Mystère de la rencontre, don de la Présence

publicat in Varia pe 12 Avril 2012, 09:27

Le brouhaha d’une grande surface commerciale. Sur l’un de ces bancs qui tentent de le faire oublier, je me restaure avec ma sśur car c’est l’heure du déjeuner. Sur le banc voisin, un homme est occupé à donner le biberon à un bébé déguisé pour ainsi dire, en petite fille. Je leur souris.

Au moment de partir, je m’approche d’eux car la petite est maintenant debout sur les genoux du père ou grand‑père... dont l’attentive tendresse est touchante. L’homme me dit qu’elle a 18 mois et je m’adresse à la petite qui tourne vers moi son visage de porcelaine. Elle me fixe d’un regard bleu‑rose, d’une intensité impressionnante, comme si elle voulait me communiquer quelque chose. Tout à coup, elle arrache sa sucette et me l’offre. Avec véhémence, elle me la tend, veut à tout prix que je la prenne, c’est tout ce dont elle dispose pour exprimer... la grâce de l’Amour inconditionnel qui l’a saisie et fait vibrer tout son petit corps. Je sonde ce visage qui m’est donné. Elle cherche à me faire un don, à tout prix... lequel ? Elle‑même ! Et pourquoi à moi, cette inconnue qui ne lui est rien ? Il n’y a rien à comprendre sinon à recevoir la grâce de ce mystère. En témoignage de cet Amour qui la remplit et m’est destiné dans cet instant qui se mue en Présence de l’éternel.

Cependant celui qui la tient dans ses bras ne semble guère en accord avec cette surprenante déclaration... c’est aussi incompréhensible pour lui, ce n’est pas dans la norme, cette passante qui devient inopinément l’objet d’un tel élan ! La petite continue à me tendre ses menottes, à me regarder intensément lorsque je me retourne pour lui dire au‑revoir une fois encore, car ce regard se fait palpable dans mon dos. Appel qui me retient.

Un regard devenu rare aujourd’hui, même chez les enfants ; un regard que notre monde a oublié. Un regard qui lave : sans préjugé, sans jugement, vierge de toute arrière pensée, il est déjà le cadeau de la neutralité ; mais celui‑là est de surcroît, chargé de la Vie, la seule véritable. Celle qui ne peut rester isolée, celle qui circule dans la périchorèse trinitaire, celle de l’Être qui est don par nature. En vérité l’âme de cette enfant est venue à la rencontre de la mienne au niveau de l’indicible. Ce regard proche encore du bébé m’aimante, et je ne peux m’en arracher, bouleversée par ce don gratuit, offert si totalement, et qui me saisit d’autant plus dans ce tumulte de consommation et d’échange propre au commerce.

Alors, je me demande si nous nous reverrons une fois. Je l’espère... si toutefois nos deux âmes restent accessibles au Royaume qui a saisi ce moment unique en lui donnant de sa plénitude.

Maintenant, je marche aux côtés de ma sśur, avec mes pieds, mais mon âme est restée comme suspendue…nostalgique déjà de la Présence de cet instant, révélée par ce petit être si pur. Etonnée, et reconnaissante de cet événement exceptionnel.

Témoignage aussi: oui, « Leur ange contemple la face de Dieu » (Mt 18, 10) et « Heureux ceux qui leur ressemblent » – (Mc 10, 14) – ces Paroles du Christ me reviennent avec force et ce visage neuf, tendu vers moi, me l’a fait vivre avec force, frappant mon cśur jusqu’aux tréfonds.

Gloire à Toi, Seigneur, qui a frémi de joie en remerciant notre Père Céleste de ce que la Vérité soit révélée aux petits !

Anne Monney