Sur la veilleuse

publicat in Varia pe 7 Octobre 2012, 05:51

 

l y a beaucoup à apprendre de la vie spirituelle en observant une veilleuse… comme de tout élément de la vie et des gestes de tous les jours. Pour que cette vie ne reste pas « terre à terre », diriger son esprit vers Dieu et que tout y devienne prétexte. Ce sera ainsi une école où apprendre à vivre avec, pour, par Lui.
Et ainsi à demeurer en Lui.

Un Starets de notre époque disait que tout pouvait inspirer.

Au réveil, ouvrir les yeux… sur la création. La regarder et découvrir le Créateur. Prendre sa douche : repenser à son baptême, à son sens au travers de toute la journée.

En se lavant les dents demander à Dieu de purifier sa bouche, sa langue. Et les dents ne peuvent-elles pas évoquer les pensées si souvent mordantes à l’égard du prochain ?

Faire son lit – « lève‑toi, prends ton lit et marche ! » Qu’est‑ce que son lit ? Son grabat sinon la croix de sa propre vie.

Ouvrir une porte – « Seigneur, ouvre‑moi la porte du repentir ! »

Une veilleuse d’icônes, peut instruire à la mesure de ses symboles – si on l’observe dans cette perspective.

Plus la mèche en est consumée, plus la flamme en est petite mais endurante ; elle consomme moins d’huile. Elle est comme stabilisée et peut durer longtemps.

La flamme pourrait symboliser notre foi. L’huile, « élaion » (Grec) la miséricorde, la charité, la compassion et toutes bonnes œuvres en découlant et qui attirent la grâce. La grâce nourrit la flamme et lui permet de subsister. Nous voyons là que la foi ne peut s’allumer… qu’avec l’étincelle initiale – énergie – de la grâce – l’allumette – et persister qu’avec l’huile de l’Amour qui est miséricorde divine.

La mèche, support de la flamme, s’élève droite et forte vers le ciel à ses débuts ; au fur et à mesure qu’elle brûle, elle va plutôt vers le bas, s’amenuise mais s’élargit. Celui qui se livre à la foi doit apprendre à s’abaisser, doit « descendre » comme le Christ. De même, il apprend à incarner sa foi.

Lorsque la mèche n’a presque plus d’huile, elle est ‘le lumignon qui vacille’ et il faut veiller à lui redonner de l’huile. Là, il y faut dosage lent et délicat, sinon elle risque de sombrer voire de se retourner vers le fond, comme un navire qui chavire : ne pas trop donner de grâce à une âme faible, usée …la doser sinon elle peut s’éteindre d’un coup. Elle peut …en mourir.

D’autre part, la mèche est attirée par l’arrivée d’huile au point de se placer sous l’écoulement, ce qui peut aussi l’éteindre brusquement : la faim et la soif de grâce ne peuvent faire fi de la sobriété.

En brûlant, la mèche dégage de plus en plus de gaz bleu dont l’odeur n’est pas agréable : comme nos propres toxines dans l’effort, comme nos péchés lorsqu’ils se révèlent et sortent de notre cœur.

Analogiquement, les Saints Pères, dans leur discernement, veillent à ne pas submerger les fidèles de leur sagesse. Ils savent que dans la 1ère grâce, son ‘huile’ a été généreusement versée dans l’âme pour entretenir l’élan initial vers Dieu, la flamme de la foi. Au fur et à mesure que les années passent, cette flamme subira des variations sous le vent des épreuves ; même à certains moments elle risquera de s’éteindre, faute de l’huile des Vierges Sages. Alors, ils veilleront à lui redonner vie peu à peu, au compte‑goutte, avec mesure, sinon une trop grosse arrivée d’huile risque d’en noyer la mèche usée, amenuisée…

Il est impressionnant aussi de constater que si l’huile est déjà présente, « en réserve », la flamme s’allume sans risque. Il n’est pas besoin de veiller à ce qu’elle ne soit pas immergée… de même, si une veilleuse est un lumignon prêt à s’éteindre, réduite à un petit point bleu dont le feu est à peine visible ; mais si l’on reverse de l’huile, une flamme jaillit, se dresse et s’allonge même vers le ciel, faisant croire à un regain de force, puis s’affaisse d’un coup, redevenant un lumignon mourant. Mais surprise inespérée : une flamme revient ! Hélas, elle ne peut subsister car la mèche lui a donné tout ce qui lui restait, et s’est toute consumée, annihilant son rôle de conducteur d’huile…

On pense au chant du cygne. A cette loi qui précède l’extinction de la vie chez beaucoup de créatures.

Mais pour le Chrétien, l’essentiel est l’huile, « billet d’entrée » à la salle des noces (Mt. 1‑13). Il sait que sa mèche ne perdurera pas mais que le feu de son âme passera de ce monde à l’autre.

Anne Monney