Ajouté le: 10 Octobre 2012 L'heure: 15:14

Authenticite, integrite et veracite historiques des Evangiles (I)

L’histoire est le récit des événements passés ; elle nous parle des hommes et des faits qui ont occupé la scène mondiale. Toutefois, comme la vérité et le mensonge, le génie du bien et le génie du mal guident parfois la plume des historiens, et l’homme sage doit s’appliquer à distinguer le vrai du faux, ce qui est de ce qui n’est pas.

Authenticite, integrite et veracite historiques des Evangiles (I)

On ne saurait demeurer étranger à la connaissance des exploits des grands capitaines et aux œuvres des principaux personnages qui, dans les domaines des arts, des lettres et des sciences, ont été la gloire de leur temps. Comment donc se convaincre des dires et des gestes de ces illustres femmes et hommes, sinon par les témoignages que fournit l’histoire écrite ou traditionnelle de chacun d’eux ? Le rapprochement des dates, les documents variés, les divers écrits qui affirment les différentes phases de leur vie ; l’étude des événements auxquels ils ont volontairement ou accidentellement pris part durant leur passage ici‑bas, sont autant d’éléments historiques dont il faut apprécier la valeur. De la confrontation de tous ces éléments résulte la connaissance du passé, la vraie science de l’histoire. Et pour atteindre la certitude historique qui exclut le doute, il est nécessaire que ces témoignages présentent un cachet irrécusable d’authenticité, d’intégrité et de véracité. Il convient donc, pour la question qui nous occupe, de s’assurer qu’il n’est pas d’histoire au monde qui réunisse plus de garanties et plus de caractères de crédibilité que les Evangiles. Le sujet à traiter étant long, je vous propose une démonstration en six parties.

1E PARTIE

Au temps du Christ, l’histoire montre les Juifs soumis à la Loi de Moïse. On voit leur Temple, leur autel, leur sacerdoce, leurs sacrifices, leurs cérémonies religieuses pratiquées selon le rite prescrit par la Loi de Moïse. C’est le Pentateuque qui comprend les livres de cette loi : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. Certes, le Pentateuque ne porte ni nom ni signature, mais la tradition désigne Moïse comme étant son auteur, alors que le texte actuel a pris sa forme définitive bien après la mort de Moïse. A la fois historien, législateur, prophète, pontife et libérateur de son peuple, l’existence de Moïse n’est pas plus douteuse que celle de sa nation. Dans l’histoire du peuple juif, tout descend de Moïse et remonte à Moïse ; tout dépend de la Loi de Moïse et tout s’appuie sur Moïse. Notre‑Seigneur Jésus‑Christ et ses apôtres invoquèrent, comme leurs contemporains et les Juifs d’aujourd’hui, l’autorité de Moïse. Tantôt, ils se réfèrent à la Loi de Moïse ou au Livre de Moïse, sans autre précision, tantôt ils narrent des faits rapportés par le Pentateuque. Les Juifs de l’ère chrétienne gardaient cette croyance à l’origine mosaïque du Pentateuque, ainsi que les Pères de l’Eglise. Il suffit de lire attentivement la Bible, depuis Josué jusqu’aux Maccabées, pour saisir tous les anneaux de la chaîne traditionnelle qui se déroule dans la série des livres du Premier (ou Ancien) Testament par des citations, prescriptions, sentences, réminiscences et allusions manifestes empruntées aux écrits de Moïse. Impossible donc de douter de l’existence de Moïse et du rôle immense qu’il a rempli dans la vie d’Israël. Il apparaît, pour cette nation, comme un phare dans la nuit des temps.

La critique n’a jamais nié qu’au 3e siècle avant Jésus‑Christ, Ptolémée II, roi (ou pharaon) d’Egypte, fit faire une version grecque de tous les livres hébraïques, à la demande de Démestrios de Phalère, le fondateur de la Bibliothèque d’Alexandrie. Cette traduction fut réalisée par septante (soixante‑dix) docteurs juifs d’Alexandrie, vers 270 av. J.‑C., à l’usage des Israélites qui vivaient parmi les païens ou en parlaient la langue. C’est dans cette fameuse version dite des Septante, répandue dans le monde depuis cette époque, que Jésus et ses disciples lisaient la Bible.

Quant au Nouveau Testament, il se compose de vingt‑sept livres canoniques qui, réunis aux quarante‑cinq de l’Ancien Testament, forment les soixante‑douze livres de la Bible chrétienne. Ces vingt‑sept livres sont : les Evangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean, les Actes des Apôtres, les quatorze Epîtres de saint Paul, celle de saint Jacques, les deux de saint Pierre, les trois de saint Jean l’Evangéliste et celle de saint Jude.

Ces sources historiques chrétiennes sur l’existence de Jésus sont‑elles de première main ? Représentent‑elles la tradition primitive ? Les témoignages qu’elles contiennent sont‑ils directs et sincères ?

Première constatation : les quatre Evangiles évoquent le Christ et son enseignement mais n’ont pas été écrits par lui, ce qui signifie qu’ils ont d’abord été divulgués oralement, en particulier les trois premiers.

La mémoire, à cette époque, n’avait rien de commun avec celle d’aujourd’hui. Les disciples d’un maître l’écoutaient et retenaient sans difficultés ses paroles. « Un bon disciple, disaient les rabbins, est semblable à une citerne bien maçonnée, d’où ne fuit aucune goutte d’eau ». L’enseignement de Jésus, avant d’être couché par écrit, fut donc conservé dans des cerveaux bien étanches.

Deuxième constatation : Ce sont d’autres personnages, plusieurs années après la mort de Jésus, qui ont écrit sur Lui et son enseignement. Se sont‑ils bien souvenus de ce qu’ils avaient vu et entendu ou reçu de témoins directs ?

La réponse ne peut être que nuancée ; en effet, certaines paroles ou sentences du Christ ont été perdues, comme celle cité par saint Paul aux anciens de l’Eglise d’Ephèse : « Je vous l’ai toujours montré, c’est en peinant de la sorte qu’il faut venir en aide aux faibles et se souvenir de ces mots que le Seigneur Jésus lui‑même a prononcés : „Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir” »1.

D’autres paroles christiques encore, citées par les Pères de l’Eglise et les polémistes des premiers siècles, n’ont pas été conservées par les Evangiles : « Qui est près de moi est près du feu, qui est loin de moi est loin du Royaume ». Cet aphorisme est cité par Origène2, dans sa 20e homélie sur Jérémie3, et par Didyme d’Alexandrie4, dans son « Commentaire du Psaume 88, 8 »5. Il constitue le 82e logion de l’évangile apocryphe de Thomas. Cet évangile de Thomas est un des cinquante‑deux manuscrits, écrits en langue copte et découverts, en 1945, près de Nag Hammadi en Haute Egypte. Il représente un recueil de 114 logia, des paroles que Jésus aurait dites.

Il en est de même pour « Tu as vu ton frère, tu as vu ton Dieu », qu’on trouve dans Clément d’Alexandrie6 et Tertullien7. On peut raisonnablement penser qu’un certain nombre de de Jésus n’ont pas été retranscrits dans les Evangiles canoniques.

Troisième constatation : les spécialistes de la Bible les plus affûtés admettent que les Evangélistes ont utilisé des documents préexistants. Entre eux et le Christ, il y a donc eu la prédication des apôtres et de leurs disciples. Cette catéchèse primitive cherchait à faire revivre un Jésus qui avait agi, parlé, aimé et souffert sur cette terre de Palestine. Avec quelle avidité les premiers chrétiens devaient écouter ceux qui l’avaient vu et entendu. Puis, quand la génération des Apôtres et celle de leurs disciples disparurent, elles laissèrent la place aux disciples des disciples. Ainsi se créaient une sorte de relais du témoignage et, progressivement, l’élaboration d’une catéchèse solide, orale puis écrite, sous la vigilance des responsables des communautés chrétiennes, afin de ne garder que ce qui était authentique. En effet, autour des Evangiles et des autres textes canoniques, il y a une masse de documents erronés ou remplis de légendes. On les appelle les textes apocryphes. Cependant, parmi eux, il convient de distinguer certains apocryphes qui ont été, à l’origine, admis dans diverses parties de l’Eglise, et qui furent écartés plus tard. Tel est le cas de l’Evangile selon les Hébreux qui a retenu l’attention de Clément d’Alexandrie, d’Origène, d’Eusèbe de Césarée, etc. Saint Jérôme, qui en a pris connaissance à la fin du 4e siècle, estime qu’il est très proche de notre Evangile selon saint Matthieu. Cet évangile apocryphe, rédigé en araméen, a été en usage dans les communautés judéo‑chrétiennes qui ne parlaient pas le grec. Ainsi, il nomme l’Esprit Saint « mère » parce que son équivalent araméen, rouâh, est féminin. Saint Epiphane8 et saint Jérôme9 citent assez souvent cet évangile et attribuent son usage à la communauté judéo‑chrétienne des Nazaréens ou Nazoréens de Bérée (actuellement Alep), en Syrie. Saint Jérôme précise même que la bibliothèque de Césarée en possédait un exemplaire traduit en grec.

Quatrième constatation : les Evangélistes, chacun de leur côté, ont rédigé leur Evangile. Ces Evangiles furent d’abord écrits sur des rouleaux de papyrus. Mais la fragilité de ce matériel nécessita de les transcrire sur des parchemins qui avaient généralement la forme de cahiers. Les premiers de ces cahiers évangéliques furent rédigés au temps d’Origène, pendant la première partie du 3e siècle. Des fragments des papyrus sont encore visibles aujourd’hui, ainsi qu’un très grand nombre de manuscrits sur parchemin, dont plusieurs remontent au 5e siècle et deux au 4e siècle. On dispose actuellement de plus de deux mille trois cents manuscrits en langue grecque, dont une grosse quarantaine dépasse les 1100 ans d’âge : mille cinq cents lectionnaires, au moins, contiennent la majeure partie du texte des Evangiles disposé en leçons pour l’année. De plus, il existe quinze versions en langues anciennes qui attestent du texte grec lu par les traducteurs. Il faut ajouter à cela d’innombrables citations des Pères de l’Eglise qui sont des fragments d’autres manuscrits anciens qui ont été perdus. La masse de ces documents est donc très importante. Elle a le mérite de constater que les textes qui forment les Evangiles ont été transmis correctement, puisqu’il n’y a, d’après les chercheurs compétents, qu’un huitième d’entre eux qui contiennent des modifications dans l’ordre des mots ou des variantes insignifiantes.

Cinquième constatation : chaque auteur a utilisé ses propres sources ou avait un dessein particulier, ce qui explique les petites variantes d’un texte à un autre. Néanmoins, la ressemblance frappante des textes s’explique par des emprunts à une source commune ou à des sources voisines les unes des autres. En effet, le texte de saint Marc contient six cent soixante et un versets dont plus de six cents sont lisibles dans les textes de saint Matthieu et de saint Luc. Seuls trente versets lui appartiennent en propre. Le texte de saint Matthieu possède mille soixante‑huit versets ; en dehors des six cents versets qu’on retrouve dans l’Evangile selon saint Marc, il y a deux cent trente‑cinq versets communs avec l’Evangile selon saint Luc ; deux cent trente lui appartiennent à part entière. Quant au texte de saint Luc, il compte mille cent quarante‑neuf versets, dont trois cent trente communs à saint Marc et deux cent trente‑cinq à saint Matthieu.

(a suivre)

Diacre Jean‑Paul Lefebvre‑Filleau

Notes :

1. Ac. 20, 35, T.O.B.
2. ORIGENE est un Père de l’Eglise, né à Alexandrie v. 185 et mort à Tyr v. 253.
3. In « Homélies sur Jérémie : 20, 3 », Origène, cité dans « L’Evangile de Thomas », traduit et commenté par J‑Yves Leloup, Ed. Albin Michel, Coll. Spiritualités vivantes, Paris, 1986, p. 197.
4. DIDYME D’ALEXANDRIE ou DIDYMUS (309‑394), docteur de l’Église d’Alexandrie, mort martyr, était aveugle et fut un très grand théologien. Saint Jérôme et l’Ermite Isidore suivirent son enseignement. Didyme fut d’abord élève d’Origène à Alexandrie, avant d’enseigner à son tour. Compte tenu de sa cécité, son oeuvre témoigne d’une mémoire extraordinaire.
5. In « Commentaire du PS 88 (87), 8 », Didyme d’Alexandrie, cité dans « L’Evangile de Thomas », traduit et commenté par J‑Yves Leloup, Ed. Albin Michel, Coll. Spiritualités vivantes, Paris, 1986, p.197.
6. CLEMENT, évêque d’Alexandrie (né à Athènes vers 150 et mort en Asie Mineure vers 220). Père de l’Eglise. In « Stromates »., saint Clément d’Alexandrie, livre 1, chap. 19, Ed. du Cerf, Paris, 1951.
7. In « La prière », De la manière d’accueillir les frères, Tertullien, Coll. « Quand vous prierez » [3] (1982) PL 1, 1149 ‑ 1165 ‑ CC 1, 257 ‑ 274. Traduction A.‑G. Hamman. Cet aphorisme se rapproche de Mt 25, 40. Voir aussi renvoi 23, chap. 1.
8. EPIPHANE DE SALAMINE saint (Sanctus Epiphanius Constantiensis) ou EPIPHANE DE CHYPRE saint (vers 315 ‑ 403). Père de l’Église grecque, Il est surtout connu pour sa défense de l’Église orthodoxe et sa traque des hérétiques lors de la période troublée qui suivit le 1er Concile de Nicée, en 325.
9. JEROME (340 ‑ 420), saint de l’Eglise catholique romaine et de l’Eglise orthodoxe. Connu pour ses traductions de la Bible en latin (la Vulgate), à partir du grec et de l’hébreu.

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