé, lorsque le corps domine l’âme, et l’âme place sa propre volonté au‑dessus de la volonté de Dieu, l’homme se trouve en état de péché et par son opposition à Dieu, sa volonté devient diabolique : « L’être humain a toujours présentes en lui trois volontés : – divine ; – humaine ; – diabolique. Trois choix, trois tensions qui font qu’il peut être dans trois états : ciel – terre – enfer. De ces trois volontés, la volonté humaine est celle qui choisit, ou bien de s’harmoniser avec la volonté divine : c’est la synergie ; ou bien d’être captée par la volonté diabolique » (Eugraph Kovalevsky – « La quête de l’Esprit »).

Cette tristesse de l’âme sans source définie, qui nous accompagne comme une ombre tout au long de notre existence, cette soif qu’aucune chose de ce monde ne peut assouvir, sont le signe que notre volonté s’est éloignée de celle de Dieu, et qu’elle se trouve sous l’influence ou la domination d’une volonté d’ordre inférieur ou de nature maléfique, venant de l’homme de chair ou de l’adversaire de Dieu. Autrement dit, cette tristesse qui subsiste au fond de notre âme sans cause apparente, incurable par des moyens humains, provient d’un dérèglement de l’ordre hiérarchique entre ces trois sortes de soifs : celle de l’Esprit, qui cherche Dieu, celle de l’âme humaine qui cherche les biens de ce monde et celle du corps qui cherche le plaisir des sens : « J’ai soif ! » Toute sa vie l’homme s’efforce d’étouffer ce cri, sans jamais y parvenir. Pour quelle raison ? Premièrement, parce qu’il ne met pas l’ordre qu’il faut entre ces trois sortes de soifs. Voyez comment les choses se passent : les nécessités sensibles, nous les plaçons au premier plan, elles font l’objet de la plupart de nos soucis ; la place suivante est réservée aux nécessités de notre âme, qui nous préoccupent déjà dans une moindre mesure ; et enfin, la dernière place revient aux besoins de l’esprit, dont on se soucie très peu ou pas du tout , de sorte que l’homme se trouve ainsi, dans une position renversée : il a au‑dessus de lui ce qui devrait être au‑dessous. Voilà pourquoi il est tout aussi impossible d’assouvir la soif d’un tel homme que de remplir un vase placé le fond en haut et l’ouverture en bas »(St. Théophane le Reclus, op. cit.).

Par conséquent, la soif de l’âme et la tristesse qui en résulte, peuvent provenir de deux sources différentes : de nature spirituelle et divine, lorsque l’âme éprouve l’absence de Dieu et aspire à Le retrouver, ou de nature humaine et charnelle, lorsque l’âme cherche les plaisirs et les biens de ce monde. La première provient du regret d’avoir transgressé la volonté de Dieu et contribue à notre salut, la seconde nous attache aux choses périssables et ne peut conduire qu’à la mort : « En effet, la tristesse selon Dieu, produit une repentance qui mène au salut (...), tandis que la tristesse du monde produit la mort » ( 2 Cor. 7, 10).

Mais quelle que soit la source, connue ou non, de notre peine, « nous devons croire avec fermeté que nulle souffrance, nulle tristesse ne s’abat sur nous – pas un seul cheveu ne peut tomber de notre tête – sans la volonté de Dieu. Même si nous sommes toujours enclins à mettre nos malheurs sur le compte de la mauvaise volonté et de la stupidité d’autrui, ils ne sont en vérité que des instruments dans les mains de Dieu. Des instruments destinés à œuvrer en vue de notre salut.

Par conséquent, prends courage et prie notre Seigneur, qui agit sans arrêt en vue de notre salut, en employant dans ce but aussi bien ce que nous appelons bonheur, que ce que nous appelons affliction » (Starets Macaire d’Optina – « Lettres à ses fils spirituels »).

Sans Dieu, la détresse de l’âme, c’est l’enfer, avec Dieu, une voie de salut. La tristesse de l’âme qui s’est détournée de Dieu, est sans remède et conduit, tôt ou tard, au désespoir. Dans ce cas, « la détresse, c’est de l’athéisme », et « l’athéisme est une mort vivante » (St. Nicolas Vélimirovitch –« Le combat pour la foi »). En effet, l’homme qui s’est éloigné de Dieu ne trouvera nulle part une autre source de vie – « sans Dieu la vie n’existe pas » (Starets Thaddée) – et son âme aura toujours faim, privée qu’elle est du « véritable pain venu du ciel » : « Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. (…) Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim et celui qui croit en moi, n’aura jamais soif » ( Jean 6, 33‑35)

Dans la mesure où notre existence terrestre n’est pas la vraie vie, ni le monde notre véritable demeure – « ici, c’est le chemin et le voyage, là‑bas, c’est notre patrie et notre demeure » (St. Tikhon de Zadonsk) –, la tristesse, le chagrin, la souffrance, sont inévitables en ce monde et nous accompagnent tout au long de notre existence. Mais quelles que soient la source de notre détresse et la cause de nos malheurs, nous ne devons jamais oublier que Dieu « sait transformer le mal en instrument du bien » (St. Grégoire de Nysse) et que « l’œuvre la meilleure c’est de s’abandonner à la volonté de Dieu et de supporter les épreuves avec espérance » (St Silouane) : « Vous aurez de l’affliction dans le monde, mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33).

Viorel Ștefăneanu (Paris)

Mon ame est triste jusqu’a la mort (Mt. 26, 38) (II)

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