Saint Paul et sa mission de prédicateur (II)

publicat in Théologie et science pe 7 Mai 2012, 11:22

(Suite)

V - La façon de saint Paul de prêcher l’Evangile

Il convient d’examiner d’abord la première Epître aux Thessaloniciens. Sa première partie, qui couvre pratiquement trois chapitres, est une grande action de grâces pour le succès de l’apostolat de saint Paul auprès des Thessaloniciens. Cette action de grâces est particulièrement intéressante. En effet, elle dévoile l’âme d’apôtre, l’âme de pasteur de son rédacteur. Sélectionnons deux passages :

- le chap. 2, v. 1-13 dans lequel Paul se compare à une mère qui nourrit ses enfants (les Thessaloniciens) ou à un père qui éduque.
- le chap. 1, v. 2-10, montre qu’il n’est pas un missionnaire isolé. Il a des collaborateurs. Ce point est très important pour caractériser sa mission de prédicateur. Cela veut dire qu’il ne connaît pas la solitude apostolique. Il n’est pas un témoin isolé de l’Evangile.

Paul indique encore sa façon d’exposer son Evangile : « Notre annonce de l’Evangile chez vous n’a pas été seulement discours, mais puissance, action de l’Esprit Saint, et merveilleux accomplissement. » (v. 5) Il faut d’abord s’arrêter sur les mots « Notre annonce de l’Evangile. » Cette annonce caractérise bien comment saint Paul conçoit sa mission de prédicateur.

Prenons un autre exemple, le premier verset de l’Epître aux Romains : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu. » Il se présente comme étant un serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre. Qu’est-ce qu’un apôtre ? Etymologiquement, le terme apôtre vient d’un verbe qui veut dire envoyer. C’est un envoyé car il a été « mis à part pour annoncer l’Evangile », tel que déjà précisé supra. Sa mission exclusive est d’annoncer l’Evangile. Il l’affirme à nouveau dans l’adresse de l’Epître aux Galates : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts… »  Paul apôtre, est envoyé annoncer l’Evangile.

Qu’est-ce que veut dire le mot évangile ? Ce mot français vient du grec (euaggelion). Il peut être traduit par « Bonne Nouvelle » ou par « Heureuse Annonce ». Cette dernière traduction englobe la Parole de Dieu et l’acte d’annoncer cette Parole. Or, saint Paul déclare que l’annonce de l’Evangile ne consiste pas seulement à prononcer une parole, à transmettre un message, à agir en parole et en acte. Ce n’est pas suffisant. Cette annonce de l’Evangile doit agir avec « puissance ». Mais de quelle puissance s’agit-il ? L’Apôtre le précise : « Puissance, action de l’Esprit Saint, et merveilleux accomplissement » (1 Th. 1, 5).

La « puissance de Dieu »

Que veux dire saint Paul dans ce verset 5 ? La première Epître aux Corinthiens, au chap. 1, apporte la solution : l’annonce de l’Evangile par saint Paul n’est pas seulement discours, mais « puissance de Dieu » car cette annonce est « le langage de la Croix [du Christ]. » (v. 18). Autrement dit, l’efficacité de la prédication de saint Paul ne s’appuie pas sur des talents d’orateur mais sur la puissance de l’Esprit qui s’exprime par sa bouche.

Saint Paul relie également sa prédication à son comportement d’apôtre : « Et c’est bien ainsi, vous le savez, que cela nous est arrivé chez vous, en votre faveur » (1 Th. 1, 5), comment il s’est comporté parmi les Thessaloniciens. Dans son esprit, il ne peut y avoir de séparation entre le message qu’il annonce d’une part, et son comportement (sa manière de vivre et d’être apôtre), d’autre part. Son Evangile s’incarne dans son être.

Certains textes permettent de dégager comment se traduit, au plus profond de lui-même, son expérience d’apôtre. Dieu agit en lui – et il le répète dans ses Epîtres –. Il est travaillé de l’intérieur par la grâce de Dieu et cela se traduit dans son comportement. « Et vous, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, accueillant la Parole en pleine détresse, avec la joie de l’Esprit Saint : ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants » (1 Th. 1, 6-7). Ici, il n’invite pas les Thessaloniciens à l’imiter mais il rappelle qu’ils ont été amenés à l’imiter, c’est-à-dire que la Parole qu’il a annoncée, a eu un effet dans le cœur des membres de la communauté chrétienne de Thessalonique qui, à leur tour, ont eu un comportement analogue à celui de l’Apôtre. Cette idée de l’imitation de l’apôtre est essentielle pour un chrétien. La rencontre avec l’apôtre saint Paul, que chacun d’entre nous fait à travers la lecture de ses Epîtres, devrait conduire d’une certaine façon à devenir aussi ses imitateurs.

« Sans encourir à la sagesse du discours »

Dans la première Epître aux Corinthiens, saint Paul affirme que « Christ m’a envoyé annoncer l’Evangile sans recourir à la sagesse du discours » (1, 17). Pourquoi dit-il ici qu’il a renoncé à la sagesse du discours ? En grec, à la (sophia logou). C’est une contrainte qui s’impose à lui dans cette annonce, et il  déclare ici avoir abandonné cette sagesse du discours dans sa mission d’évangélisation, et cela pour une raison précise : « pour ne pas réduire à néant la Croix du Christ. » (v. 17)

En quoi l’utilisation de la sagesse du discours réduirait-elle à néant la Croix du Christ ? Selon la T.O.B [Traduction œcuménique de la Bible], « sans recourir à la sagesse du discours » est une expression grecque désignant l’art oratoire, si prisé chez les Grecs : la rhétorique. Il a fallu à Paul écarter cet art pour « ne pas réduire à néant la Croix du Christ. Le langage de la Croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu » (chap. 1, 17c-18). Le « sans recourir à la sagesse du discours » indique une manière de prêcher de l’apôtre, ou plus exactement une manière de prêcher qu’il n’a pas utilisée dans la proclamation de l’Evangile (recourir à la sagesse du discours). Ne pas rendre vaine la Croix du Christ, est la raison de son choix.

Dans les versets suivants (19-25) du chap. 1 de la première Epître aux Corinthiens, l’Apôtre expose, d’une manière paradoxale, les conséquences de la Croix du Christ pour la prédication chrétienne (la folie qui est sagesse, la sagesse qui est folie). Ce n’est pas seulement la Croix du Christ qui a dévoilé paradoxalement l’étonnante sagesse divine, mais la prédication elle-même, l’acte d’annoncer l’Evangile qui est folie ; cette prédication est folie et pourtant elle est la source du salut pour les hommes. Pourquoi ? Parce que, pour saint Paul, la façon d’annoncer l’Evangile doit être en adéquation parfaite avec son contenu : la Croix du Christ ; et si la Croix du Christ est folie, la façon de prêcher doit être aussi folie ; mais une folie qui révèle la puissance de Dieu, comme la puissance de Dieu s’est manifestée dans la faiblesse de la Croix. Une folie qui révèle aussi la sagesse de Dieu. Autrement dit, la proclamation de la Croix du Christ doit se faire d’une manière brute sans aucun artifice de langage ; il est inutile de l’enrober de florilèges.

Dans les versets 26 à 31, chap. 1 de cette Epître, Paul évoque la constitution sociologique de la communauté de Corinthe : elle ne comptait pas dans ses rangs l’élite de la société. L’Apôtre repère que cette constitution sociologique est aussi une autre conséquence de la Croix du Christ ; celle-ci manifeste visiblement les choix divins paradoxaux. Ces choix divins sont explicités par les versets 28 et 29 : « Ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu ». Cela interdit la vénération de personnalités en raison de leur position sociale ou de leur aptitude intellectuelle et spirituelle.

La manière d’annoncer l’Evangile : les voies folles de Dieu

La façon de prêcher l’Evangile utilisée par saint Paul repose sur l’humilité. La rhétorique a certes une place très importante dans la culture grecque, mais l’Apôtre ne peut proclamer la mort de Jésus en Croix que comme subversion suprême et définitive des valeurs du monde et son langage épouse les voies folles de Dieu. Avec et au-delà même de son langage paradoxal, notons comment saint Paul en vient à subvertir les conventions de la rhétorique de son temps, en faisant précisément l’éloge de ce que d’ordinaire on méprise et rabaisse, à savoir les humiliations, les fragilités, les manques, les insuccès, d’où les paradoxes que Paul met en avant (la sagesse qui est folle, une puissance qui se développe dans la faiblesse…).

Ces paradoxes et certaines exagérations ou amplifications deviennent ainsi essentiels pour exprimer le mystère de la démesure divine en Christ. Dès lors, comme la rhétorique connaît avec saint Paul un bouleversement radical causé par la Croix du Christ, il n’est plus possible pour le prédicateur de se mettre en avant, de se glorifier devant les hommes. Il n’est plus possible pour les auditeurs de se laisser séduire par la beauté et la force du discours, car c’est le Christ crucifié qui est l’unique centre d’attraction. Quant aux prédicateurs, ils ne sont que de simples serviteurs du Christ. Il y a donc une inversion des valeurs de la rhétorique.

Les paroles de Paul entraînent encore aujourd’hui des conséquences sur la manière de prêcher l’Evangile. Les prédicateurs ne doivent pas perdre de vue l’essentiel : le contenu annoncé, c’est la révélation de l’amour de Dieu pour les hommes par la Croix du Christ. Comme critère de discernement fondamental, ils doivent se poser la question suivante : – est-ce que ma manière d’agir, pour annoncer l’Evangile, est conforme à ce que je prêche ? – A chacun d’entre eux d’y répondre selon sa conscience.

Egalement, dans la manière d’annoncer l’Evangile, saint Paul apporte une affirmation importante, tout d’abord, au verset 2 du chap. 4 de la deuxième Epître aux Corinthiens : « Nous avons dit non aux procédés secrets et honteux, nous nous conduisons sans fourberie, et nous ne falsifions pas la parole de Dieu ». Ce verset-là n’est pas sans rappeler une autre affirmation de saint Paul, située dans la première Epître aux Thessaloniciens, particulièrement les versets 3, 5 et 6 du chap. 2 : « C’est que notre prédication ne repose pas sur l’erreur, elle ne s’inspire pas de motifs impurs, elle n’a pas recours à la ruse » (v. 3). « C’est ainsi que jamais nous n’avons eu de paroles flatteuses, vous le savez, jamais d’arrière-pensée de profit. Dieu en est témoin, et jamais nous n’avons recherché d’honneurs auprès des hommes, ni chez vous ni chez d’autres » (v.5 & 6). C’est véritablement le souci de la vérité que Paul met en avant. Mais ce souci de la vérité suppose effectivement que le prédicateur n’use pas de techniques pour réussir à convaincre, qu’il ne cherche pas à ruser pour arriver à convaincre et, en tous cas, qu’il ne recherche pas son propre profit. Il y a, à la fois, chez Paul une affirmation du souci de la vérité et du souci de l’honnêteté. Bien au contraire, « c’est en manifestant la vérité que nous cherchons à gagner la confiance de tous les hommes, en présence de Dieu » (2 Co. 4, 2).

Il ne viendrait certainement pas à l’idée d’un prédicateur digne de ce nom, soit de chercher à tromper les gens, soit de tirer un profit financier ou matériel de l’annonce de l’Evangile. Il n’empêche qu’il est parfois conseillé de vérifier les motivations profondes qui animent certains prédicateurs dans l’annonce de l’Evangile. Paul déclare qu’il peut exister une façon de faire qui consiste à se mettre en avant et à ne plus être au service du message. Et il prévient : Attention ! « Ce n’est pas nous-mêmes que nous annonçons, mais Jésus-Christ Seigneur que nous proclamons » (2 Co. 4, 5). C’est en manifestant la vérité qu’il faut chercher, en présence de Dieu, à gagner la confiance de tous les hommes. Donc, saint Paul invite chaque prédicateur à l’autocritique, à toujours vérifier ce qui l’anime en profondeur. Et Paul d’énoncer en ce qui le concerne : « Quant à nous-mêmes, nous nous proclamons vos serviteurs à cause de Jésus. Car le Dieu qui a dit : « Que la lumière brille au milieu des ténèbres » [cf. Gn. 1, 3 ; Is. 9, 1], c’est lui-même qui a brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ » (2 Co. 4, 5 – 6). En fait, il dit que la lumière ne vient pas de l’homme mais de Dieu. C’est Dieu qui agit seul ; cela suppose de faire cette expérience de l’ouverture à la grâce de Dieu, à l’amour de Dieu : cette expérience spirituelle anime l’Apôtre. En effet, lorsque saint Paul écrit que « c’est [Dieu] Lui-même qui a brillé dans nos cœurs pour resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ » (2 Co. 4, 6), c’est véritablement l’expérience d’être habité par cette présence.

L’Apôtre a d’autres expressions pour affirmer cette présence divine en lui-même : « Avec le Christ, je suis un crucifié ; je vis mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga. 2, 19-20). Cette lumière de Dieu, cette présence divine, « Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile » (2 Co. 4, 7), c’est-à-dire dans quelque chose d’extrêmement fragile. Il établit un rapport entre la gloire, la puissance de Dieu et la fragilité de l’Apôtre. Mais il ajoute : « pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous » (2 Co. 4, 7).

« Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés »

Ces derniers versets sont à mettre en rapport avec le chap. 2, v. 1 à 5, de la première Epître aux Corinthiens : « Moi-même, quand je suis venu chez vous, frères, ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Aussi ai-je été devant vous faible et tout tremblant : ma parole et ma prédication n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration faite par la puissance de l’Esprit, afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu ». Le rayonnement ne dépend donc pas de l’Apôtre. Il invite le prédicateur à l’humilité. Ce rayonnement de l’Evangile, c’est le rayonnement du Christ, il ne dépend pas des prédicateurs, c’est l’œuvre de Dieu. Et cela, l’Apôtre le vit, l’expérimente d’une façon concrète, en sa chair, en sa personne, comme l’atteste le verset 8, du chap. 4 de la deuxième Epître aux Corinthiens : « Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, mais nous arrivons à passer ».

C’est l’expérience de l’épreuve, de l’incompréhension, le fait que l’Apôtre rencontre souvent un public malveillant, des gens qui éprouvent une hostilité, une haine à son égard ; et pourtant, ce signe de fragilité de son côté, n’est pas un obstacle définitif car « pressés de toute part, dit-il, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, nous arrivons à passer », c’est-à-dire que tous ces obstacles qu’il doit traverser, toutes les oppositions, toutes les formes d’hostilité qu’il rencontre, ce n’est pas quelque chose qui empêche de manière définitive la Bonne Nouvelle de se répandre. Mais, dans cette expérience, « sans cesse, dit-il, nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps » (2 Co. 4, 10). Ce verset indique, finalement, que l’épreuve et l’hostilité rencontrées unissent l’Apôtre à la Croix du Christ. Il l’expérimente en son corps. Il est associé au Christ et il éprouve en sa chair ce que le Christ a éprouvé, mais « afin que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée ». « Toujours, en effet, nous les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre existence mortelle » (2 Co. 4, 11).

Finalement, ce que saint Paul enseigne là, Jésus l’a dit d’une autre manière : « Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple » (Lc. 14, 27).

Toujours dans la deuxième Epître aux Corinthiens, au chap. 11, Paul défend son ministère en étant contraint de procéder à son propre éloge, mais avec beaucoup de subtilités et d’ironie : « Je le répète, que l’on ne pense pas que je sois fou, que je puisse moi aussi me vanter un peu » (v. 16). Alors, saint Paul va se « vanter un peu ». « Ce que je vais dire, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme en pleine folie, dans mon assurance d’avoir de quoi me vanter. » (v.17). Pour préciser le contexte, il est en train de polémiquer avec des gens qui, dans la communauté, doivent se vanter de leur mérite. Alors, il leur dit que si certains d’entre eux ont cette folie de la vantardise, lui aussi s’autorise à devenir quelques instants un peu fou et de se vanter à son tour. « Puisque beaucoup se vantent de leurs avantages humains, moi aussi je me vanterai. Volontiers, vous supportez les gens qui perdent la raison, vous si raisonnables ». (v. 18 & 19).

Se vanter pour saint Paul, c’est perdre la raison. « Vous supportez qu’on vous asservisse, qu’on vous dévore, qu’on vous dépouille, qu’on le prenne de haut, qu’on vous frappe au visage ; je le dis à notre honte, comme si nous avions été faibles. Ce qu’on ose dire – je parle comme un fou – je l’ose moi aussi. Ils sont Hébreux ? Moi aussi ! Israélite ? Moi aussi ! De la descendance d’Abraham ? Moi aussi ! Ministres du Christ ? – je vais dire une folie – moi bien plus ! Dans les fatigues – bien davantage, dans les prisons – bien davantage, sous les coups – infiniment lus, dans les dangers de mort – bien des fois ! Des Juifs, j’ai reçu cinq fois les trente-neuf coups, trois fois, j’ai été flagellé, une foi, lapidé, trois fois, j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit sur l’abîme. Voyages à pied, souvent, dangers des fleuves, dangers des brigands, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans les villes, dangers dans le désert, dangers sur mer, dangers des faux frères ! Fatigues et peine, veilles souvent ; faim et soif, jeûne souvent ; froid et dénuement, sans compter tout le reste, ma préoccupation quotidienne, le souci de toutes les Eglises. Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui tombe, que cela ne me brûle ? S’il faut s’enorgueillir, je me mettrai mon orgueil dans ma faiblesse. Dieu, le Père du Seigneur Jésus, qui est béni pour l’éternité, sait que je ne mens pas. A Damas, l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville pour m’arrêter. Mais par une fenêtre, on me fit descendre dans une corbeille le long de la muraille, et j’échappai à ses mains. » (v. 20 à 35). Le ministère de Paul n’était pas un ministère facile... Il raconte bien ses souffrances.

« Ma grâce te suffit ; ma puissance s’accomplit dans la faiblesse »

Il poursuit son propos dans le chap. 12, v. 1 à 5 : « Il faut s’enorgueillir ! C’est bien inutile ! Pourtant j’en viendrai aux visions et révélations du Seigneur. Je connais un homme en Christ qui, voici quatorze ans – était-ce dans son corps ? Je ne sais, était-ce hors de son corps ? Je ne sais, Dieu le sait -, cet homme-là fut enlevé jusqu’au troisième ciel. Et je sais que cet homme – était-ce dans son corps ? Etait-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait –, cet homme fut enlevé jusqu’au paradis et entendit des paroles inexprimables qu’il n’est pas permis à l’homme de redire. Pour cet homme-là, je m’enorgueillirai, mais pour moi, je ne mettrai mon orgueil que dans mes faiblesses. »

Saint Paul tente de faire saisir aux Corinthiens, tout en disant qu’il ne se vante pas, qu’il a été bénéficiaire d’expériences spirituelles particulières et privilégiées. S’il y en a parmi eux qui se vantent d’avoir vécu de grandes expériences spirituelles, lui aussi peut en dire autant. Il l’exprime en jouant encore sur les paradoxes : « Pour cet homme-là, je m’enorgueillirai, mais pour moi, ne mettrai mon orgueil que dans mes faiblesses » (v. 5). Il pourrait tirer orgueil de cette expérience mais il ne le veut pas car, pour lui, ce qui compte, ce sont ses faiblesses. « Ah ! Si je voulais m’enorgueillir, je ne serais pas fou, je ne dirais que la vérité ; mais je m’abstiens, pour qu’on n’ait pas sur mon compte une opinion supérieure à ce qu’on voit de moi, ou à ce qu’on m’entend dire. Et parce que ces révélations étaient extraordinaires, pour m’éviter tout orgueil, il a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan chargé de me frapper, pour m’éviter tout orgueil. A ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : „Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse” » (v. 6-9).

Saint Paul indique qu’il a bénéficié d’une expérience ou d’expériences mystiques et qu’il aurait de quoi se vanter. Mais du fait du caractère extraordinaire de ces révélations, précise-t-il dans le verset 7 du même chapitre, « pour m’éviter tout orgueil, il a été mis une écharde dans ma chair ». Paul ne veut pas être plus précis sur ce dernier point (Il y a de très nombreuses interprétations de l’écharde). C’est en fait quelque chose qui l’empêche de tirer orgueil de ces révélations extraordinaires. Il ajoute cependant qu’« à ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : „Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse” » (v. 8 et 9).

Il est nécessaire de bien mesurer cette affirmation du Seigneur : « Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Pourquoi ? On ne peut la comprendre qu’en référence à la Croix du Christ parce que la puissance de Dieu a donné toute sa mesure dans la Croix du Christ. Paul l’avait déjà dit dans sa première Epître aux Corinthiens.

« Aussi mettrai-je mon orgueil bien plutôt dans mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. » (2 Co. 12, 9) Paul met son orgueil dans les faiblesses afin que la puissance du Christ demeure en lui. Donc « Je [Paul] me complais dans les faiblesses, les insultes, les persécutions, et les angoisses pour Christ ! Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co. 12, 10). Là encore, c’est la Croix du Christ qui éclaire tout.

A la lecture de ces textes, on réalise que les conséquences de la Croix du Christ ont configuré (ou formaté) saint Paul au Christ. C’est fondamental pour l’Apôtre. C’est aussi fondamental pour les Chrétiens d’aujourd’hui : s’ils ne font pas cette expérience-là, si les prédicateurs annoncent l’Evangile sans expérience spirituelle, ce n’est pas l’Evangile qu’ils annonceront ; ils feront de la propagande. Prêcher l’Evangile ne peut se faire d’une manière extérieure à soi-même. Le prédicateur doit vivre en lui ce qu’il annonce. L’Apôtre invite tous les Chrétiens à cette profondeur afin d’être d’authentiques témoins du Christ.

(A suivre)