Fragments neptiques (janvier-février 2012)

publicat in Fragments neptiques pe 12 Janvier 2012, 12:27

Un Frère eut pendant la nuit une apparition du diable, sous la forme d’un ange lumineux, qui lui dit: „Je suis Gabriel et je suis envoyé te dire que tu arriveras sans faute au Paradis.”

Le Frère lui répondit: „Je crois que tu t’es trompé d’adresse; tu auras été envoyé à d’autres, parce que je suis pécheur et ne suis pas digne de voir les anges”. En entendant cela, le démon méchant disparut.

Les Pères d’Egypte

Luc XII,16‑21, parabole du riche qui a acheté une terre. Dans cette parabole Dieu se rit purement et simplement de l’être humain. C’est, en fait, le seul endroit du Nouveau Testament dans lequel le mot « fou ! », tombé comme un coup de foudre et de tonnerre de la bouche de Dieu sur les projets et les réflexions de notre personnage, se transforme en un éclat de rire béni. Cet homme riche et irréfléchi – qui croit dans ses propres capacités et en lui-même, fait des projets à foison, et offre à l’âme ce qui concerne en fait le corps, gloutonnerie, infatuation, vanité, sottise – provoque chez Dieu, non la miséricorde, non l’affliction, non la mise à l’épreuve, ni même l’étonnement, mais un grand et incontrôlable éclat de rire.

Le Seigneur rit quand nous l’oublions, quand – esclaves de nos projets et de nos rêves – nous nous passons de lui. Et son rire, comme nous le voyons par cette parabole, n’est pas complaisant, il est directement tragique et fatal.

Woddy Allen a raison : « Si tu veux faire rire Dieu, raconte-lui quels projets tu as faits ».

P. Ioan Pintea, Notes d’un prêtre de campagne

Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor enfoui dans un champ; l’homme qui l’a trouvé l’y cache de nouveau, et, dans sa joie, il s’en va, vend tout ce qu’il a, et achète ce champ.

Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherchait de belles perles. Ayant trouvé une perle d’un grand prix, il s’en alla vendre tout ce qu’il avait, et l’acheta.

Le royaume des cieux est encore semblable à un filet qu’on a jeté dans la mer et qui ramasse des poissons de toutes sortes. Lorsqu’il est plein, les pêcheurs le retirent, et, s’asseyant sur le rivage, ils choisissent les bons pour les mettre dans des vases, et jettent les mauvais. Il en sera de même à la fin du monde: les anges viendront et sépareront les méchants des justes.

Evangile selon Matthieu XIII, 44-49

Pour un saint, la nature représente le passé. Le saint s’est assimilé l’alphabet de la nature, il en a lu les mots, il en a écouté les sons, il en a compris les paroles et en a ouvert le livre. Seulement chez le saint, la nature a atteint son sens plénier, car elle a réveillé l’homme de lui-même, elle l’a conduit vers Dieu et s’est retirée devant lui. En s’appuyant sur les bases données par la nature, le saint est obligé de gravir tout seul les degrés célestes – avec la pensée, avec la prière, avec la bonté –, mené par la nature et attiré par Dieu.

Le saint a une reconnaissance sans bornes et une miséricorde infinie à l’égard de la nature. Aussi la nature considère-t-elle à juste titre le saint comme son seul ami sur terre, puisqu’il est libre de l’amour de soi. En vérité, il n’est pas de spectacle plus émouvant sur la terre que l’amitié d’un saint et des créatures sauvages. Et, cependant, le saint considère la nature entière comme l’homme âgé un magasin de jouets pour enfants. Un regard, un sourire de miséricorde, un souvenir agréable, et le voyageur doit avancer et monter dans la tempête. Il doit tout oublier, il doit tout abandonner, afin de tout comprendre et de tout revecoir.

Pour l’homme insatiable, la nature représente le futur; pour l’artiste – le présent; pour le saint – le passé.

Métropolite Nicolas Velimirovitch, Pensées sur le bien et sur le mal (70)  

Le présente crise écologique n’est pas vraiment une crise du milieu; elle est une crise en nous-mêmes. La difficulté fondamentale réside non à l’extérieur, mais à l’intérieur; non dans l’écosystème, mais dans l’âme. Le problème fondamental est, non pas de nature technologique ou économique, mais de nature spirituelle. Si l’atmosphère est de plus en plus polluée, si les lacs et les rivières deviennent empoisonnés, si les forêts meurent et les vertes prairies se changent en déserts, nous, les hommes, nous sommes rendus étrangers à Dieu et à nous-mêmes et, par conséquent, nous oublions la relation normale avec le monde environnant.

La solution ne peut provenir seulement du développement de techniques plus performantes. Elle viendra seulement à la suite du repentir, par une conversion cosmique – comprenant par là le mot grec dans son sens littéral, „changement de la pensée”.

En lien étroit avec ce premier point il en est un second – l’usage abusif du milieu environnant est un péché...

Très souvent, nous avons tendance à croire que le péché implique seulement ce que nous faisons aux autres personnes humaines. Mais nous sommes, tragiquement, limités si nous pensons de la sorte. L’exploitation de la terre et de l’air, des animaux et des plantes, naît directement de notre gloutonnerie et de notre désir de pouvoir. Aussi faut-il nous repentir pour l’état de péché écologique, et écouter le cri de la terre (je cite ici la Prière à l’occasion d’un tremblement de terre, dans l’Euchologe: „la terre, sans voix, crie: Pourquoi, peuples, me faites-vous tant de mal?”)

Je me demande si nous réfléchissons suffisamment aux implications écologiques de l’Incarnation du Seigneur, au fait que Jésus assume tout, la terre et nous, incluant dans son humanité, comme on l’a dit, l’entière histoire de l’évolution de la terre. Prenons-nous en considération le fait que le Sauveur est venu sauver, non seulement la race humaine, mais la totalité de la création? Sommes-nous seulement conscients que nous sommes sauvés, non pas du monde, mais avec lui ?

Métropolite Kallistos Ware, conférence à la Faculté de Théologie Orthodoxe, Iassy, octobre 2005

La Vierge Marie a rendu à Dieu, à ce roi sans terre (cf. Saint Nicolas Cabasilas, Homélies sur la Mère de Dieu), une maison. Elle a consenti qu’Il s’incarne dans le sein même de sa création, comme pour la recréer. „Dieu a créé le monde pour qu’il reçoive une mère”, dit Nicolas Cabasilas. L’humanité reçoit Dieu de façon libre dans les entrailles de Marie. Jésus n’a pas d’autre lieu où reposer sa tête, que l’amour „marial” de ceux qui le reçoivent. L’Esprit, qui est éternellement le lieu du Fils, peut faire de chacun d’entre nous une demeure pour le Fils incarné. A une condition fondamentale – que l’homme prie: „viens et fais ta demeure en nous et purifie-nous de toute souillure”.

Olivier Clément, Commentaire de la prière „Roi céleste”

Textes choisis par Daniel Chira